Archives mensuelles : juin 2011

Le film du mois de mai: Minuit à Paris

Des deux films vus en mai, La Défense Lincoln de Brad Furman et Minuit à Paris de Woody Allen, c’est du deuxième dont je vais parler aujourd’hui. Un américain, Gil (Owen Wilson), part préparer ses noces à Paris avec sa belle famille. Accessoirement, il est aussi un romancier qui attend de cette grande ville culturelle qu’elle lui donne l’inspiration que son pays natal ne saurait lui insuffler. Sa future femme passe ses journées à se pomponner et à dépenser l’argent de ses parents dans les grandes boutiques des Champs-Elysées. Le soir, ils se retrouvent pour dîner tous ensemble au restaurant très chic de l’hôtel en critiquant cette ville asphyxiée par son trafic, voyez-vous ça, et en se plaignant de la météo locale: car il pleut très souvent, c’est un comble. Or ce que Gil aime par-dessus tout, c’est marcher dans Paris sous la pluie sans parapluie, ce qui me rappelle quelqu’un… oui, puisque c’est sous la pluie que je préfère Paris surtout la nuit car les lumières de la ville se reflètent sur les pavés trempés et sur la Seine ce qui a l’agréable tendance de troubler ma vue et laisser gambader mon imagination. La vue de Gil semble se troubler également sous les coups de minuit où, chaque soir, une vieille guimbarde Peugeot vient le chercher et l’emmène passer des heures jusqu’à l’aube dans le vieux Paris. Chaque nuit est un voyage romantique dans le temps où il discute entre autres avec Fitzgerald, Dali, Picasso, Toulouse-Lautrec, Bunuel…  Il rencontre un modèle de Picasso (Marion Cotillard), mal à l’aise dans son époque elle-aussi, puisqu’elle aimerait vivre à La Belle Epoque.

Filmer ce retour dans le passé, réel ou fantasmé, n’est finalement qu’une façon pour Woody Allen de montrer que son personnage rêve de vivre une autre vie que la sienne dans laquelle il se sent inadapté, décalé, à l’étroit. La conclusion de l’histoire étant qu’il n’a pas besoin d’aller si loin en arrière pour trouver ce qu’il a en fait sous le nez aujourd’hui: un bout de femme bien réelle (Léa Seydoux), croisée à un marché aux puces, qui vend des vieux 45 et 33 tours et qui surtout a une particularité… elle aime les choses simples comme sentir la pluie couler sur ses cheveux et sur sa peau… Evidemment, on pourra trouver la future mariée et la belle famille caricaturales et l’histoire bon enfant mais on se laisse aller avec plaisir à suivre Gil dans ses balades nocturnes. D’autant qu’Owen Wilson sort ici de son rôle habituel de comique poussif, tendance très lourd, de ces derniers films, en étant très convaincant en rêveur romantique et passionné qui aime se laisser surprendre.

Posté par Miss Nelson

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Emma la Clown sous le Divan au théâtre de l’Ouest Parisien le 21 mai 2011

Un petit mot d’une amie glissé dans mes affaires avec le programme du Théâtre de l’ouest parisien de Boulogne: « Allez viens, je t’emmène voir Emma la Clown sous le divan, ça te dit? ». « Oui mais c’est qui? » C’est Meriem Menant. Un p’tit bout de femme toute menue qui entre en scène habillée en tenue de scout, grosses chaussures, bermuda, et qui parle avec une voix d’enfant. Sur la scène un grand divan. Elle demande au public sur un ton pas si ingénu que ça: « bon, qui va bien ici? ». Pour aborder le thème de la psychanalyse, elle endosse tous les rôles: tour à tour psychanalyste bavard et patient bloqué dans son mutisme sur le divan, elle dévoile avec humour les maux, les névroses, les angoisses, les refoulements nichés dans notre inconscient. Elle interpelle le public et l’invite à participer à la séance à plusieurs reprises toujours avec délicatesse.

