Archives de Catégorie: Le potager sonore

Musique et sons étranges qui font du bien à l’oreille électrique

Metastaz – « Encounters » : L’invitation au voyage

Il est déjà tard, je suis seule sur le quai de la gare. Je cligne des yeux pour tenter d’apercevoir quelque chose au loin mais un brouillard persistant enveloppe les voies. Je sais qu’il doit passer ce soir. J’attends l’Orient Dub Express.

Le vent se lève soudainement. A 4h10 sonnantes, le sol se met à trembler sous mes pieds. Et un bruit fracassant résonne dans toute la gare. Les freins crissent et une vapeur étrange d’ambre mêlé des senteurs des plus rares fleurs d’Orient envahit tout l’espace. L’Orient Dub Express, majestueux, apparaît enfin devant moi. Une porte s’ouvre et un homme qui porte un tee-shirt à l’envers me fait signe d’entrer dans le wagon. J’entre. La porte derrière moi se referme brusquement. Au coeur du wagon se trouve un siège rouge entouré de multiples écrans et consoles. Je m’allonge dessus et pose sur mes cheveux en fleurs le casque audio relié aux consoles que me tend l’homme au tee-shirt à l’envers: « Ferme les yeux et écoute Nelson… Enjoy ». Maintenant que je suis à bord, je sais que (re)commence ici une étrange expérience sonore… celle d’Encounters, le nouvel album de Metastaz alias Thomas Simoe, sorti le 29 octobre… « Attention aux fermetures des portes, le train va partir… »

…une étrange expérience sonore commencée il y a un an, lorsque je montai par hasard à bord de l’album Orient Dub Express et découvris le patchwork électro-dub world de Metastaz.  Combien de fois me suis-je laissé bercer par des titres comme « Orient folk », « Draw me a rainbow » ou encore l’introduction « Ghost and Assassin » ? Comme un double jeu/JE de miroirs et de résonances magnétiques, le titre qui ouvre l’album Encounters se nomme « Girl and Assassin » et je le trouve superbe, envoûtant:  on y retrouve ce savant mixage de dub et de trip-hop à consonance orientale et de samples d’extraits cinématographiques souvent inquiétants. Un mélange d’énergie, de rage et de douceur tout à la fois…


Encounters est l’oeuvre d’un orfèvre du son électro-dub hip-hop, ponctuée de quatorze chapitres qui sont avant tout des rencontres. Bien sûr, on retrouve Miscellaneous (déjà présent sur Orient Dub Express) sur trois titres hip-hop : s’éveiller sur le très vitaminé « Supah »  (titre que l’on a pu découvrir sur la compilation du FX100 de Jarring Effects, bien avant la sortie de l’album) ;  ressentir le lancinant vent du désert qui souffle sur « Hashashin »; se relaxer sur « Skreeem! » aux accents plus bristoliens. Mais d’autres rencontres se font comme Miss Mey sur l’intriguant « Vampire », Dr Israël sur le vaporeux « Babylon Surround Dem », Sir Jean du Peuple de l’Herbe sur le très électronique « Run come learn », Nastasia Paccagnini sur « Here it is » au rythme charnel des battements d’un coeur vibrant.

Encounters offre de très beaux moments de calme et de volupté avec « Prince of Persia » notamment mais aussi le japonisant « Ballet of Shadows » où l’on croirait voir tomber des pétales de fleurs de cerisiers sur un lac aux reflets roses et argentés. Alors que « Miss Fortune » s’achève, l’homme au tee-shirt à l’envers ôte avec délicatesse le casque audio de ma tête, me sourit et chuchote à mon oreille: « Il semblerait que tu aies fait un beau voyage Nelson? ». Nul doute qu’avec Encounters, Metastaz continue l’invitation au voyage sonore d’Orient Dub Express à travers la Perse-Iran, l’Inde, en passant par Babylone… en explorant encore et toujours de nouveaux espaces, en invitant de nouvelles voix, en distillant de nouveaux sons pour charmer sans cesse nos oreilles électriques jamais rassasiées.

Posté par Miss Nelson le 01/11/2012

Encounters est en téléchargement libre sur le site officiel de Metastaz: http://www.metastaz.net

L’album est en écoute intégrale ici: http://soundcloud.com/metastaz/sets/metastaz-encounters-sept2012/

Dans cette chronique se trouvent des extraits empruntés à « L’invitation au voyage » de Charles Baudelaire, (Les Fleurs du Mal).

