Archives mensuelles : octobre 2011

Thiéfaine à Bercy le 22 octobre 2011: nos corps vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir

Il est presque 19h samedi soir à Bercy quand je pousse la porte du Frog noir de monde après une semaine encore strange dont je me serais bien passée et qui me laisse là, brisée en morceaux que je ne sais pas recoller, dont je ne sais que faire, la tête à l’envers, le coeur transpercé en travers. Je reçois un texto: « on est tout en bas ». Je descends l’escalier et rejoins The Owl et Barb’ooz en train de terminer leur première pinte d’ambrée. Je commande un Poulet Tikka et une half-pint de blonde. J’aime les regarder se taquiner et rire. Et j’ai conscience d’être encore là branchée au secteur parce qu’ils sont mes disjoncteurs différentiels quand d’autres ont déjà si vite oublié mon visage et mon nom. Nous attendons ce moment depuis le mois de mars quand les premières affiches annonçant la tournée de Hubert-Félix sont apparues dans le métro. Ils m’ont fait tous les deux découvrir et aimer Thiéfaine à des moments différents. Le temps d’avaler un morceau et nous partons une heure plus tard pour son concert à Bercy.

Pourtant, je ne suis pas à mon aise quand nous entrons dans Bercy. J’ai l’impression en levant les yeux vers l’immense couvercle qui recouvre nos têtes d’être dans le ventre d’une gigantesque baleine métallique, un vaisseau spatial froid et sans âme. La scène semble si loin… de nous. Je suis tellement habituée à ne fréquenter que les petites salles de concert comme La Cigale (Cascadeur), La Boule Noire (Doctor Flake), Le 104 (High Damage), La Clef (High Tone), Le Divan du Monde, Le Café de la Danse (Zenzile)… Je ne vais jamais au Zénith ou à Bercy car je ne ressens pas d’émotions fortes dans ces grandes salles à spectacle. La moyenne d’âge est située entre la quarantaine et la cinquantaine. Ici, pas de dreadlocks comme dans les concerts de Dub (High Damage), c’est un autre peuple de l’herbe qui est présent dans la fosse ce soir: des barbus en Doc Martens mais avec les mêmes parfums que ceux des raggamuffins… qui imprègnent à nouveau mes cheveux une semaine après la nuit passée au 104…

Thiéfaine arrive à l’heure pour relever le compteur de notre ennui et changer nos têtes, accompagné en plus des musiciens habituels d’un orchestre à cordes placé au fond de la scène. C’est la première fois que tous les trois, nous le voyons en live. Quand les premières notes de « Lorelei » se font entendre dans le Palais Omnisports, tout le monde ou presque se met à chanter. Sur le grand écran défile en lettres gothiques le texte en version originale du poème allemand.

Ma plus grande déception, c’est qu’on ne voit pas très bien en détail la scène évidemment. Je suis toujours sur la pointe des pieds. L’écran géant ne m’attire pas, je préfère voir bouger l’artiste de près, lire ses émotions sur son corps à fleur de peau, pour mieux ressentir l’ambiance. C’est quasi impossible de vibrer avec autant de monde dans une telle grosse structure. C’est dommage de ne pas pouvoir le voir à La Cigale par exemple plutôt que dans ce gros paquebot…

Thiéfaine nous dit qu’il avait pensé écarter toutes les chansons parlant de sexe et de drogue mais que le concert n’aurait duré que 12 minutes environ… Rires dans la salle! Nous entendons alors plusieurs titres incontournables comme « Soleil cherche futur », « Sweet amanite phalloïde queen », « Alligator 427 » doté d’une mise en scène saisissante avec ces cinq structures vertes verticales et menaçantes comme les dents d’une mâchoire se refermant sur Thiéfaine, avec sur chacune d’elles deux lampes rouges brillantes comme les yeux d’un reptile, mais aussi le très beau « Les dingues et les paumés », spéciale dédicace à Barb’ooz car c’est le titre de Thiéfaine qu’il préfère… je me retourne vers lui, il a déjà fermé les yeux. Je sais que cette chanson le fait frissonner…

Thiéfaine fait venir JP Nataf sur scène pour jouer un extrait de Scandale mélancolique. C’est un artiste qui m’indiffère totalement. J’aurais préféré voir Paul Personne qui a fait un album Amicalement Blues avec lui. Du dernier album Suppléments de mensonge dont il faudra que je fasse la chronique, il joue presque l’intégralité dont le sensuel « Fièvre resurrectionnelle » (« Je t’aime et je t’attends à l’ombre de mes rêves… »), le chaotique « Garbo XW Machine » accompagné de nouveau par JP Nataf, « Compartiment C », « Infinitives voiles », le déjanté « Ta vamp orchidoclaste » (« C’est une brise-burne, une casse burettes… »), « Les Ombres du soir » et bien sûr le single nostalgique extrait de l’album « La ruelle des morts »…