Tout objet de la scène devient freudien : un abat-jour posé sur la tête sert à dévoiler nos désirs cachés (ce qui provoque bien sûr des scènes extrêmement drôles), un vieux tricot qui n’en finit plus d’être tricoté représente tout ce que l’on ressasse, etc. Elle a le don de tout faire avec grâce: un peu poète, elle chante, danse, joue de la flûte traversière, devient marionnettiste. Qui tire les ficelles: le conscient ou l’inconscient? Emma discute de ses rêves avec une petite marionnette qui est une représentation d’elle-même en miniature, habillée de la même façon qu’elle avec un chapeau et un nez rouge. Cette scène est d’une grande poésie: le public était ému, cela se voyait particulièrement.

Emma/Meriem sait nous faire rire sur nous-mêmes sur un sujet somme toute délicat car touchant à l’intime, à ce que l’on cache sous le masque, sous le nez de clown, et qui détermine pourtant notre rapport au quotidien et aux autres. Son spectacle est une façon de nous dire de prendre soin de soi.

Posté par Miss Nelson

Théâtre de l’Ouest Parisien, Boulogne, le 21 mai 2011
Toutes les infos sur Emma la Clown:  http://www.chanson-net.com/emmalaclown

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Le Potager du Rock 2/2: Brain Damage au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(Suite du billet « Le Potager du Rock au théâtre Montansier ».) Depuis quelques jours déjà, pour préparer mes oreilles, j’avais fait tourner le Short Cuts Live de Brain Damage assez souvent sur la platine et l’iPod. Je m’endormais souvent sur l’intro de « Mundhu Live » (extrait de Short Cuts Live) qui me sert de doudou, de berceuse. On m’avait conseillé de lire du Marc Lévy pour me détendre et m’endormir le sourire béat après une dure journée de labeur mais cela me provoque des symptômes radicalement opposés c’est fou, non? Revenons-en à nos moutons électriques… Je ne les avais jamais vus en concert jusqu’à ce soir-là. Ce billet est aussi l’occasion de parler de ce groupe (chez Jarring Effects, label dont je parle souvent ici) car je ne l’avais pas encore fait sur Grabuge et cela fait longtemps que je voulais parler de leur son si particulier, si personnel.

Prélude: Brain Damage, un son émotionnel à part dans la scène dub française

Originaires de St Etienne, ils ne sont que deux comme les deux hémisphères du cerveau, brain: le bassiste et l’ingénieur du son. Leur dub est à part dans la scène française, plutôt intimiste, complètement cérébral (d’où leur nom?…), parfois sombre et anxiogène comme ils le qualifient eux-même mais pas seulement, certains diront « ambient« , je dirais « émotionnel », à la fois profond et à fleur de peau, à l’opposé d’High Tone justement qui fait maintenant un dub froid depuis Outback, qui ne me touche plus. Comme quoi on ne peut pas définir ce genre de musique, on entend souvent à propos du dub-électro qu’il s’agit d’une ligne de basses avec quelques variations de samples. Un raccourci. Alors que finalement, c’est comme n’importe quel autre genre de musique, ce qu’on entend et donc l’effet que cela nous procure dépend de notre émotivité et de notre sensibilité, c’est cela qui donne vraiment la tonalité, la teinte à ce que l’on écoute, à ce que l’on perçoit. Comme pour un tableau, une sculpture, un film, un livre… C’est la charge émotionnelle de l’instant que l’on apporte à l’oeuvre que l’on regarde, que l’on écoute, que l’on ressent, qui fait que cette oeuvre prend du sens ou non pour soi, qu’elle vous « parle » ou vous indiffère. Pratiquant un dub très intimiste en studio, Brain Damage est pourtant réputé pour électriser totalement la scène quand ils jouent en live.

Le concert au théâtre Montansier, samedi 14 mai

Nous y voilà enfin… L’ingénieur sur sa machine à son à droite. Le bassiste à gauche. Au fond 5 boules blanches en forme de lampes qui me rappellent la boule blanche d’Idem (Zagreb, Idem, KSET: remember Nelson…) A deux, ils vont secouer le petit théâtre comme jamais. Les voix graves si reconnaissables et les cliquetis du son de Brain Damage font frémir les piliers de la salle et courent sur ma peau telles des ondes filantes épidermiques.

