Archives mensuelles : avril 2012

# Sold Out #

Il pleut à torrent des rivières de pluie qui emmêlent mes cheveux et embrouillent mes yeux. Je m’approche du guichet le coeur battant. Il n’y a personne d’autre que moi qui attend là dehors pour prendre son ticket.

« Bonjour, je voudrais une place s’il vous plaît »
« Bonjour Nelson. Une place pour qui, une place pour quoi? »
« Une place dans sa vie, une place dans leurs vies. Une place pour compter, être écoutée. Une place pour être quelqu’un qui compte réellement. Pas quelques heures volées mais toute la nuit et le jour qui suit. En définitive. Je suis là pour ça. »
« J’ai le regret de vous dire que c’est complet. Il aurait fallu vous y prendre plus tôt, beaucoup plus tôt. Il y a quinze ans au moins. Vous arrivez beaucoup trop tard Nelson. Il ne reste aucune place pour vous, plus rien. Vous comprenez? Tout est déjà pris. Les places partent vite, très vite. »
« Non, il doit s’agir d’une horreur, je veux dire d’une erreur. Pouvez-vous revérifier encore et encore? Il doit bien y avoir une place pour moi. Quelque part. Hors du noir. J’ai déjà entraperçu la couleur une fois, vibrante, je l’ai touchée du bout des doigts, des yeux. Elle était là pour moi, je le sais. »
« Je n’ai pas besoin de révérifier, puisque je vous dis qu’il ne reste rien. Vous arrivez avec des années de retard. Tout le monde a pris sa place depuis longtemps déjà. Et vous Nelson, comme d’habitude vous débarquez comme une fleur avec vos yeux humides et étonnés. Vos parents ne vous ont pas expliqué? »
« Non. »
« Ils ne vous ont pas préparée? »
« Non. Tout est arrivé si tôt. Je suis arrivée à l’envers. J’ai commencé par la fin du scénario. Par ce que la plupart des gens vont vivre quand ils seront vieux. Je suis à l’envers. J’arrive maintenant au moment où eux étaient très jeunes. Je ne le savais pas. »
« La belle affaire que voilà. Que voulez-vous que ça me fasse? Il fallait vivre à l’endroit Nelson. Il n’y a pas de place pour ceux qui vivent à l’envers, à côté, dans les rêves ou autrement d’ailleurs. Ou bien il vous faut rencontrer des gens à l’envers comme vous: vous aurez ainsi l’impression d’être à l’endroit, avouez que ce serait drôle, on vous verrait rire plus souvent. »
« Attendez, j’ai plein de places vides à échanger, c’est possible? »
« Non, la Maison ne fait pas d’échanges ni de remboursement, vous rêvez! »
« Alors que vais-je faire? S’il n’y a pas de place pour moi? L’ennui finira par me tuer. »
« Il faut bien mourir de quelque chose Nelson. Même les gens qui ont une place ne sont pas à l’abri de mourir d’ennui. Vous pouvez toujours vous asseoir et contempler le vaste océan. Mais n’attendez pas que quelqu’un vous y rejoigne. Personne ne viendra. Puisque c’est complet. »

Branché par Miss Nelson le 22/04/2012 (this bloody sunday morning)

Photo: Barbooz, Bar du 104, concert High Damage, octobre 2011/Filtre: Nelson

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R;ZATZ – Cruel Summer: les délices électriques de la mélancolie

R;zatz (Céline Frezza), fabuleuse ingénieur du son du label Jarring Effects, accompagnée de Takeshi d’Asian Z (guitare), Marilou de Mensch (basse) et de Mathieu de Kaly Live Dub à la batterie (dont il est beaucoup question sur Grabuge) est de retour avec un nouvel album Cruel summer, mélange fameux d’électro, trip-hop, de basses oppressantes et d’une multitude de sons aussi étranges qu’inquiétants qui lorgnent vers Tricky, Mig, Ez3kiel, Zenzile… R;zatz y joue beaucoup avec sa voix, quand elle rappelle Jamika de Zenzile sur « Ordinary Chronicles », PJ Harvey sur « Take a pill », morceau trip-hop qui ne déplairait pas à Doctor Flake, Djazia de Mig sur « Jaws » qui sonne comme « H’djendjell », Martina Topley-Bird muse de Tricky… Tour à tour sombre, oppressant, glaçant, ensorcelant, rageur, Cruel Summer sait faire vibrer à l’unisson toutes mes humeurs radieuses et bileuses du moment… « If only you could see there’s nothing in the DARK… Ghosts you’re chasing at night, Come back to the LIGHT » (« Cruel Summer »)... Après un passage chez Doctor Flake (Flake Up) et High Damage, je retrouve avec plaisir la voix de Black Sifichi qui chante sur « Dark brown Eyes », morceau découvert sur le FX 100 de Jarring Effects sorti fin 2011.