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Zenzile – Electric Soul : 5 + 2

Zenzile revient avec un album entièrement chanté « Electric Soul » qui contient neuf titres. Le groupe en profite pour s’agrandir en passant de six à sept membres et d’une à deux voix désormais. En effet, Jay Ree a rejoint le groupe pour enregistrer cet album et chante aux côtés de Jamika, toujours présente.

J’avoue avoir un peu été déçue dès la première écoute d’Electric Soul, car des morceaux comme « No Idol », « Chewin’ mi mic » et enfin celui qui clôt l’album, « Man Made Machine » ne m’ont pas convaincue: un dub plutôt simpliste sur une base de reggae trop souvent rebattu qui annonçait un album fade en couleurs. Disons qu’ils figureraient mieux en face B qu’en place de choix sur cet album. Mais mis à part ces trois titres, le reste est absolument réjouissant. Je me laisse littéralement ensorceler par le rythme chatoyant et chaloupé de « Scars » ponctué par la voix sensuelle et androgyne de Jamika, qui sert de longue introduction à l’album. Je ressens l’électricité magnétique qui émane des titres comme « Yuri’s Porthole » ou bien encore « Over/Time » qui sonne comme la suite du puissant « Motorbremsen » du précédent album Pawn Shop: avec un départ tranquille suivi d’une montée rageuse et électrique qui s’achève sur une accalmie feutrée annonçant la tombée d’une nuit noire: un morceau très fort qui aurait pu conclure l’album. J’attends avec impatience de le voir joué sur la scène du 104 le 24 novembre prochain à Paris.

Et puis, il y’a « Stay », le morceau central à deux voix d’Electric Soul car il en exprime toute sa quintessence: un dub reggae soul et électrique. Il se situe à mi-chemin entre « Histoire de papiers » de Pawn Shop et l’ambiance de l’album Le Cabinet du Dr Caligari (je pense notamment à « Jane »). La voix grave de Jamika caresse la voix suave et aérienne de Jay Ree. Comme l’effusion d’une douce et inquiétante noirceur, « Stay » vient réchauffer mon coeur engourdi dans la confusion la plus totale des sens. Que j’aime cette sensation soudain de perdre pied dans cette « inquiétante étrangeté ». Le rythme voluptueux de « Stay » provoque comme une distorsion de la perception, une torsion du temps et des repères. Qu’il est bon de découvrir ce diamant noir dans son écrin électrique. C’est certainement pour cela que j’écoute autant ce titre le soir quand la nuit se dévoile ou quand je croise ton regard, et ce que je suis la seule à y voir…

Posté par Miss Nelson le 23/09/2012

Zenzile, « Electric Soul » (chez Yotanka): sortie le 24 septembre 2012
Album en précommande ici: www.zenzile.com
En concert au 104 à Paris le 24 novembre 2012 pour le Télérama Dub Festival: http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=148

Toutes les dates de la tournée 2012-2013: www.zenzile.com

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R;ZATZ – Cruel Summer: les délices électriques de la mélancolie

R;zatz (Céline Frezza), fabuleuse ingénieur du son du label Jarring Effects, accompagnée de Takeshi d’Asian Z (guitare), Marilou de Mensch (basse) et de Mathieu de Kaly Live Dub à la batterie (dont il est beaucoup question sur Grabuge) est de retour avec un nouvel album Cruel summer, mélange fameux d’électro, trip-hop, de basses oppressantes et d’une multitude de sons aussi étranges qu’inquiétants qui lorgnent vers Tricky, Mig, Ez3kiel, Zenzile… R;zatz y joue beaucoup avec sa voix, quand elle rappelle Jamika de Zenzile sur « Ordinary Chronicles », PJ Harvey sur « Take a pill », morceau trip-hop qui ne déplairait pas à Doctor Flake, Djazia de Mig sur « Jaws » qui sonne comme « H’djendjell », Martina Topley-Bird muse de Tricky… Tour à tour sombre, oppressant, glaçant, ensorcelant, rageur, Cruel Summer sait faire vibrer à l’unisson toutes mes humeurs radieuses et bileuses du moment… « If only you could see there’s nothing in the DARK… Ghosts you’re chasing at night, Come back to the LIGHT » (« Cruel Summer »)... Après un passage chez Doctor Flake (Flake Up) et High Damage, je retrouve avec plaisir la voix de Black Sifichi qui chante sur « Dark brown Eyes », morceau découvert sur le FX 100 de Jarring Effects sorti fin 2011.

