Cascadeur à La Cigale le 7 octobre 2011: que saigne mon coeur

(Suite du billet « Cascadeur: choc émotionnel » du 25 avril 2011)... Vendredi soir. Tout le monde se dit au revoir et rentre vite chez soi. Pas moi. D’ailleurs, c’est où chez moi? Je ne sais plus. J’arrive en prenant mon temps à La Cigale très en retard mais le concert n’a pas encore commencé. Je suis venue voir Cascadeur. Cascadeur que je n’ai pas écouté une seule fois depuis le mois de mai 2011. Je sais que ça va faire très mal de réentendre ce soir tout le répertoire de l’album The Human Octopus… 

Quand j’ai découvert sa musique il y a déjà 6 mois, en avril 2011, j’étais arrivée à un moment de ma vie où j’ai pensé naïvement qu’elle allait vraiment changer. Mais je me suis cruellement trompée. J’ai tant écouté cet album à en être retournée, que la musique de Cascadeur reste liée à des moments précieux, uniques, hors de l’ordinaire, me laissant alors dans un état de lévitation permanente. Je n’ai pas senti la chute arriver, mon corps se fracasser contre une paroi sourde de glace.
Depuis, pour ressentir les choses, il m’arrive de marcher très vite dans le métro jusqu’à me cogner dans les gens, d’autres corps froids, des zombis automates quotidiens que je croise et qui me bousculent en retour. Je me prends des murs et des portes qui claquent à mon visage. Ne restent que les hématomes. Sentir la douleur c’est sentir quelque chose. La dernière fois lors de ma chronique de son album The Human Octopus, je finissais seule dans les rues de Paris. L’homme en deux-roues n’est jamais revenu me chercher.  Comme si je n’étais pas là, je n’avais jamais été là, comme si je n’avais jamais existé. La fleur dans son coeur s’est fanée. Ce soir, je ferme les yeux à nouveau à La Cigale et quand je les réouvre, Cascadeur entre en scène peu avant 9h accompagné de trois cordes et une flûte traversière. Il s’assied devant son piano en tenue blanche de cascadeur avec son casque de moto découvrant le bas de son visage. Des images défilent sur un ballon blanc, la lune, accroché en haut de la scène.

Cascadeur, alias Alex Longo, si fragile sous sa panoplie joue sa musique onirique et lunaire qui berce un public en plein émoi. Il se lève pour faire face à la salle. Je vois clairement juste le bas de son visage délicat sous le casque qui ressemble tant à celui qui… C’en est si troublant que le vague à l’âme m’envahit… Une doublure entre en scène pour lui ôter son casque (de dos) et lui mettre à la place un masque de Luchador bleu et blanc qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin du concert: on ne voit désormais plus que ses yeux et ses lèvres. 

Cascadeur sort sa fameuse Dictée magique qu’une seule génération aura connue, et on se dit que l’iPad n’aura jamais cet effet nostalgique dans plusieurs années… Le public répète chaque mot prononcé qui défile sur l’écran de la scène… Ce moment est vraiment très drôle, tout le monde se prend au jeu. Mais lorsqu’il joue les premières notes de  « Meaning », je ne peux plus retenir les larmes. « I’m strange man Like a ranger I’m invisible Like a monster But someday you understand Meaning of my worlds (…) I’m a speaker of the silence I’m the question now to you answer » . Les gens autour de moi sourient et moi, je tremble et je pleure dans la salle de me souvenir et de ressentir tant de choses… Je me rappelle d’une interview de Cascadeur où il avouait son  hyperémotivité:  » J’ose enfin être très émotif, pleurer et trembler visiblement, mais sous ma cagoule ». Quelqu’un dans la salle l’interpelle: « Enlève le masque ». Il répond avec tact: « Quel masque? ». Superbe. Je souris intérieurement: je porte moi aussi un masque invisible tous les jours et quand je ne peux plus tenir, je vais me cacher dans un coin à l’abri des regards pour pleurer. Alex Longo, mon étrange double?

Cascadeur jouera aussi « L’Odyssée », morceau qui l’a fait connaître avant son premier album: il lui permettra de gagner le concours CQFD des Inrocks et de figurer sur la compilation. Un rappel et un concert qui se termine sur « Bye bye » que chantonne Cascadeur assis au bord de la scène accompagné d’un guitariste assis à ses côtés. Alex Longo descend dans la fosse et traverse toute la salle pour saluer le public médusé par the human octopus. Cela ne devrait jamais finir. Avant de descendre dans le métro station Pigalle, je lève les yeux vers le ciel intriguée par la luminescence étrange que je sens au-dessus de moi: ce n’est plus le ballon blanc de la scène mais la vraie lune blanche quasi pleine, qui brille intensément dans la nuit. Bye bye et merci Alex Longo pour être « a strange man », pour ta fragilité et ta sensibilité qui te rendent si différent.

Posté par Miss Nelson le 09/10/2011

Lire la chronique de l’album The Human Octopus
Plus d’infos sur Cascadeur: http://www.cascadeursound.com/
http://www.myspace.com/cascadeur

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1 commentaire

Classé dans Le potager sonore

Une réponse à “Cascadeur à La Cigale le 7 octobre 2011: que saigne mon coeur

  1. cascadeur

    Merci pour tout.

    Casque bas

    a

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