Le répertoire varie entre le dernier album Burning before Sunset (dont le titre porte toute sa signification ce soiret  Short Cuts. Pour achever le festival, Brain Damage transforme le théâtre en boîte à musique déchaînée. Leur son si intimiste sur album prend une toute autre teinte sur scène avec une rythmique plus rapide. Le public en transe ondule contre les planches de la scène: on est tous en train de « burning before sunset« . Les spots circulaires recolorent les peintures du plafond voûté. Au-dessus de moi, des gens se déhanchent dans les balcons. J’imagine le théâtre les autres soirs avec tous ces gens assis en rang d’oignon tous bien habillés, pas un qui moufte alors que cette nuit, c’est un déchaînement de sons et de lumières auquel j’assiste. Tout le monde danse les yeux clos avec un sourire planant. Hypnotisée je suis par cette ambiance électrique qui mélange cette nuit un son si électronique résolument moderne à un décor tout en retenue, si classique.

L’alchimiste du son n’a jamais les deux pieds posés en même temps sur le sol tant il bouge avec frénésie à chaque réglage. Le moindre dialogue avec le public est samplé, mixé dans sa machine et sert d’introduction à quelques morceaux. Mais le duo s’excuse et débranche tout car le théâtre doit fermer ses portes. Quelqu’un hurle dans la salle « On s’en fout, seule la musique compte ce soir ». Oui, toutes les nuits du samedi devraient être ainsi, des nuits magiques qui vous laissent en suspens au réveil à l’envers, avec cette impression d’avoir vécu ou bien fantasmé quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ordinaire. La fermeture du festival du Potager du Rock 2011 au théâtre Montansier restera une expérience sonore, visuelle, cérébrale et corporelle mémorable.

Posté par Miss Nelson

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100361
Des infos sur Brain Damage: http://www.myspace.com/braindamagedub

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Le Potager du Rock 1/2: Kaly Live Dub au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(suite du billet « Mon petit potager sonore »). Samedi 14 mai. Je cours à perdre haleine sur les trottoirs pavés direction le théâtre Montansier pour assister à la clôture du festival du Potager du rock (7-14 mai 2011). Il fait déjà nuit. Les étoiles tombent sur Versailles et dans mes yeux car le décor qui m’entoure est superbe. Je ne suis pas dans une salle de concert ordinaire. Le plafond voûté est recouvert de peintures. En son centre, un immense lustre repose comme un encensoir et éclaire la salle du théâtre, des balcons, à l’orchestre, à la scène où Kaly Live Dub installe son gros matériel. Tous les sièges sont remontés et la majorité du public est debout dans l’orchestre contre la scène. On a tous un sourire de gosse aux lèvres.

Le lustre s’éteint et le théâtre est plongé dans le noir. Des loops ondoyants sortent alors de l’antre du théâtre et s’enroulent autour de nos corps impatients. Les cinq membres de Kaly sont sur scène, et la pomme du mac qui surplombe les machines, de nouveau, luit entre les colonnes du théâtre.

Heureuse de les retrouver après leur prestation dans la toute petite salle du Nouveau Casino le 28 octobre 2010 (lire le billet). Depuis, je trimballe Kaly un peu n’importe où dans mon iPod en écoute le soir surtout les jours d’orage lorsque le ciel vire aux couleurs de Turner. C’est ce que j’aime lors des Live: c’est comme si je posais mon iPod sur la scène et que le son s’en échappait par la prise jack pour prendre forme le temps d’une nuit, transformant la prestation scénique en fantasme réel ou en réalité augmentée devant moi.

Par rapport au Nouveau Casino, le changement de décor est radical et le son n’a rien à voir non plus: moins fort, il bénéficie d’une résonance acoustique quasi-parfaite dans ce théâtre: on perçoit toutes les boucles et patchworks de sons habituellement perceptibles qu’au casque. Kaly pioche un peu partout dans son répertoire: Lightin’ the Shadows, le dernier album bien sûr mais aussi Fragments, notamment « Cross Ruling » où l’on m’explique que la bande son provient de Full Metal Jacket (encore appris quelque chose ce soir!), et le déjanté « See no sens » où je vois derrière moi des coulées de lumière bleue ruisseler le long des balcons du théâtre et sur les visages éblouis d’un public en lévitation…

Kaly embrase nos corps et le théâtre tout entier. Mais le temps est compté car nous sommes à un festival et le groupe lyonnais doit laisser place à ceux que je n’ai encore jamais vus en live et qui pratiquent un dub-électro unique très personnel et comme son nom l’indique absolument cérébral: j’ai nommé Brain Damage…