Toujours en extrait du dernier album, place maintenant au très mélancolique « Petit matin 4.10 heure d’été » dont les paroles me parlent tant en ce moment et qui font couler des larmes noires sur les joues d’Hubert: « Si partir c’est mourir un peu, j’ai passé ma vie à partir/ Je rêve tellement d’avoir été que je vais finir par tomber/Mes yeux gris reflètent un hiver qui paralyse les coeurs meurtris/Mon esprit est une fleur flétrie/Je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments« … Bon sang, c’est tellement ce que je ressens que je sens des larmes de sang perler dans mon coeur quand j’entends la voix d’Hubert-Félix chanter ses maux.

Après plus de deux heures de concert, la scène s’éteint. Tandis que d’autres chantent « Je vous attends… » d’ « Alligator 427 », nous sommes plusieurs à fredonner « La fille du coupeur de joints » pour le rappel… et Thiéfaine revient avec quelques morceaux supplémentaires dont celui tant attendu qui commence par: « Elle descendait de la montagne sur un chariot chargé de paille, sur un chariot chargé de foin, la fille du coupeur de joints… » Une extase ecstasy traverse alors nos corps comme un courant électrique, nos cerveaux branchés directement sur nos coeurs en 220. Rien ne sera plus jamais comme avant…

« Plus question de chercher du travail, on pédalait dans les nuages, au milieu des petits lapins, la fille du coupeur de joints… ». The Owl attend toujours de pied ferme « La Cancoillotte » et moi « Maison Borniol » (« y a quelqu’un? ») mais Hubert ne les jouera pas. On ressort avec de la nostalgie dans le coeur et dans les yeux en songeant à nos années Thiéfaine, nous étions étudiants, je ne connaissais pas encore The Owl qui vivait à London City, Barb’ooz roulait en Polo bleu marine et moi en Cox 1303 dans les rues orléanaises. Que reste-t-il ? Nous dans la Ruelle, quand d’autres sont déjà morts. Le temps, ignoble, passe et emporte tout sur son passage. Et nous, que sommes-nous devenus? Des corps toujours vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir… Pour combien de temps encore?

Posté par Miss Nelson le 23/10/2011
(Vidéos M.N. 2011 tous droits réservés) 

Voir les vidéos (M. N. 2011 Tous droits réservés) : http://gallery.me.com/miss.nelson#100385
Consulter les dates de la tournée 2011-2012: http://www.thiefaine.com/concerts/
Le site officiel de Thiéfaine: http://www.thiefaine.com/ 

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »

Max Dormoy. Je sors du métro, le casque sur ma tête, le FX100 de Jarring Effects dans mes oreilles. Il fait déjà nuit. Je suis en route vers le 104 pour voir le premier concert de la tournée de High Damage, la rencontre entre Brain Damage et High Tone, qui sera également à l’affiche du Télérama Dub Festival.  J’avais posté un billet à ce sujet le 7 août (lire ici).  Je commence à réaliser seulement maintenant que je suis en train de traverser une cité l’air de rien, que je suis la seule fille qui marche dans une rue à l’atmosphère de plus en plus glauque. Je croise des bandes qui s’interpellent d’un trottoir l’autre. Allez: plus qu’un pont à traverser au-dessus de la voie ferrée et j’y suis… quoique? J’appelle Barb’ooz venu m’accompagner, seule personne de mon entourage martien qui aime aussi le dub électro, pour le prévenir que je n’atteindrai peut-être pas le bout du pont ce soir… Barb’ooz me récupère au bout du pont juste avant que je ne disparaisse dans la nuit…

On arrive au 104 que je ne connaissais pas, une fois à l’intérieur, je constate que c’est un très bel endroit où je me sens bien. On grignote un petit bout dans le restaurant-bar et comme la dernière fois au théâtre Montansier à Versailles lors du mémorable festival du Potager du Rock le 14 mai 2011, on reconnaît les basses vibrantes de Brain Damage qui viennent chatouiller nos pieds engourdis par le froid. Vite, on rentre dans la salle de concert. Un homme me tend le programme du Télérama Dub Festival: » Vous connaissez? » Euh…

Le concert est annoncé pour une durée d’environ 3 heures et il durera effectivement 3h30 sans entracte, donc c’est une véritable performance à laquelle on assiste ce soir. La rencontre est un triptyque car divisée en trois parties, trois tableaux: Brain Damage seul tout d’abord présentant les Dub Sessions, puis la rencontre avec High Damage, et enfin l’épilogue avec High Tone seul.