Mais surtout, il y a « U got me » qui arrive juste après le langoureux « Take a look in the mirror » qui ouvre l’album. « U got me » est le premier extrait accompagné d’un vidéo-clip très esthétique et lynchéen: une petite fille joue seule à la marelle. Une vieille dame vient la chercher et l’emmène dans une maison délabrée où des adultes, à la recherche de la beauté éternelle, volent la jeunesse des enfants… « U got me » est un morceau qui atteint une sorte de perfection. Tous les ingrédients sont là pour me satisfaire, me plaire et me complaire dans cet état bizarre où je me sens entièrement charmée par R;zatz. Fin de journée: le soleil incendiaire décline froidement. Des frissons brûlants agitent mon corps glacé. Les premières notes effervescentes agissent rapidement sur mon métabolisme ralenti, si souvent proche de la catalepsie. « U got me » possède cette rythmique psychiatrique flippante et envoûtante. D’avant en arrière, puis de nouveau en avant, elle vous enveloppe et vous serre irrémédiablement. La petite fille ne peut pas pleurer, assise dans son lit, le coeur à l’extérieur de sa boîte, tétanisé. Elle ne peut pas crier. Le cauchemar vivant. Mes cauchemars hurlants. « One, two, three, four… can’t hear your voice in the back of the door, You got me »… Elle compte dans sa tête pour faire partir les monstres… Un, deux, trois, vois: ils ne sont plus là.  Personne alors pour s’inquiéter, venir la consoler. Alors, elle continue de compter pour tenir. C’est maintenant qu’elle pleure enfin ses nuits sans sommeil d’antan. Le coeur à l’intérieur de sa boîte, palpitant. « So sick of it living throw your eyes, I’ve been quite nice but don’t push me too far » … 

Posté par Miss Nelson le 15/04/2012

Le site officiel de R;zatz: http://www.myspace.com/rzatz
Le site de Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

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Le Peuple de l’Herbe au Bataclan le 14 mars 2012

Je sors à Oberkampf. Je reconnais Barbooz pourtant masqué par la capuche de son sweat. Il m’emmène dans une pizzeria. « Alors? » Je lui raconte mon week-end thérapeutique dans l’Aisne qui flanque mal au coeur. Je flanche de comprendre tout ce que j’ai entendu pendant deux jours. Les larmes et les mots pourtant nécessaires mais pour quoi faire? Alors c’est comme ça. Je le sais depuis longtemps et je ne peux rien y faire. Je me sens fatiguée. Pourtant, il faudrait que je sois souriante et me taire. Ce soir heureusement je suis venue me vider la tête au Bataclan pour écouter Le Peuple de l’Herbe.

Nous descendons directement dans la fosse ce qui me permet de filmer d’assez près le groupe. Je ne les ai jamais vus en concert et ce que j’ai entendu de leurs prestations live n’est pas une légende: ils sont tout simplement bluffants sur scène. Ils sont d’une énergie incroyable et le public en redemande. Ils vont jouer bien sûr une grande partie du dernier album A Matter of Time, sorti en janvier 2012 mais aussi Cube et Radio Blood Money comme la machine infernale d' »History goes », « Mission », « Juda Not », mon titre favori « El Paso » et surtout le « thème » du Peuple qui les a fait connaître: « PH Theme » de Triple Zéro.

Les deux invités du dernier album sont venus ce soir. Tout d’abord Marie Nachury du groupe cabaret punk « Brice et sa pute » qui arrive vêtue d’une robe couleur papier peint des années 70 pour interpréter « Mars », le premier extrait vitaminé C de A Matter of Time. Sa voix androgyne ne déçoit pas en live: tantôt rageuse, tantôt montant dans les aigus.

Marc Nammour du groupe « La Canaille » sera aussi de la partie ce soir pour interpréter le très beau morceau hip-hop « Parler le fracas » qu’il a écrit pour le dernier album. C’est un grand moment du concert, avec un texte très engagé surtout à l’aube des élections approchantes… Le public chante le refrain haut et fort : « Oui Urgent Crier, Libérer les mots, sortir du silence comme d’un abcès trouver l’écho »…

Quand JC001 chante sur « A Matter of Time », le titre éponyme du dernier album, Barbooz me dit que sa voix lui file des frissons dans le dos.

