Le film du mois d’avril: Animal Kingdom

Juste deux films en ce mois d’avril, un américain et un allemand : Animal Kindgdom de David Michôd et Il était une fois un meurtre de Baran Bo Odar. Et c’est le premier dont je vais parler ici. Il fait d’ailleurs parfaitement la continuité avec celui de mars: Winter’s Bone: à l’animal sauvage Ree succède Joshua l’animal blessé.

Melbourne. Une famille de tueurs veut venger l’un des leurs abattu sur un parking en plein jour par des flics qui ne prennent plus le temps de faire un brin de causette. Juste une balle, en pleine tête. Alors, forcément, ça énerve les frères et pas qu’un peu, surtout Pope, le genre trop nerveux tendance paranoïaque. Il y a la mère qui embrasse chacun de ses fils sur la bouche admirant leur corpulence, la fierté filiale et maternelle suinte à chacun de ses gestes. Et il y a le petit dernier, quoique un peu éloigné, un peu jeune: le neveu. Joshua, qui traîne avec ses oncles, des vrais durs, des vrais mecs. Ceux qui n’ont jamais peur de rien, qui n’ont pas le temps de s’épancher. Tout ça pensent-ils, ce ne sont que des trucs pour les lavettes comme Joshua.  Dès la première scène, on entend la voix-off imperturbable de Joshua: « mes oncles avaient toujours peur ».

C’est l’image même de l’affiche qui symbolise le film: la famille unie, forte, inébranlable avec ce titre écrasant: Le Royaume animal. Comprendre ici: le royaume de la Famille avec un grand F, la meute, assoiffée de vengeance quand un des leurs est tué, sombrant les uns après les autres dans une folie paranoïaque affolante n’hésitant pas à bannir et écraser le plus faible d’entre eux, le plus jeune: Joshua. Celui tout en bas et au milieu de l’affiche: en bas car écrasé, au milieu car l’oppressé est en fait… le plus fort. Et si l’on regarde bien, c’est lui qui tient l’arme, sans ciller.

Joshua, c’est celui qui parle peu ou en présence de sa petite amie qui éclaire son visage d’un léger sourire. Parce qu’il est capable d’éprouver des sentiments, les oncles pensent que Joshua est un faible qui va les trahir auprès de la police. Le laminage entre hommes va commencer. Le pire de la famille sera la mère prête à le sacrifier comme un petit agneau pour garder ses fils auprès d’elle dans son nid. David Michôd filme ici l’amour maternel comme arme absolue, machine à broyer tout ce qui entrave son bonheur. Il faut voir Joshua plier, plier, plier encore et encore, voir ce corps robuste et rigide, ce visage exprimant la joie ou la colère de la même façon, si timide, ayant du mal à articuler clairement plusieurs mots d’affilée, les débitant toujours sur le même ton, à la hache. Joshua est assis sans bouger, regardant ses oncles sous le joug de la peur complètement affolés, courant dans tous les sens autour de lui avec des gestes désordonnés. Jusqu’au dérapage épouvantable de l’oncle Pope pour briser Joshua et qui va tout renverser: dans une meute, celui qui est le plus à craindre est l’animal blessé, c’est lui qui va devenir le plus fort. Mais l’oncle Pope ne verra rien venir.

Et puis il y a cette scène: Joshua vient de perdre celle qu’il aime, enfermé dans sa salle de bain: il regarde ses effets personnels filmés en gros plans: l’ombre à paupière et le pinceau maculé, des morceaux de cotons imbibés de maquillage noir, un pyjama accroché, et il pleure. Toutes les larmes sortent de son corps comme un torrent trop longtemps contenu. C’est comme une éructation, une éruption d’émotions brutes et intenses d’amour, il tousse, son corps est secoué de sanglots, de tremblements. Ce plan est impressionnant. Sa sensibilité le rend différent de ses oncles. Il ressortira de la pièce plus fort. Puis, sans crier gare, la scène finale nous arrive en pleine tête suivie immédiatement du générique. L’acteur qui joue Joshua, ce regard, ce visage qu’on n’oublie pas, c’est James Frecheville.

Le lendemain on me dit: « Je viens de voir un film impressionnant comme un électrochoc qui reste dans ma tête, il faut que tu le voies, c’est… » : « Je sais, c’est Animal Kingdom« , « Ben oui? »…

Animal Kindgdom a remporté trois prix: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-140140/palmares/

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