Brain Damage est tout de suite à droite dans l’entrée de la salle sur une scène. Le public lui fait face. Une autre scène en face tout au fond de la salle est plongée pour le moment dans le noir… Raphaël le bassiste étant parti sur un projet solo, il n’y a que Martin aux commandes des machines ce soir. J’ai dû mal à réaliser en fait que je suis vraiment juste à côté de lui, je suis contre le promontoir où il joue. Je vois le macbook, les consoles, le clavier, ce qu’il fait. Comme à son habitude, Martin ne reste jamais en place, c’est assez impressionnant de le voir faire tous ces réglages sur sa machine tandis que ses pieds bougent à un rythme effréné  !

Un homme à côté de moi hurle à l’attention de Martin : « Fais péter des trucs bizarres! ». Une grande partie du public se déhanche déjà dans la salle. Les Dub Sessions donnent un ton absolument reggae au dub joué dans cette première partie. Le son délivré n’a rien à voir avec les basses oppressantes du dernier album Burning before sunset. On est plus dans l’ambiance d’un album comme Dub 2 dub mais avec une rythmique plus accentuée et des samples plus importants et remixés.

Après une heure de prestation environ à haut voltage, Martin nous fait signe de regarder à l’autre bout de la salle en face de lui. Tout le monde se retourne. Des musiciens s’installent derrière cinq panneaux blancs. C’est High Tone qui fait face maintenant à Brain Damage, le public se retrouvant dorénavant entre les deux groupes. La deuxième scène du fond s’éclaire peu à peu. High Damage va utiliser tout l’espace de la salle du 104 pour jouer, pour la rencontre de deux groupes phares du dub français… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011: High Damage, dub alien…)

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits vidéos du concert de High Damage au 104 le 14/10/2011 (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés), c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
Toutes les dates du tour sur le site officiel de High Damage
Toutes les dates parisiennes du Télérama Dub Festival 2011.
Le label Jarring Effects.

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »)Ce soir au 104, après une heure de prestation de Brain Damage (avec seulement Martin), on assiste à la fusion entre les deux groupes de dub, High Tone et Brain Damage, qui se font face, le public entre les deux. High Tone apparaît au fond de la salle en ombres chinoises derrière cinq grands écrans-toiles, Martin en face d’eux, est toujours derrière ses machines. Les basses sortent du sols, anxiogènes, les murs de la salle du 104 tremblent, le premier concert tant attendu de la tournée d’High Damage  commence. La mise en scène avec les jeux d’ombres et de lumières, d’images et de correspondances entre les deux groupes est très subtile et réussie.

Il fait de plus en plus chaud dans la salle comble. La nuit s’annonce très longue. Et c’est tant mieux car je n’ai absolument pas envie de dormir ce soir malgré la fatigue accumulée ces cinq derniers jours et les perles de pluie persistantes  dans mes yeux. Le dub d’High Damage est parfaitement alien. Mutant et inquiétant car il empreinte les basses lourdes et les cliquetis étranges aux deux derniers albums de Brain Damage et la rythmique plus électronique et métallique d’High Tone depuis Underground Wobble et Outback. Il en résulte un dub sombre et envoûtant qui fait vibrer une à une les 33 marches de mon épine dorsale.

Après quelques morceaux mettant le public particulièrement en appétit ce soir, High Tone enlève les cinq panneaux blancs placés devant eux. Un écran géant s’allume derrière la scène. La voix qui sort alors des enceintes est si reconnaissable qu’elle est saluée par une partie du public: c’est celle de Black Sifichi qui a collaboré avec beaucoup de groupes électros et dub comme Brain Damage mais aussi Doctor Flake sur son dernier album Flake Up. Sa voix dit: « High Damage » en même temps que les mots apparaissant sur l’écran: une hypnotique hérésie hystérique traverse alors tous les corps remuants dans la salle.

J’observe le public. C’est drôle de voir tout ce mélange des genres: un homme devant moi en chemise blanche et catogan; un autre qui agite sa tête avec de longs dreadlocks qui descendent jusqu’en bas du dos. Beaucoup portent le tee-shirt avec le logo du coffret FX100 de Jarring Effects sorti fin septembre. Quant à moi, je porte un tee-shirt noir de Zenzile avec le très beau visuel de l’album Living in Monochrome, des Docs bien sûr et une fleur dans mes cheveux.

Dread ou fleur dans les cheveux, on est tous là ce soir pour vibrer au son de High Damage: le public a l’air vraiment réceptif à cette nouvelle expérience sensorielle insufflée par la rencontre des deux groupes. High Damage c’est fini. High Tone salue Martin de Brain Damage et le public. Il ne reste plus qu’à être très patients puisque l’album studio ne sortira qu’en mars 2012 après la tournée du groupe… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone »)

Posté par Miss Nelson le 20/10/11
(photos et vidéos Miss Nelson 2011, tous droits réservés)

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En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien). Martin de Brain Damage est parti, seule la scène du fond où se trouve High Tone est à présent éclairée. Pas d’attente, le concert d’High Tone, qui sera la troisième et dernière partie de ce concert triptyque d’High Damage au 104, commence immédiatement après la rencontre fusionnelle des deux groupes de dub High Tone et Brain Damage (voir billet précédent).