Sir Jean et JC001 enflamment le Bataclan sur « Let us Play » extrait aussi de A Matter of Time.

Après un rappel brûlant, le concert s’achève sur « Jasmin in the Air ». Tout le monde ressort de là enthousiaste. Barbooz rentre chez lui. Je marche seule dans Paris. Je me retrouve dans la rue de The Owl qui doit dormir à cette heure tardive, je lui envoie un texto. Je descends dans le métro pour prendre mon train. Le son du Peuple de l’Herbe résonne dans ma tête et chasse les mauvaises herbes qui tentent de pousser en moi. Je rentre chez moi. Mes cheveux et mes vêtements sont imprégnés d’effluves d’herbes folles. Un texto de The Owl arrive: « Nelson, tu es encore là? », « Non, je suis rentrée chez moi, je me couche ». J’éteins la lumière. Je ferme les yeux. Je repense à… « Urgent crier ».

Posté par Miss Nelson le 01/04/2012

Voir toutes les vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100463
Le site du Peuple de l’Herbe: http://www.lepeupledelherbe.net/fr/main/index.php
Le site de Brice et sa pute: http://www.myspace.com/briceetsapute
Le site de La Canaille: http://www.myspace.com/lacanaille

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De la densité des flux magnétiques en 2012 (où il est surtout question de Motorville, groupe de l’année?)

« Cette année sera différente de la précédente. » Je dévale les marches d’un escalier. Manque de tomber. Vite avant que les larmes ne coulent. Je m’enferme, tourne le loquet. Les soubresauts arrivent comme un hoquet. Je les reconnais. J’entends des pas aller et venir. L’eau du robinet couler. Je voudrais que ça cesse ou que ça continue, je ne sais plus. Devant moi la porte fermée. Entre quatre murs je me laisse glisser. Pas de fenêtre pour s’échapper. Tout arrêter. Avant d’avoir mal. A en crever. Les cauchemars reviennent, je vois les serpents ramper sous la porte. J’entends leurs sifflements. Je me rappelle ses coups de poing dans les murs la nuit m’empêchant de dormir. Le mal au ventre à s’en plier. M’éjecter du cockpit? Je suis rivée aux commandes, paralysée. Laissez-moi descendre. Je cherche le piège qui va se refermer sur moi. Forcément il y a un truc, quelque chose qui va faire mal. Caché derrière tout ce qui est beau. Des éclats de verre se briser dans mon coeur broyé? La peur de se lâcher. De morfler. Toujours restée éveillée. La sueur perle dans mon dos, je ne peux plus bouger. Les serpents se rapprochent, m’entourent. Je crie mais aucun son ne sort. Je ne peux plus respirer. « Urgent crier »*. La porte que je croyais fermée s’ouvre brusquement: « Ce n’est qu’un cauchemar Nelson, il n’y a pas forcément de piège. Respirez. Acceptez de ressentir. Vous êtes juste en train de comprendre. Rebranchez-vous. » Comprendre quoi? Je dois remettre en marche le générateur. Rejoindre les fils conducteurs, les points de suture comme des points de suspension sur le revers de ma peau qui ponctuent le désir de vibrer encore… Je me concocte un programme pour un 2012 étrange et surprenant avant tout, pour agiter à nouveau les électrons libres qui tournoient dans mon corps.

On commence par descendre dans les salles obscures, avec le superbe et douloureux Take Shelter de Jeff Nichols (lire la chronique) que j’ai déjà visionné. Une tempête effrayante gronde sous le crâne d’un homme. Sa différence, sa maladie suscite les moqueries et l’incompréhension des autres se croyant à l’abri car « normaux ». Pourtant, elle le rendra plus fort tandis que les autres perdront pied quand la tempête deviendra réelle. Dans un tout autre registre, j’attends de voir le prochain film surréaliste de Quentin Dupieux (Mr Oizo), Wrong. J’avais particulièrement apprécié le premier déjanté, Rubber (lire la chronique). « Am I Wrong? »

