Le film du mois d’août: Melancholia

Le billet sur le film du mois d’août arrive tardivement… Mais le film en question mérite qu’on prenne son temps. Et puis, il est toujours à l’affiche. Il s’agit de Melancholia de Lars Von Trier. Justine (Kirsten Dunst) vient juste de se marier avec Michael. Ils passent la soirée dans la grande demeure romantique de la soeur de la mariée, Claire (Charlotte Gainsbourg). Pendant ce temps, une planète, Melancholia, se rapproche de plus en plus de la Terre. Les statistiques disent qu’elle va la frôler. D’autres qu’elle va la percuter et que ce sera la fin du monde.

Claire est une femme bien organisée dans une vie bien organisée où rien ne dépasse, où tout tourne rond, où le quotidien défile tranquillement. Sans se poser de questions. Se poser des questions pour voir les choses (la planète) en face, ça rend malheureux, non? Elle tient sa maison, attend sagement son mari, s’occupe de son fils. Elle a préparé tout le mariage de sa soeur, qui n’arrive pas à s’occuper d’elle-même, selon un programme qui doit être parfaitement tenu. C’est sans compter sur Justine qui s’égare dans les jardins de la maison, comme dans les méandres labyrinthiques du mal de la dépression dont elle souffre silencieusement. Ce mal qui l’empoisonne et qui l’entrave.

Quand on se marie, il faut sourire, en soirée, il faut sourire, en famille, il faut sourire. Se cacher pour pleurer. Toujours ce paraître du bien-être, du bonheur facile qu’on nous vend à outrance à la télévision, dans le métro, dans les magazines. Justine ne tiendra même pas une soirée. A l’heure de couper le gâteau, on la cherche alors qu’elle s’éclipse prendre un bain qui n’en finit pas. Lars Von Trier filme le visage de cire de Kirsten Dunst en très gros plan: le sourire a disparu, la mélancolie envahit tout l’espace du plan comme une bouffée d’angoisse. Cet instant est saisissant de beauté douloureuse.

Plus tard après le mariage, c’est Claire qui devra la porter de son lit jusqu’à la baignoire pour se laver, incapable de le faire elle-même. Tout comme la scène onirique de Justine essayant en vain de courir, de s’échapper d’elle-même, les pans de sa robe retenus et emmélés par des fils de laine noire sortant du sol boueux: les dépressifs évoquent souvent le corps devenu comme un poids trop lourd à porter, la difficulté de se hisser hors du lit le matin, de se laver, de sortir, de bouger, de ressentir leur corps. L’inertie devient maîtresse des lieux: de l’âme et du corps. Comme une petite mort.

Il faut avoir connu ou connu dans son entourage quelqu’un qui a subi une dépression pour filmer avec tant de beauté le vague à l’âme, les névroses, le spleen, la mélancolie. C’est le cas de Lars Von Trier durant plusieurs années. Qui mieux que lui sait filmer le mal être surgissant dans un regard éteint, un corps fourbu. Il touche ici à un sujet passionnant et dévoile le « négatif » positif de l’état dépressif: ce que j’ai souvent remarqué autour de moi: les gens d’humeur toujours joyeuse, prenant toujours les choses de la vie avec sérénité et optimisme, peuvent devenir d’un seul coup incapables de gérer une situation violente inattendue: deuil, abandon, maladie… Comme si le bonheur ne les avait jamais préparés au pire. A contrario, les gens d’humeur sombre, sujets à la mélancolie depuis toujours, qui peuvent atteindre les cimes de la pression et redescendre aussi vite dans les profondeurs de la dé-pression sont capables de subir un événement violent et sans espoir avec une sérenité exceptionnelle servant de repère aux autres. C’est exactement ce que raconte Melancholia: lorsqu’on découvre que la planète Melancholia ne va pas frôler la Terre mais va la percuter, le mari de Claire, pourtant toujours optimiste et souriant, agacé d’ailleurs par la dépression de Justine car ne la comprenant pas, se suicide juste avant l’impact. Quant à Claire, elle divague, devient de plus en plus nerveuse à l’approche de la planète, pleure, crie, fuit avec son fils pour revenir car aucune sortie de secours n’existe.

Au contraire de sa soeur, plus l’impact se fait ressentir, plus Justine se sent mieux, plus elle maîtrise ses humeurs et ses émotions jusqu’à devenir le chef de famille, la vraie forteresse. Elle ne pleure plus et c’est elle qui calme sa soeur, apaise sa douleur jusqu’au dernier moment. Elle encore qui construit un abri contre l’inéluctable pour le fils de sa soeur. Comme si finalement, le mal être (la planète Melancholia) dédaigné (par peur?) et incompris par ceux qui ne le ressentent jamais cachait une force de vie extraordinaire. En ce sens la planète Melancholia, allégorie du spleen, qui vient percuter avec violence notre quotidien, change la façon de voir et de percevoir l’horizon. Paradoxalement, ne pas l’éviter, laisser la dépression nous traverser serait-il le seul moyen d’en sortir plus vivant qu’avant?

Posté par Miss Nelson le 02/10/2011

Melancholia de Lars Von Trier avec Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, 2011 

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