La dernière fois que j’ai vu High Tone en concert, c’était à La Clef avec RTSF le 6 mai 2011 (lire le billet du live report) et j’avais trouvé leur prestation froide et leur son trop électronique et métallique. Cela était surtout dû au fait qu’ils avaient joué une grande partie du dernier album que je boude un peu: Outback. Ce soir, ils vont jouer l’extrait « Spank » bien sûr mais vont aussi piocher dans le reste de leur répertoire dub plus éclectique (tour à tour downtempo, sombre, reggae…). De plus, ils ne sont pas du tout statiques bien au contraire, il faut dire qu’ils viennent de jouer plus d’une heure avec Brain Damage et la prestation qu’ils ont donnée ensemble de High Damage a conquis le public du 104 et on aimerait bien poursuivre l’expérience sensorielle chez nous sur la platine et au casque mais il va falloir attendre que l’hiver passe…

High Tone ouvre le bal avec une version de « Rub a Dub » remixée et absolument survitaminée qui enchante et secoue le peuple de l’herbe présent dans la salle sur des rythmes reggaes. On aura droit aussi au fameux « Bad Weather » devenu un passage indispensable de tout concert des Lyonnais. Les jeux de lumières notamment dans les teintes chaudes jaunes et rougeâtres sur la fin du concert sur la vidéo en noir et blanc d’un visage de femme en gros plan sont superbes. J’ai vraiment énormément de plaisir à les retrouver dans une telle forme, tant ils se donnent sur la scène du 104.

Le triptyque d’High Damage prend fin plus de 3h après l’apparition de Brain Damage.  Les Lyonnais et les Stéphanois ont réussi le très beau pari de leur émouvante rencontre sur scène tout d’abord. Pas de doute que l’album studio sera à la hauteur même s’il manquera toute la mise en scène visuelle très réussie qui participe fortement à l’émotion sensorielle ressentie ce soir.

Après un passage au stand de Jarring Effects, je repars avec un sweet noir Brain Damage de l’époque Spoken Dub Manifesto que beaucoup voulaient également mais il ne restait qu’une taille: « Il ne vous reste que ça comme taille, c’est du 12 ans, non? »  demande un grand gaillard à côté de moi. « C’est une taille femme » répond le vendeur, « et il n’en reste plus qu’un ». Et bien voilà, du 12 ans ça m’ira très bien, je le prends, merci et bonne nuit Jarring Effects. Je vais encore entendre des gens me dire « ça veut dire quoi ce qu’il y a d’écrit dans ton dos? » ou bien « Brain Damage? Oh, ça n’a pas l’air encore très gai tout ça ». Vouis vouis. On prend un dernier verre avec Barb’ooz et on sort du 104 où il n’y a plus grand monde désormais. Le froid s’engouffre dans ma veste et me glace jusqu’aux os. On passe devant une 206 coffre ouvert où les membres d’High Tone essaient d’engouffrer tant bien que mal tout leur matériel. Je quitte Barb’ooz et rentre chez moi. Mes voisins dorment depuis longtemps mais moi, je ne dormirai pas, pianotant sur Grabuge, les basses d’High Damage raisonnant encore dans ma petite tête tout le reste de la nuit. Quelques heures plus tard, The Owl m’appelle: « Nelson viens donc chez moi m’aider, mon iMac sous Tiger ne reconnaît pas mon iPhone 4S, je fais quoi? ». Je débarque à République les cheveux encore emmêlés d’étranges parfums, The Owl pas réveillée non plus m’ouvre la porte et me dit que mes cheveux sentent drôlement bon l’herbe rare des prairies « dubesques »: « Ce n’est rien, dis-je, je suis encore complètement highdamagisée… ». (Relire tout depuis le début… 🙂 )

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits-vidéos (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) du concert de High Damage c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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Doctor Flake à La Boule Noire le 12 octobre 2011: consultation pour arythmie atypique