On continue avec The Dark Knight Rises de Christopher Nolan que j’espère aussi noir et envoûtant que le précédent malgré la présence de Christian Bale et Marion Cotillard, Frankenweenie de Tim Burton, Holly Motors de Leos Carax, Django Unchained de Tarantino, Haywire de Soderbergh, Cosmopolis de Cronenberg…

On remonte à la surface pour aller se promener dans mon potager sonore, où l’on verra pousser encore de curieuses plantes psychédéliques cette année. Certaines sont déjà sorties de terre prêtes à être cueillies comme l’herbe magique A Matter of Time, le nouvel album du Peuple de l’Herbe paru lundi 16 janvier et qui tourne sur ma platine. Il sera suivi d’un concert le 14 mars au Bataclan: je ne les ai encore jamais vus sur scène. Puis, il sera enfin question de la sortie de l’album d’High Damage, la fusion entre High Tone et Brain Damage annoncée le 26 mars chez Jarring Effects. Après une furieuse entrée en la matière le 14 octobre au 104, la tournée reprend en 2012 avec un passage au Bataclan le 10 mai où je serai à nouveau là pour les voir. Metastaz actuellement en studio nous prépare également son nouvel album qui devrait sortir au Printemps intitulé Encounters. Il est déjà en tournée actuellement et j’espère le voir sur scène à Paris.

Enfin, et surtout, je finis sur l’événement le plus excitant de 2012: après le retour sur scène d’Earthling à La Maroquinerie en novembre 2011, j’apprends grâce à un message reçu sur last.fm que Mau, masqué, a formé, en parallèle d’Earthling, un groupe « Motorville » avec Kid Loco et DJ Seep eux aussi masqués, dont j’espère vous reparler très très vite. En attendant l’album, cinq bijoux précieux tournent déjà sur la toile sur Youtube et sont donc sur mon iPod: l’entêtant « I’m your sin », « Driving through the city », « Sweet Heart », « Birds and Bees » et « Nothing ever stays the same ». My god, le son, le rythme, sont juste fabuleux. Après la première écoute de « Driving through the city », je ne pouvais déjà plus me défaire de la mélodie et de cette voix, la voix de Mau, de « Saturated » (Humandust), qui m’est si familière…

Et croire que les choses jusqu’ici immuables peuvent enfin changer. Puisque, no no no… nothing ever stays the same. 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

La page officielle de Motorville: http://www.facebook.com/pages/Motorville-dont-give-a-shit/274544849222836?sk=
Lire la chronique du film Take Shelter
*Extrait de « Parler le fracas », A Matter of time, Le Peuple de l’herbe.
Photo: « Miss Nelson feels Music » de Miss Nelson, 2011 Tous droits réservés

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L’année électrique 2011 de Miss Nelson

Mon retour sur la toile pour commencer 2012 sera pour consacrer un billet aux courants alternatifs extatiquo-dark qui m’auront fait vibrer en 2011, année noire aux cimes vertigineuses et aux sous-sols sombres humides et vénéneux où je suis tombée en chute libre le parachute en torche. 2011, l’année où j’apprends à dire « Non ». Non à ceux et celles qui excellent dans l’art de vous faire culpabiliser pour tout et pour rien, parfois même pour être là. Fini tout ça… Toutes ces ondes électriques, ces chocs sensoriels nécessaires pour supporter les jours tristes. Ils ont été là, ils sont là, j’y viens, j’en parle.

Il y aura eu les pleurs de Cascadeur dans mon coeur, la pluie noire et lumineuse d’Idem dans mes yeux, la découverte du dub oriental onirique de l’ingénieux Metastaz, le dub-électro unique en son genre de TD+, la set-box 5+1 de Zenzile, le FX100 de Jarring Effects, le retour inespéré d’Earthling sur scène, d’autres scènes fabuleuses chargées à haute tension qui ont fait éclore les roses épineuses de mes Docs: Ez3kiel versus Hint, Doctor Flake, Polly Jean Harvey, Kaly Live Dub, Brain Damage avec et sans Raphaël, High Damage, Thiéfaine… Des claques visuelles qui auront remué la lame dans mon âme comme Animal Kingdom, Drive, Winter’s Bone, l’oeuvre calcinée de Christian Jaccard, Bart Baele le craquelé…

Et puis des pics émotionnels intenses: ma chronique de l’album d’Idem Good Side of the Rain et mon live report de leur concert au Divan du Monde le 22 novembre dans leur dossier de presse (à voir ici) ; le lien sur le site d’Universailles de mon live report du Potager du Rock à Versailles (Brain Damage et Kaly Live Dub); le record de visites jamais atteint le jour où Brain Damage a posté sur son facebook le lien vers mon live report du concert de High Damage au 104; les remerciements sur twitter de Mau pour mon live report du concert d’Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre et le lien qu’ils ont mis sur leur site officiel… (http://www.earthlingmusic.co.uk/site/?page_id=104); tous les commentaires de ceux, émus, qui ont aimé le live report de Thiéfaine à Bercy... Merci à vous d’être là aussi pour vibrer et merci à eux.


