Le Potager du Rock 2/2: Brain Damage au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(Suite du billet « Le Potager du Rock au théâtre Montansier ».) Depuis quelques jours déjà, pour préparer mes oreilles, j’avais fait tourner le Short Cuts Live de Brain Damage assez souvent sur la platine et l’iPod. Je m’endormais souvent sur l’intro de « Mundhu Live » (extrait de Short Cuts Live) qui me sert de doudou, de berceuse. On m’avait conseillé de lire du Marc Lévy pour me détendre et m’endormir le sourire béat après une dure journée de labeur mais cela me provoque des symptômes radicalement opposés c’est fou, non? Revenons-en à nos moutons électriques… Je ne les avais jamais vus en concert jusqu’à ce soir-là. Ce billet est aussi l’occasion de parler de ce groupe (chez Jarring Effects, label dont je parle souvent ici) car je ne l’avais pas encore fait sur Grabuge et cela fait longtemps que je voulais parler de leur son si particulier, si personnel.

Prélude: Brain Damage, un son émotionnel à part dans la scène dub française

Originaires de St Etienne, ils ne sont que deux comme les deux hémisphères du cerveau, brain: le bassiste et l’ingénieur du son. Leur dub est à part dans la scène française, plutôt intimiste, complètement cérébral (d’où leur nom?…), parfois sombre et anxiogène comme ils le qualifient eux-même mais pas seulement, certains diront « ambient« , je dirais « émotionnel », à la fois profond et à fleur de peau, à l’opposé d’High Tone justement qui fait maintenant un dub froid depuis Outback, qui ne me touche plus. Comme quoi on ne peut pas définir ce genre de musique, on entend souvent à propos du dub-électro qu’il s’agit d’une ligne de basses avec quelques variations de samples. Un raccourci. Alors que finalement, c’est comme n’importe quel autre genre de musique, ce qu’on entend et donc l’effet que cela nous procure dépend de notre émotivité et de notre sensibilité, c’est cela qui donne vraiment la tonalité, la teinte à ce que l’on écoute, à ce que l’on perçoit. Comme pour un tableau, une sculpture, un film, un livre… C’est la charge émotionnelle de l’instant que l’on apporte à l’oeuvre que l’on regarde, que l’on écoute, que l’on ressent, qui fait que cette oeuvre prend du sens ou non pour soi, qu’elle vous « parle » ou vous indiffère. Pratiquant un dub très intimiste en studio, Brain Damage est pourtant réputé pour électriser totalement la scène quand ils jouent en live.

Le concert au théâtre Montansier, samedi 14 mai

Nous y voilà enfin… L’ingénieur sur sa machine à son à droite. Le bassiste à gauche. Au fond 5 boules blanches en forme de lampes qui me rappellent la boule blanche d’Idem (Zagreb, Idem, KSET: remember Nelson…) A deux, ils vont secouer le petit théâtre comme jamais. Les voix graves si reconnaissables et les cliquetis du son de Brain Damage font frémir les piliers de la salle et courent sur ma peau telles des ondes filantes épidermiques.

Le répertoire varie entre le dernier album Burning before Sunset (dont le titre porte toute sa signification ce soiret  Short Cuts. Pour achever le festival, Brain Damage transforme le théâtre en boîte à musique déchaînée. Leur son si intimiste sur album prend une toute autre teinte sur scène avec une rythmique plus rapide. Le public en transe ondule contre les planches de la scène: on est tous en train de « burning before sunset« . Les spots circulaires recolorent les peintures du plafond voûté. Au-dessus de moi, des gens se déhanchent dans les balcons. J’imagine le théâtre les autres soirs avec tous ces gens assis en rang d’oignon tous bien habillés, pas un qui moufte alors que cette nuit, c’est un déchaînement de sons et de lumières auquel j’assiste. Tout le monde danse les yeux clos avec un sourire planant. Hypnotisée je suis par cette ambiance électrique qui mélange cette nuit un son si électronique résolument moderne à un décor tout en retenue, si classique.

L’alchimiste du son n’a jamais les deux pieds posés en même temps sur le sol tant il bouge avec frénésie à chaque réglage. Le moindre dialogue avec le public est samplé, mixé dans sa machine et sert d’introduction à quelques morceaux. Mais le duo s’excuse et débranche tout car le théâtre doit fermer ses portes. Quelqu’un hurle dans la salle « On s’en fout, seule la musique compte ce soir ». Oui, toutes les nuits du samedi devraient être ainsi, des nuits magiques qui vous laissent en suspens au réveil à l’envers, avec cette impression d’avoir vécu ou bien fantasmé quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ordinaire. La fermeture du festival du Potager du Rock 2011 au théâtre Montansier restera une expérience sonore, visuelle, cérébrale et corporelle mémorable.

Posté par Miss Nelson

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100361
Des infos sur Brain Damage: http://www.myspace.com/braindamagedub

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Le potager sonore

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s