« Il y a un problème? » demandé-je au médecin en blouse blanche qui hoche la tête interloqué: « Taisez-vous Nelson ». Il repose le stéthoscope sur ma peau et tend l’oreille: « Je ne comprends pas ». Il observe les graphiques. « Je n’ai jamais entendu ça auparavant, votre coeur bat beaucoup plus vite que la normale et j’entends des sons, comme une musique, au rythme des battements de votre coeur… Je vais vous donner des médicaments car vous ne pouvez pas rester comme ça ». « Des médicaments pour quoi faire? Quels effets secondaires? ». Le médecin me sourit et dévoile ses dents terriblement blanches: « Ils vont ralentir votre coeur qui va enfin battre normalement, vous ne ressentirez plus les choses et les personnes aussi fort qu’avant. Vous ne serez plus émotive, ni sensible donc vous ne souffrirez plus, tous les événements glisseront sur vous, c’est merveilleux non? Ouvrez la bouche » « Non! Je ne veux pas de vos satanées pilules! » NE PAS AVALER. Je sors du cabinet en courant. E-perdue dans les rues, je compose le numéro habituel en cas d’urgence de Barb’ooz, quelque part sur les routes avec sa GT1000, le garde-fou, celui qui m’empêche de sauter, de couper, de débrancher une fois pour toute mon coeur et mon cerveau électriques: « Nelson, déconne pas, ne débranche pas. Je t’envoie chez un thérapeute spécialiste du coeur électrique à tendance hyperémotive. C’est le Doctor Flake, RDV à La Boule Noire le 12 octobre 19h30. » 

Le jour J, je frappe à la porte étroite de la Boule Noire à droite de La Cigale, quartier Pigalle, où je trainais encore il y a cinq jours (lire le Live-Report de Cascadeur). On m’ouvre. « Je suis venue voir le Doctor, c’est pour soigner mon coeur? » On me laisse passer: « Prenez place ». La salle d’attente est pleine de gens comme moi, les « Followers » du Doctor. Je me sens moins seule tout à coup. Placé à droite sur la scène, il pianote sur son clavier-magnéto qui délivre des sons comprimés qui facilitent l’assimilation des vitamines bénéfiques en agissant directement sur la bonne transmission de l’influx nerveux, ce qui a pour effet d’apaiser l’état de manque affectif permanent.

Le corps du Doctor ondule au rythme de sa musique, ses gestes si gracieux caressent les touches. Il dit en regardant la salle d’attente remplie de patients impatients de l’écouter jouer: « C’est précieux ça ». Touché, ému et nous aussi… Doctor Flake place une petite caméra tournée vers son clavier pour qu’on puisse le voir jouer sur le grand écran de la scène. Il nous présente sa mascotte « Eliott », petite poupée qu’il fait marcher sur les touches du clavier. Vale Poher et Miscellaneous sont de la partie ce soir pour la grande première du Doctor. C’est en effet la première date de sa tournée qu’il entame pour promouvoir son dernier album Flake Up sorti le 12 septembre 2011. La participation de Miscellaneous donne un ton hip-hop à Flake Up sur deux morceaux joués ce soir « Addiction » et « Followers »:

« Licensed to pills » et « Colloque sentimental » extraits du très beau Paradis Dirtyficiels seront réclamés par le public. Doctor Flake nous offre là deux moments très très intenses et réjouissants de cette consultation: démarrage en douceur de « Colloque sentimental »… « Qu’il était bleu le ciel et grand l’espoir… « , coup de tonnerre et arrivée progressive dans mes veines de la bile noire à la Boule Noire qui envahit mon cerveau ce soir et tout mon corps qui se met à tanguer de plus en plus fort, la tête dans les étoiles…

La consultation est finie, tous les morceaux-médicaments prescrits ce soir par Doctor Flake passent tous seuls. On ressort de La Boule Noire le coeur enfin « léger »… merci Jean-Marie pour la thérapie. Je repars avec une ordonnance « et la force improbable de continuer » (« Une île »): « A prendre de préférence le soir avant le coucher. Poursuivre le traitement indiqué sur la période hivernale et à renouveler car nécessaire. »

Posté par Miss Nelson le 16/10/2011

Les dates de la tournée
Lire le billet « Doctor Flake délivre une nouvelle ordonnance… »
Plus d’infos sur l’album « Flake up » sur le site de Doctor Flake: http://www.doctorflake.com/
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Cascadeur à La Cigale le 7 octobre 2011: que saigne mon coeur

(Suite du billet « Cascadeur: choc émotionnel » du 25 avril 2011)... Vendredi soir. Tout le monde se dit au revoir et rentre vite chez soi. Pas moi. D’ailleurs, c’est où chez moi? Je ne sais plus. J’arrive en prenant mon temps à La Cigale très en retard mais le concert n’a pas encore commencé. Je suis venue voir Cascadeur. Cascadeur que je n’ai pas écouté une seule fois depuis le mois de mai 2011. Je sais que ça va faire très mal de réentendre ce soir tout le répertoire de l’album The Human Octopus… 