A l’entracte, je visite les alentours de la salle et me perds dans le dédale de couloirs rouges et sombres qui me semblent sans fin où sont exposés des mannequins en costumes de théâtre, j’ai l’impression qu’ils prennent vie devant moi comme dans une scène de David Lynch. Mon téléphone sonne, je frissonne: « T’es passée où bon sang?! Brain Damage vient de commencer! » Je sens les basses qui font craquer le parquet sous mes pieds. Je reconnais l’introduction lancinante d’un morceau du dernier album Burning before Sunset. Il n’y pas pas de doute, les deux moitiés du cerveau de Brain Damage sont sur scène là, juste derrière la porte… Re-play. Re-ssentir. Encore et encore. C’est ce que j’aime. Je pousse la porte… Lire la suite.

Voir les photos et vidéos du concert au théâtre de Montansier: http://gallery.me.com/miss.nelson#100359
Des infos sur Kaly Live Dub: http://www.myspace.com/kalylivedub
Label indépendant Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/ 

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Mon petit potager sonore

J’ai une activité secrète et solitaire que j’avoue ce soir: j’aime jardiner

Surtout la nuit, quand la ville dort, quand la lune sort

Dans mon potager sonore

Je plante des sons divers et variés, pas avariés

Tendance graves, quelques réglages disséminés bien attentionnés :

« Loudness, bassboost », je tourne, retourne, détourne et j’écoute mijoter

Pour récolter, je branche les câbles : le rouge et le noir en sortie A & B

Soit sur les enceintes murales, soit sur le gros casque, à ma petite tête, bien ajusté

Ou parfois directement en infusion à boire en sachet de thé

Dans mon coeur sentir les vibrations sonores transfuser

Je ferme les yeux et j'(en)attends de voir venir l’onde sonore qui va me traverser…

C’est pour cela que j’aime particulièrement Le Potager du Rock, un festival annuel nécessaire qui produit de bonnes récoltes et donc de bons crus et où je traîne mes oreilles et ma mélancolie colorée en baskets un peu usées. L’édition 2011 s’est déroulée du 7 au 14 mai à Versailles. Décidément, ces derniers temps, mes échappées sonores déroulent leurs partitions dans des villes de château (voir billet sur High Tone à St Germain en Laye). Une bonne âme m’appelle : « Tu as vu qui est en tête d’affiche du Potager? » Que vois-je? Kaly Live Dub et Brain Damage pour la clôture du festival dans un théâtre?… Vite un billet pour Nelson pour passer une nuit magnétique et électronique, au coeur du théâtre Versaillais de Madame Montansier, lieu idéal pour suspendre le temps, rejoindre le passé et le présent avant que l’aube ne renaisse avec son air triste chassant la lune si douce, ma bonne fée, en petit quartier, en croissant doré ou ronde comme un 33 tours, qui veille sur mes nuits sonores et multicolores… Lire la suite.

Le potager du rock: http://www.potagerdurock.fr/
Illustration de Tristan Cottin: voir sa galerie

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Un cinquième café salé s’il vous plaît!

Onze heures, samedi 14 mai, j’arrive au Salon Pop’Up qui s’est installé à La Cité des Sciences, Porte de La Villette, pour une journée seulement. Je viens pour la séance de dédicaces sur le stand de CFSL.NET à l’occasion de la sortie du cinquième artbook de Café Salé. Beaucoup d’auteurs sont là et laissent libre cours à leur imagination pour dédicacer mon exemplaire.

Comme d’habitude, Café Salé nous a concocté un très beau recueil de 300 planches de bd paru aux éditions Ankama, à contempler vautré sur un canapé, allongé par terre, ou à la lampe frontale sous les draps (ma préférence), bref,  c’est selon votre sensibilité et votre perception de l’espace, le résultat étant à chaque fois le même: enchanter vos yeux de mille et une couleurs.

