Le film du mois de février: Le Discours d’un roi

De tous les films vus en ce court mois de février (Le Discours d’un roi, Black Swan, True Grit, Requiem pour une tueuse), c’est Le Discours d’un roi de Tom Hooper que je retiens.

Soit un homme introverti, bègue, replié dans l’ombre de son frère aîné extraverti propulsé roi d’Angleterre, Edouard VIII. Le nouveau roi n’en a pourtant que faire de ses nouvelles obligations puisque c’est la femme qu’il aime qui est au centre de ses préoccupations plutôt que le peuple anglais: il abdique pour cette femme car il ne pouvait rester roi en épousant une femme divorcée. Reste donc son frère qui, pour devenir le roi Georges VI, devra vaincre son bégaiement aidé par Lionel Logue un curieux spécialiste en élocution qui deviendra son ami.

Parce qu’on ne naît pas bègue, en lui apprenant à apprivoiser le son de sa voix, Logue découvre un homme d’une rare sensibilité cachant derrière son bégaiement une enfance difficile – gaucher contrarié, maltraité et malaimé. Logue voit rapidement chez son patient toutes les qualités requises pour devenir un très grand roi. Et il le lui dit. Mais Georges ne peut l’entendre et le renvoie brutalement en l’humiliant avec des mots bégayés d’une grande violence (en lui rappelant sa classe sociale « inférieure »). La scène a lieu dans un jardin public et on ressent toute la souffrance des deux hommes : l’un parce qu’il est humilié, l’autre parce qu’il cache dans son rejet de l’autre combien il est touché par ce qu’il lui avoue. Parce qu’il bégaie, parce qu’il est introverti, mal à l’aise avec les autres, Georges est persuadé qu’il ne pourrait pas, ne saurait pas être roi. Car être roi, c’est quoi? Sourire tout le temps, faire semblant, être un beau parleur à l’aise avec les autres, faire un beau discours? Georges possède en lui l’humilité, l’observation, l’écoute, le respect mais tout cela sort haché de sa bouche en présence de l’Autre: on ne bégaie jamais seul mais en présence de l’Autre, celui qui nous juge, nous met mal à l’aise. Or, pour être reconnu des autres en tant que roi, il doit pouvoir lire un simple discours. Pour cela, Logue lui apprendra toutes les techniques possibles tour à tour drôles et émouvantes: réciter royalement du Shakespeare sans entendre sa voix, inspirer/expirer, pleurer, parler en chantant, jurer en parlant, lire le discours comme on joue une partition.

Le Discours d’un Roi est un film pour tous les introvertis ayant une incapacité ou simplement dû mal à s’exprimer devant les autres, qui en perdent confiance en eux, persuadés de ne pas avoir les qualités essentielles pour convaincre, animer, voire manager, et être reconnu.

Ce billet est dédié à mon boss, un introverti, tendance timide, qui connaît la peur de bafouiller avant de parler devant beaucoup de gens, le malaise physique qui vous pénètre quand tout le monde vous regarde, et qui, en apprivoisant quotidiennement cela, est devenu un très grand manager. Mais pas celui qui vous raconte son super barbecue du week-end en famille au café le lundi matin, ni celui qui vous tape dans le dos avec un sourire ultra-brite et vous fait de beaux discours. Non, celui qui donne la parole à ceux qui ne parlent pas, celui qui vous pousse dans vos retranchements pour révéler le meilleur de vous-même caché en vous, celui qui vous jette dans le bain pour vous montrer que vous savez nager avec les autres depuis toujours. Celui qui a été bouleversé comme moi par le bégaiement du Discours d’un Roi. Au revoir boss.

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