Quand j’ai découvert sa musique il y a déjà 6 mois, en avril 2011, j’étais arrivée à un moment de ma vie où j’ai pensé naïvement qu’elle allait vraiment changer. Mais je me suis cruellement trompée. J’ai tant écouté cet album à en être retournée, que la musique de Cascadeur reste liée à des moments précieux, uniques, hors de l’ordinaire, me laissant alors dans un état de lévitation permanente. Je n’ai pas senti la chute arriver, mon corps se fracasser contre une paroi sourde de glace.
Depuis, pour ressentir les choses, il m’arrive de marcher très vite dans le métro jusqu’à me cogner dans les gens, d’autres corps froids, des zombis automates quotidiens que je croise et qui me bousculent en retour. Je me prends des murs et des portes qui claquent à mon visage. Ne restent que les hématomes. Sentir la douleur c’est sentir quelque chose. La dernière fois lors de ma chronique de son album The Human Octopus, je finissais seule dans les rues de Paris. L’homme en deux-roues n’est jamais revenu me chercher.  Comme si je n’étais pas là, je n’avais jamais été là, comme si je n’avais jamais existé. La fleur dans son coeur s’est fanée. Ce soir, je ferme les yeux à nouveau à La Cigale et quand je les réouvre, Cascadeur entre en scène peu avant 9h accompagné de trois cordes et une flûte traversière. Il s’assied devant son piano en tenue blanche de cascadeur avec son casque de moto découvrant le bas de son visage. Des images défilent sur un ballon blanc, la lune, accroché en haut de la scène.

Cascadeur, alias Alex Longo, si fragile sous sa panoplie joue sa musique onirique et lunaire qui berce un public en plein émoi. Il se lève pour faire face à la salle. Je vois clairement juste le bas de son visage délicat sous le casque qui ressemble tant à celui qui… C’en est si troublant que le vague à l’âme m’envahit… Une doublure entre en scène pour lui ôter son casque (de dos) et lui mettre à la place un masque de Luchador bleu et blanc qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin du concert: on ne voit désormais plus que ses yeux et ses lèvres. 

Cascadeur sort sa fameuse Dictée magique qu’une seule génération aura connue, et on se dit que l’iPad n’aura jamais cet effet nostalgique dans plusieurs années… Le public répète chaque mot prononcé qui défile sur l’écran de la scène… Ce moment est vraiment très drôle, tout le monde se prend au jeu. Mais lorsqu’il joue les premières notes de  « Meaning », je ne peux plus retenir les larmes. « I’m strange man Like a ranger I’m invisible Like a monster But someday you understand Meaning of my worlds (…) I’m a speaker of the silence I’m the question now to you answer » . Les gens autour de moi sourient et moi, je tremble et je pleure dans la salle de me souvenir et de ressentir tant de choses… Je me rappelle d’une interview de Cascadeur où il avouait son  hyperémotivité:  » J’ose enfin être très émotif, pleurer et trembler visiblement, mais sous ma cagoule ». Quelqu’un dans la salle l’interpelle: « Enlève le masque ». Il répond avec tact: « Quel masque? ». Superbe. Je souris intérieurement: je porte moi aussi un masque invisible tous les jours et quand je ne peux plus tenir, je vais me cacher dans un coin à l’abri des regards pour pleurer. Alex Longo, mon étrange double?

Cascadeur jouera aussi « L’Odyssée », morceau qui l’a fait connaître avant son premier album: il lui permettra de gagner le concours CQFD des Inrocks et de figurer sur la compilation. Un rappel et un concert qui se termine sur « Bye bye » que chantonne Cascadeur assis au bord de la scène accompagné d’un guitariste assis à ses côtés. Alex Longo descend dans la fosse et traverse toute la salle pour saluer le public médusé par the human octopus. Cela ne devrait jamais finir. Avant de descendre dans le métro station Pigalle, je lève les yeux vers le ciel intriguée par la luminescence étrange que je sens au-dessus de moi: ce n’est plus le ballon blanc de la scène mais la vraie lune blanche quasi pleine, qui brille intensément dans la nuit. Bye bye et merci Alex Longo pour être « a strange man », pour ta fragilité et ta sensibilité qui te rendent si différent.

Posté par Miss Nelson le 09/10/2011

Lire la chronique de l’album The Human Octopus
Plus d’infos sur Cascadeur: http://www.cascadeursound.com/
http://www.myspace.com/cascadeur

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Idem – « Good side of the rain »: sous la thermocline

C’est un « Privilege class » de pouvoir écouter plus d’un mois avant sa sortie le prochain album d’Idem, Good side of the rain (sortie le 7 novembre chez Yotanka) qui est pour moi à ce jour, le plus beau de leur discographie. Pour entrer dans cet album, il faut accepter de faire cette plongée vénéneuse sous la thermocline d’un dub hybride d’une noirceur lumineuse.  Avec Good side of the rain, Idem nous entraîne toujours plus loin dans les sombres plaines abyssales de leur nouveau projet électro-organique. Post-traumatique.