Je décerne donc les palmes électriques à:

Meilleur album :
Good side of the Rain d’Idem (lire la chronique)

Meilleur album émotionnel:
The Human Octopus de Cascadeur (lire la chronique) 

Meilleur album dub-électro:
Aliénation de TD+  (http://www.myspace.com/tdplus)

Meilleures compilations (ex-aequo):
FX 100 de Jarring Effects (http://fr.ulule.com/fx100/)
Set box 5+1 de Zenzile
(http://www.zenzile.com/)
A tribute to PJ Harvey DRY de A découvrir absolument (lire la chronique)

Meilleure bande originale:
Drive 

Meilleurs morceaux (ex-aequo):
« Good side of the rain » de l’album éponyme d’Idem (lire la chronique)
« King David » et « Smash It » de l’album Aliénation de TD+ (http://www.deezer.com/fr/music/td) 

Meilleurs concerts émotionnels (ex-aequo):
Kaly Live Dub au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)
Brain Damage au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)

Meilleur concert « come-back »que je n’attendais plus:
Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (lire le live report)

Meilleures rencontres fusionnelles live (ex-aequo):
Ez3kiel versus Hint, Collision Tour, à La Machine le 28 janvier 2011 (lire le live report)
High Damage (High Tone+Brain Damage), triptyque, au 104 le 14 octobre 2011
(lire le live report)

Meilleurs films (ex-aequo):
Animal Kindgdom de David Michôd (lire la chronique)
Winter’s Bone de Debra Granik  (lire la chronique)

Meilleures expos:
Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt à La Pinacothèque (lire la chronique)
Bart Baele, le Flamand craquelé, à la Galerie Polaris
(lire la chronique)
Christian Jaccard dans les collections permanentes de Beaubourg 

Meilleur roman:
Les revenants de Laura Kasischke (Christian Bourgois)

Meilleur essai:
La voie d’Edgar Morin (Fayard) 

 Meilleures BD/livres illustrés (ex-aequo):
Eco, tome 2: La bête sans visage de Guillaume Bianco (Métamorphose)
Milky de Lilidoll (Venusdea)
Réédition de Beautiful Nightmares de Nicoletta Ceccoli (Venusdea)

Meilleurs magazines (ex-aequo):
Elegy (site officiel)
Obsküre 
( site officiel) 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

Photos: Première: Théâtre Montansier à Versailles. Barb’ooz 2011. Tous droits réservés;Deuxième: Théâtre Montansier à Versailles. Miss Nelson 2011. Tous droits réservés

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Idem au Divan du Monde le 22 novembre 2011: noir éblouissant

« Qu’est-ce que tu vas encore aller écouter ce soir? »… Pas le temps de discuter avec ma voix éraillée, « Good bye everybody » et je pars en courant avec mes Docs noires à fleurs roses sur les trottoirs glacés. Je reçois la suite des discussions par textos: « Profite à fond de ce moment… » « Beau concert Petite Nelson »… Pas question d’être en retard. Pas question de rater le début. Ne serait-ce qu’une seconde. Je me réfugie sous le manteau chaud de Paname. Ligne 12, mon Dieu qu’elle est lente, ça n’avance pas, il est déjà 19h. Juste envie de monter devant pour prendre les commandes, le volant: ‘Mesdames et Messieurs, ce métro est sans arrêt de Montparnasse à Pigalle », et les voir tous descendre en hurlant et en se bousculant. Je trépigne d’impatience. Je reçois un texto de Barb’ooz : « Je suis arrivé, je t’attends devant La Fourmi ». Je remonte à la surface quartier Pigalle où j’ai fréquenté quelques salles de concert depuis deux mois. Après La Boule Noire et La Cigale un peu plus loin, me voici mardi 22 novembre au Divan du Monde venue voir Idem et Picore.