Mais surtout, il y a « U got me » qui arrive juste après le langoureux « Take a look in the mirror » qui ouvre l’album. « U got me » est le premier extrait accompagné d’un vidéo-clip très esthétique et lynchéen: une petite fille joue seule à la marelle. Une vieille dame vient la chercher et l’emmène dans une maison délabrée où des adultes, à la recherche de la beauté éternelle, volent la jeunesse des enfants… « U got me » est un morceau qui atteint une sorte de perfection. Tous les ingrédients sont là pour me satisfaire, me plaire et me complaire dans cet état bizarre où je me sens entièrement charmée par R;zatz. Fin de journée: le soleil incendiaire décline froidement. Des frissons brûlants agitent mon corps glacé. Les premières notes effervescentes agissent rapidement sur mon métabolisme ralenti, si souvent proche de la catalepsie. « U got me » possède cette rythmique psychiatrique flippante et envoûtante. D’avant en arrière, puis de nouveau en avant, elle vous enveloppe et vous serre irrémédiablement. La petite fille ne peut pas pleurer, assise dans son lit, le coeur à l’extérieur de sa boîte, tétanisé. Elle ne peut pas crier. Le cauchemar vivant. Mes cauchemars hurlants. « One, two, three, four… can’t hear your voice in the back of the door, You got me »… Elle compte dans sa tête pour faire partir les monstres… Un, deux, trois, vois: ils ne sont plus là.  Personne alors pour s’inquiéter, venir la consoler. Alors, elle continue de compter pour tenir. C’est maintenant qu’elle pleure enfin ses nuits sans sommeil d’antan. Le coeur à l’intérieur de sa boîte, palpitant. « So sick of it living throw your eyes, I’ve been quite nice but don’t push me too far » … 

Posté par Miss Nelson le 15/04/2012

Le site officiel de R;zatz: http://www.myspace.com/rzatz
Le site de Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

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Le Peuple de l’Herbe au Bataclan le 14 mars 2012

Je sors à Oberkampf. Je reconnais Barbooz pourtant masqué par la capuche de son sweat. Il m’emmène dans une pizzeria. « Alors? » Je lui raconte mon week-end thérapeutique dans l’Aisne qui flanque mal au coeur. Je flanche de comprendre tout ce que j’ai entendu pendant deux jours. Les larmes et les mots pourtant nécessaires mais pour quoi faire? Alors c’est comme ça. Je le sais depuis longtemps et je ne peux rien y faire. Je me sens fatiguée. Pourtant, il faudrait que je sois souriante et me taire. Ce soir heureusement je suis venue me vider la tête au Bataclan pour écouter Le Peuple de l’Herbe.

Nous descendons directement dans la fosse ce qui me permet de filmer d’assez près le groupe. Je ne les ai jamais vus en concert et ce que j’ai entendu de leurs prestations live n’est pas une légende: ils sont tout simplement bluffants sur scène. Ils sont d’une énergie incroyable et le public en redemande. Ils vont jouer bien sûr une grande partie du dernier album A Matter of Time, sorti en janvier 2012 mais aussi Cube et Radio Blood Money comme la machine infernale d' »History goes », « Mission », « Juda Not », mon titre favori « El Paso » et surtout le « thème » du Peuple qui les a fait connaître: « PH Theme » de Triple Zéro.

Les deux invités du dernier album sont venus ce soir. Tout d’abord Marie Nachury du groupe cabaret punk « Brice et sa pute » qui arrive vêtue d’une robe couleur papier peint des années 70 pour interpréter « Mars », le premier extrait vitaminé C de A Matter of Time. Sa voix androgyne ne déçoit pas en live: tantôt rageuse, tantôt montant dans les aigus.

Marc Nammour du groupe « La Canaille » sera aussi de la partie ce soir pour interpréter le très beau morceau hip-hop « Parler le fracas » qu’il a écrit pour le dernier album. C’est un grand moment du concert, avec un texte très engagé surtout à l’aube des élections approchantes… Le public chante le refrain haut et fort : « Oui Urgent Crier, Libérer les mots, sortir du silence comme d’un abcès trouver l’écho »…

Quand JC001 chante sur « A Matter of Time », le titre éponyme du dernier album, Barbooz me dit que sa voix lui file des frissons dans le dos.

Sir Jean et JC001 enflamment le Bataclan sur « Let us Play » extrait aussi de A Matter of Time.

Après un rappel brûlant, le concert s’achève sur « Jasmin in the Air ». Tout le monde ressort de là enthousiaste. Barbooz rentre chez lui. Je marche seule dans Paris. Je me retrouve dans la rue de The Owl qui doit dormir à cette heure tardive, je lui envoie un texto. Je descends dans le métro pour prendre mon train. Le son du Peuple de l’Herbe résonne dans ma tête et chasse les mauvaises herbes qui tentent de pousser en moi. Je rentre chez moi. Mes cheveux et mes vêtements sont imprégnés d’effluves d’herbes folles. Un texto de The Owl arrive: « Nelson, tu es encore là? », « Non, je suis rentrée chez moi, je me couche ». J’éteins la lumière. Je ferme les yeux. Je repense à… « Urgent crier ».

Posté par Miss Nelson le 01/04/2012

Voir toutes les vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100463
Le site du Peuple de l’Herbe: http://www.lepeupledelherbe.net/fr/main/index.php
Le site de Brice et sa pute: http://www.myspace.com/briceetsapute
Le site de La Canaille: http://www.myspace.com/lacanaille

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