« Experiencing the Depression »? L’anticyclone fugace s’éloigne et laisse place à une dépression atmosphérique insistante avec humidité dans l’air persistante. « Privilege class », morceau instrumental d’ouverture de l’album, fait le pont avec The Sixth aspiration museum overview. Il sonne comme la réverbération en négatif, le verso du recto de « Who or what? » du précédent album, avec cette troublante rythmique de plus en plus rapide, ce patchwork humide de boucles serpentines qui vous enveloppent, puis vous enserrent toujours plus fort et qui accélèrent peu à peu leur rotation hypnotique traversant tout votre corps. La musique d’Idem déclenche toujours en moi cette onde sismique si caractéristique qui secoue mes émotions une à une me laissant en plein émoi dans la confusion effervescente des sens…

Les premières notes dysphoriques de « Locked in syndrom », morceau hydrophone, retentissent comme un sonar anxiogène d’où s’élève progressivement la voix si grave et animale d’Isabelle Ortoli désormais présente sur tout l’album. Tantôt voluptueusement lasse et fragile sur le magnifique et mélancolique « Good side of the Rain » à écouter à la tombée de la nuit sous la pluie, morceau éponyme de l’album, tantôt rageuse en duo avec Ben Sharpa sur « Work in progress »…

Et puis il y a surtout ces cinq perles de pluie de l’album qui se suivent et qui me touchent. En plein dans mon coeur brûlant dans un monde éternellement en hiver. « Market return » tout d’abord. Le visage renversé en arrière, les yeux humides tournés vers le ciel orageux: j’attends qu’il se mette enfin à pleuvoir, « alone by rainy afternoon » … Car la pluie lave, un court instant seulement, la peine d’un coeur qui saigne. Comme l’artwork de la pochette: des flèches rouges qui tombent au coeur de la pluie. Ces mots qui sonnent de la même manière en anglais: Rain, Pain. A 2’11 min exactement de « Market Return »: les larmes coulent sur mes joues chaque fois que j’entends la voix d’Isabelle qui monte en puissance sur ce refrain absolument entêtant. Ce morceau est tout simplement le plus beau de l’album, d’une intensité émotionnelle bluffante. Et il n’y a rien d’autre à faire… que se laisser faire. Se laisser aller et descendre encore sous les couches sous-jacentes saturées du dub nerveux d’Idem qui brasse et superpose les courants froids et chauds du trip-hop, de l’électro et du rock indus.

Des flots ondulants de pluie saline roulent sur ma peau… plus forts quand monte encore en crescendo le superbe refrain magnétique de « Wings of Joy » qui injecte de l’adrénaline pure directement en intra-veineuse. Des torrents de spleen électrique se déversent des guitares grisantes qui mettent le corps en transe. Et la voix lancinante d’Isabelle: « Come on, come on » . La forteresse n’est plus là. Et je sais que mon petit coeur n’est pas étanche et ploie sous la pression des émotions. Entraînée par les courants sous-marins, je descends toujours plus profond pour effleurer « Missed it ». Ce morceau mutant évolue du calme abyssal à la montée houleuse de lames de fond en vagues à l’âme éperdue. « And he said you missed it« . Trop tard. Le morceau s’achève sur ces mots, comme une peine incommensurable. Le rythme cardiaque ralentit, 40 bpm. Et maintenant, que reste-t-il?  « A dust in peace » et toujours cet art de faire monter la pression de plus en plus fort: 1086 bars au compteur.

30 bpm. La bradycardie est totale sur le somptueux épilogue « The gipsy trail » dernier morceau de l’album qu’il faut absolument écouter au casque dans le noir.  On est si loin dans la profondeur des eaux sombres que l’on ressent le manque d’oxygène. La température chute brutalement. 20 bpm. La voix d’Isabelle se pose sur des accords sinueux qui engourdissent le corps jusqu’aux derniers sons ataxiques qui referment l’album…15 bpm…  A 4’25min retentit un étrange bourdonnement dans mes oreilles… 10 bpm… Je n’entends plus mon coeur, je ne sens plus la douleur… Je touche les abysses… Loin, si loin… sous la thermocline.

Posté par Miss Nelson le 02/10/2011.

Ajout du 01-11-2011: l’album est en pré-écoute du 31 octobre au 6 novembre sur Mowno: http://www.mowno.com/non-classe/avant-premiere-exclusive-mowno-ecoutez-le-nouvel-album-didem-du-31-oct-au-6-nov/ 

Good side of the rain: sortie le 7 novembre 2011, en précommande ici: http://www.idem-kzfp.com/goodsideoftherain/preorder/
En concert le 22 novembre 2011 à Paris, Le Divan du Monde, avec Picore et Aucan
Lire le billet « Le retour d’Idem… »
Le site officiel d’Idem 

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Le film du mois d’août: Melancholia

Le billet sur le film du mois d’août arrive tardivement… Mais le film en question mérite qu’on prenne son temps. Et puis, il est toujours à l’affiche. Il s’agit de Melancholia de Lars Von Trier. Justine (Kirsten Dunst) vient juste de se marier avec Michael. Ils passent la soirée dans la grande demeure romantique de la soeur de la mariée, Claire (Charlotte Gainsbourg). Pendant ce temps, une planète, Melancholia, se rapproche de plus en plus de la Terre. Les statistiques disent qu’elle va la frôler. D’autres qu’elle va la percuter et que ce sera la fin du monde.