Dans la file d’attente, je raconte à Barb’ooz entre deux quintes de toux, ma rencontre avec Baz, le batteur d’Idem avec qui j’ai enfin pu discuter de vive voix, quand j’avais encore une voix, jeudi dernier après le concert de La Ruda au Bataclan. On s’engouffre à l’intérieur du Divan et je commande une Despé pour calmer le mal de gorge. Accoudée au bar, je regarde la scène déjà prête pour le premier groupe qui va passer ce soir.

La salle est plongée dans l’obscurité des eaux sombres. Trois musiciens s’installent: le guitariste, le bassiste et le batteur. Les premières notes humides de « You missed it », extrait du dernier album Good side of the Rain sorti le 7 novembre dernier, ruissellent dans l’atmosphère brumeuse qui m’enveloppe ce soir et annonce déjà les couleurs entières qui caractérisent le son magnétique d’Idem:  la douceur et la moiteur sur la peau, le calme et la fureur dans le sang.

La scène s’éclaire: plus de trois ans après le choc émotionnel de ma rencontre avec la musique d’Idem au KSET à Zagreb, me voici à nouveau face à eux en live. Toutes les vannes émotionnelles s’ouvrent alors en moi. Je repense à tout ce qui s’est passé depuis, les bouleversements, le chaos intérieur, la perte de tous les repères, les espoirs et les désillusions, mon coeur meurtri enfermé dans une boîte en métal, le retour du noir après la couleur, la nécessité absolue de ressentir même si ça fait mal, le pouvoir fascinant des sons sur mes émotions.

Pitch la chanteuse, qui fait entièrement partie du groupe à présent, entre en scène tout de noir vêtue, pour le deuxième morceau, « Market Return » (Good side of the rain) dont le refrain me fait le même effet qu’à l’écoute de l’album mais puissance cent pour sang dans mon coeur qui est déjà en état de vibration névralgique. Sa voix si troublante, profonde et animale se greffe sur les cimes vertigineuses d’accords nerveux et s’engouffre dans des basses souterraines où l’on a envie de se perdre. « Good side of the rain » est joué dans la pénombre avec des effets visuels somptueux évoquant l’artwork de la pochette de l’album: d’étranges volutes grises, noires et lumineuses s’entremêlant à des coulées de pluie rouge se déversent sur l’arrière-plan de la scène.

Je suis subitement atteinte d’une brûlante fièvre balkanique lorsqu’ils se mettent à jouer « ECOW », « Up to good » et « Show your right on » et ses clignements d’yeux flippants, trois extraits du précédent album The sixth aspiration museum overview, avec, sur le survolté « Up to good », les mêmes images d’un batteur en ombre chinoise qui passaient alors sur la boule blanche au KSET la dernière fois que je les ai vus. Un très beau clin d’oeil à la tournée précédente d’Idem.

Je regarde Barb’ooz visiblement aussi emballé que moi par l’émergence de ses souvenirs du live à Zagreb.  La pression s’élève de plus en plus. J’ai l’impression bizarre et agréable qu’Idem transforme le Divan du Monde en caisson hyperbare dont je ne veux pas sortir.

Depuis Zagreb, la présence scénique de Pitch a évolué. On sent qu’elle fait corps avec le groupe dorénavant. Elle vit et ressent complètement chaque titre qu’elle chante à fleur de peau. Notamment lors de la prestation de « Wings of Joy » qui agit comme une violente injection d’épinephrine qui transperce ma poitrine à m’en couper le souffle avec sa fébrile montée en puissance frénétique, cette boucle démoniaque qui monte crescendo des pieds à la tête, qui décolle mes Doc Martens du sol et fait vibrer les deux hémisphères enfermées dans ma petite boîte crânienne.

Le concert s’achève sur un « Locked in Syndrom » enchaîné et psychotique à souhait qui camisole un public conquis sous effets secondaires extrêmes. Je voudrais que cette folie extatique qu’Idem nous transfuse dans les veines depuis une heure dure encore mais les Angevins doivent laisser place au groupe suivant, Picore. C’est trop court, j’en veux encore. Pitch nous remercie et nous salue: « Le coeur y est ».