Je profite de ce billet pour parler également de leur projet TSUNAMI: un artbook Magnitude 9, Des images pour le Japon est en cours de préparation pour une sortie annoncée en septembre. Ses bénéfices seront reversés pour les associations s’occupant du Japon. Il est en précommande et certaines planches sont déjà visibles en ligne ici: http://cfsl.net/tsunami/

Toutes les infos sur Café Salé c’est ici: http://www2.cfsl.net/fr/home
Toutes les infos sur le Salon Pop’Up c’est là: http://www.salon-popup.com/ 

CFSL.NET | Artbook 05 – 1 from Café Salé | CFSL ink on Vimeo.

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High Tone et RTSF à La Clef le 6 mai 2011

Fin de semaine, dernier étage, l’ascenceur s’ouvre: je suis arrivée à St Germain en Laye. Je descends. La chaleur dégringole. Au loin, j’aperçois des terrasses de cafés branchés blindées de jeunes couples qui s’extasient derrière leurs lunettes Prada fumées. Je n’ai rien à faire là. Je me suis encore trompée d’étage. Je remonte dans l’ascenceur. Je regarde l’heure, je suis en retard. Un groom m’interpelle: « quel étage? ». Je bois mon Yop. « Boissons interdites ici, qui a écrit Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?« , « Philip K. Dick », « Ok, bonsoir Nelson. Dernier étage au sous-sol, je ne vous accompagne pas et tenez, voici la clef ». Je range la clef dans ma poche. L’ascenceur descend à vitesse grand V et s’immobilise brusquement. Les parois commencent à vibrer. Je manque d’air. J’écrase le bouton « In Case of emergency ». Une voix sans âme sort du haut-parleur « calmez-vous Nelson, vous êtes arrivée et si vous aviez un tant soit peu de jugeote, vous auriez utilisé ce qu’il y a dans votre poche ». Sous le bouton d’urgence, il y a une serrure. Je sors la clef… La salle est pleine. RTSF déjà sur scène.

Deux concerts de dub ce soir à La Clef, petite salle de concert de St Germain en Laye pas loin du château. La première partie est assurée par RTSF, très jeune groupe de dub qui a le mérite de se donner à fond sur scène pour se faire connaître et de ne pas rester caché derrière des machines. Batterie, basse, guitare, tout y est. Le groupe s’en sort plutôt très bien et tente de réveiller le public de St Germain un peu édulcoré ce soir. Tâche d’autant plus difficile quand on fait la première partie de grandes pointures du dub comme High Tone. Le dernier album des Lyonnais, Outback (toujours chez Jarring Effects) m’ayant totalement laissée de marbre car délivrant un son froid sans émotion, je suis surtout là pour écouter les précédents albums.

Hélas, en dehors de la belle prestation de « Bad Weather » (extrait d’Acid Dub Nucleik), la majorité des morceaux qui seront joués ce soir sont extraits d’Outback. Et ils confirment ma première impression d’écoute au casque. Finalement, le concert représentera parfaitement l’album: des versions live identiques sans surprises, glaciales, livrées par les membres du groupes trop statiques derrière leurs machines. Le batteur pourtant situé au centre de la scène est presque toujours plongé dans le noir, la mise en scène étant axée sur les écrans géants placés au fond de la scène où passent soit par exemple le vidéo-clip de « Spank » en intégralité, ce qui ne représente aucun intérêt en live, soit des images hypnotiques censées bercer le public. Je n’attends pas en concert de voir un vidéo clip mais de voir les musiciens communiquer l’énergie (é)mouvante qui caractérise le dub électro de certains groupes de la scène française comme Idem, Ez3kiel, Brain Damage, Kaly Live Dub et High Tone à ses débuts. Mais là rien ne passe. High Tone délivre un son métallique sans émotion aucune, qui recouvre mon corps d’une enveloppe hermétique aux sensations, m’abrutit et martèle mon coeur au point que je n’entends plus ses battements comme s’il était enfermé dans une boîte en métal. Je ressors de là inerte, je ne ressens plus rien. N’était ce pas ce que je cherchais ce soir? Mais je n’aime pas ça. Car ce n’est pas moi. High Tone, wake-up!

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson#100341
High Tone:  http://www.hightone.org/
RTSF: http://www.myspace.com/rtsfmusic
Label indépendant Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

    

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Le film du mois d’avril: Animal Kingdom

Juste deux films en ce mois d’avril, un américain et un allemand : Animal Kindgdom de David Michôd et Il était une fois un meurtre de Baran Bo Odar. Et c’est le premier dont je vais parler ici. Il fait d’ailleurs parfaitement la continuité avec celui de mars: Winter’s Bone: à l’animal sauvage Ree succède Joshua l’animal blessé.