Claire est une femme bien organisée dans une vie bien organisée où rien ne dépasse, où tout tourne rond, où le quotidien défile tranquillement. Sans se poser de questions. Se poser des questions pour voir les choses (la planète) en face, ça rend malheureux, non? Elle tient sa maison, attend sagement son mari, s’occupe de son fils. Elle a préparé tout le mariage de sa soeur, qui n’arrive pas à s’occuper d’elle-même, selon un programme qui doit être parfaitement tenu. C’est sans compter sur Justine qui s’égare dans les jardins de la maison, comme dans les méandres labyrinthiques du mal de la dépression dont elle souffre silencieusement. Ce mal qui l’empoisonne et qui l’entrave.

Quand on se marie, il faut sourire, en soirée, il faut sourire, en famille, il faut sourire. Se cacher pour pleurer. Toujours ce paraître du bien-être, du bonheur facile qu’on nous vend à outrance à la télévision, dans le métro, dans les magazines. Justine ne tiendra même pas une soirée. A l’heure de couper le gâteau, on la cherche alors qu’elle s’éclipse prendre un bain qui n’en finit pas. Lars Von Trier filme le visage de cire de Kirsten Dunst en très gros plan: le sourire a disparu, la mélancolie envahit tout l’espace du plan comme une bouffée d’angoisse. Cet instant est saisissant de beauté douloureuse.

Plus tard après le mariage, c’est Claire qui devra la porter de son lit jusqu’à la baignoire pour se laver, incapable de le faire elle-même. Tout comme la scène onirique de Justine essayant en vain de courir, de s’échapper d’elle-même, les pans de sa robe retenus et emmélés par des fils de laine noire sortant du sol boueux: les dépressifs évoquent souvent le corps devenu comme un poids trop lourd à porter, la difficulté de se hisser hors du lit le matin, de se laver, de sortir, de bouger, de ressentir leur corps. L’inertie devient maîtresse des lieux: de l’âme et du corps. Comme une petite mort.

Il faut avoir connu ou connu dans son entourage quelqu’un qui a subi une dépression pour filmer avec tant de beauté le vague à l’âme, les névroses, le spleen, la mélancolie. C’est le cas de Lars Von Trier durant plusieurs années. Qui mieux que lui sait filmer le mal être surgissant dans un regard éteint, un corps fourbu. Il touche ici à un sujet passionnant et dévoile le « négatif » positif de l’état dépressif: ce que j’ai souvent remarqué autour de moi: les gens d’humeur toujours joyeuse, prenant toujours les choses de la vie avec sérénité et optimisme, peuvent devenir d’un seul coup incapables de gérer une situation violente inattendue: deuil, abandon, maladie… Comme si le bonheur ne les avait jamais préparés au pire. A contrario, les gens d’humeur sombre, sujets à la mélancolie depuis toujours, qui peuvent atteindre les cimes de la pression et redescendre aussi vite dans les profondeurs de la dé-pression sont capables de subir un événement violent et sans espoir avec une sérenité exceptionnelle servant de repère aux autres. C’est exactement ce que raconte Melancholia: lorsqu’on découvre que la planète Melancholia ne va pas frôler la Terre mais va la percuter, le mari de Claire, pourtant toujours optimiste et souriant, agacé d’ailleurs par la dépression de Justine car ne la comprenant pas, se suicide juste avant l’impact. Quant à Claire, elle divague, devient de plus en plus nerveuse à l’approche de la planète, pleure, crie, fuit avec son fils pour revenir car aucune sortie de secours n’existe.

Au contraire de sa soeur, plus l’impact se fait ressentir, plus Justine se sent mieux, plus elle maîtrise ses humeurs et ses émotions jusqu’à devenir le chef de famille, la vraie forteresse. Elle ne pleure plus et c’est elle qui calme sa soeur, apaise sa douleur jusqu’au dernier moment. Elle encore qui construit un abri contre l’inéluctable pour le fils de sa soeur. Comme si finalement, le mal être (la planète Melancholia) dédaigné (par peur?) et incompris par ceux qui ne le ressentent jamais cachait une force de vie extraordinaire. En ce sens la planète Melancholia, allégorie du spleen, qui vient percuter avec violence notre quotidien, change la façon de voir et de percevoir l’horizon. Paradoxalement, ne pas l’éviter, laisser la dépression nous traverser serait-il le seul moyen d’en sortir plus vivant qu’avant?

Posté par Miss Nelson le 02/10/2011

Melancholia de Lars Von Trier avec Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, 2011 

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