Melbourne. Une famille de tueurs veut venger l’un des leurs abattu sur un parking en plein jour par des flics qui ne prennent plus le temps de faire un brin de causette. Juste une balle, en pleine tête. Alors, forcément, ça énerve les frères et pas qu’un peu, surtout Pope, le genre trop nerveux tendance paranoïaque. Il y a la mère qui embrasse chacun de ses fils sur la bouche admirant leur corpulence, la fierté filiale et maternelle suinte à chacun de ses gestes. Et il y a le petit dernier, quoique un peu éloigné, un peu jeune: le neveu. Joshua, qui traîne avec ses oncles, des vrais durs, des vrais mecs. Ceux qui n’ont jamais peur de rien, qui n’ont pas le temps de s’épancher. Tout ça pensent-ils, ce ne sont que des trucs pour les lavettes comme Joshua.  Dès la première scène, on entend la voix-off imperturbable de Joshua: « mes oncles avaient toujours peur ».

C’est l’image même de l’affiche qui symbolise le film: la famille unie, forte, inébranlable avec ce titre écrasant: Le Royaume animal. Comprendre ici: le royaume de la Famille avec un grand F, la meute, assoiffée de vengeance quand un des leurs est tué, sombrant les uns après les autres dans une folie paranoïaque affolante n’hésitant pas à bannir et écraser le plus faible d’entre eux, le plus jeune: Joshua. Celui tout en bas et au milieu de l’affiche: en bas car écrasé, au milieu car l’oppressé est en fait… le plus fort. Et si l’on regarde bien, c’est lui qui tient l’arme, sans ciller.

Joshua, c’est celui qui parle peu ou en présence de sa petite amie qui éclaire son visage d’un léger sourire. Parce qu’il est capable d’éprouver des sentiments, les oncles pensent que Joshua est un faible qui va les trahir auprès de la police. Le laminage entre hommes va commencer. Le pire de la famille sera la mère prête à le sacrifier comme un petit agneau pour garder ses fils auprès d’elle dans son nid. David Michôd filme ici l’amour maternel comme arme absolue, machine à broyer tout ce qui entrave son bonheur. Il faut voir Joshua plier, plier, plier encore et encore, voir ce corps robuste et rigide, ce visage exprimant la joie ou la colère de la même façon, si timide, ayant du mal à articuler clairement plusieurs mots d’affilée, les débitant toujours sur le même ton, à la hache. Joshua est assis sans bouger, regardant ses oncles sous le joug de la peur complètement affolés, courant dans tous les sens autour de lui avec des gestes désordonnés. Jusqu’au dérapage épouvantable de l’oncle Pope pour briser Joshua et qui va tout renverser: dans une meute, celui qui est le plus à craindre est l’animal blessé, c’est lui qui va devenir le plus fort. Mais l’oncle Pope ne verra rien venir.

Et puis il y a cette scène: Joshua vient de perdre celle qu’il aime, enfermé dans sa salle de bain: il regarde ses effets personnels filmés en gros plans: l’ombre à paupière et le pinceau maculé, des morceaux de cotons imbibés de maquillage noir, un pyjama accroché, et il pleure. Toutes les larmes sortent de son corps comme un torrent trop longtemps contenu. C’est comme une éructation, une éruption d’émotions brutes et intenses d’amour, il tousse, son corps est secoué de sanglots, de tremblements. Ce plan est impressionnant. Sa sensibilité le rend différent de ses oncles. Il ressortira de la pièce plus fort. Puis, sans crier gare, la scène finale nous arrive en pleine tête suivie immédiatement du générique. L’acteur qui joue Joshua, ce regard, ce visage qu’on n’oublie pas, c’est James Frecheville.

Le lendemain on me dit: « Je viens de voir un film impressionnant comme un électrochoc qui reste dans ma tête, il faut que tu le voies, c’est… » : « Je sais, c’est Animal Kingdom« , « Ben oui? »…

Animal Kindgdom a remporté trois prix: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-140140/palmares/

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