Après leur concert, en attendant que Picore entre en scène, je croise Baz et je lui présente Barb’ooz drôlement ému. Baz nous fait rencontrer Pitch venue sur le stand de merchandising d’Idem. Elle me remercie pour ma chronique de leur album (« Idem-Good side of the rain: sous la thermocline »)… L’émotion me gagne à plusieurs instants… Il se pourrait qu’Idem revienne jouer à Paname en début d’année prochaine… En attendant Good side of the rain continuera de tourner sur ma chaîne… Et de couler dans mes veines. (la suite du billet bientôt pour le concert de Picore…)

Posté par Miss Nelson le 28/11/2011
(Vidéos Miss Nelson 2011 tous droits réservés) 

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Lire la chronique de l’album « Good side of the rain »
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Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (2/2): the dark-hop night

…(Suite du billet sur la première partie du concert: Mekanik Kantatik: poétik ludik)… Après cette première partie délicieusement foutraque jouée et mise en scène par Mekanik Kantatik (Nicolas Cante), la salle continue de se remplir. Et lorsque Earthling entre en scène, tout le public resté assis jusque-là se lève. Je reste un peu surélevée sur des marches pour pouvoir filmer de temps en temps. Le groupe ne s’est pas fait pas attendre longtemps: Mau toujours très classe arrive en chemise blanche et lunettes noires avec Tim Saul bien sûr, accompagnés tous deux d’un guitariste, d’un batteur, d’un machiniste-bricoleur sur son Macbook pro et d’une bassiste dont la beauté me fascine tout le long du concert: des cheveux d’un noir de jais coiffés à la Louise Brooks, des yeux immenses cernés de noir, un rouge à lèvre vermillon, un visage à la Garbo qui ne laisse rien transparaître (vous pouvez la voir en photo sur le lien à la fin du billet sur le site de Sound of violence). Ils sont six devant un grand écran qui annonce tout d’abord la liste des titres qui seront joués ce soir: un mélange des trois albums de la discographie d’Earthling: le premier Radar sorti en 1995, Humandust (1997 & 2004) et bien sûr le dernier et somptueux Insomniacs’ Ball  sorti il y a un an maintenant. 

C’est le comateux « Ananda’s Theme » de Radar (« I want it and I want more »), le « karmacoma » earthlien, qui sert d’introduction au concert suivi d’un « Lab Baby » (Insomniacs’ Ball) presque enjoué. Earthling revisite une bonne partie de la tracklist de Radar avec entre autres l’impeccable « 1st Transmission », le mystérieux « Nefisa » , un « Soup or no soup » servi brûlant touillé aux petits oignons picotant les yeux humides. J’aurais souhaité entendre plus de titres de Insomniacs’ Ball comme « A great year for shadows » et « Gri Gri »mais le concert fut vraiment trop court…

C’est effarant de réaliser qu’on est en train d’écouter Earthling dans une toute petite salle comme La Maroquinerie alors qu’ils devraient jouer dans des salles à la hauteur de leur talent comme La Cigale, L’Olympia. Earthling est un très grand groupe de trip-hop/hip-hop (dont on dit qu’ils ont inventé un genre, l’étrange « dark-hop ») qui mériterait sa place sans rougir auprès de ses cousins Massive Attack, Portishead et Tricky. La plupart des auditeurs de ces derniers n’ont même jamais entendu parler d’Earthling, ce qui est aberrant quand on y pense.

Après la sortie avortée en 1997 de Humandust dont aucun label ne voulait en raison de son extrême noirceur (Humandust sortira enfin en 2004 mais trop tard pour se faire entendre à sa juste valeur sonore), Tim Saul a travaillé entre autres sur Dummy de Portishead. Mais en 1998, c’est Mezzanine de Massive Attack qui prendra alors toute la place sur la scène trip-hop. A cette époque aux côtés de « Teardrop », le morceau « Saturated » aurait du tourner en boucle sur toutes les ondes et pénétrer les cerveaux et les coeurs de ceux qui aspiraient déjà à ressentir et comprendre le langage vibrant de ces fleurs du mal voluptueuses:  » ‘Cos next time, I’ll do anything… »

C’est justement le moment le plus intense du concert pour moi : la beauté fauve des premières notes de « Saturated » (Humandust), le morceau d’Earthling que j’écoute le plus souvent : à regarder les gens dans le public, d’autres ont l’air aussi émus que moi, nous sommes d’ailleurs beaucoup à chanter avec Mau : « Broken like innocence, broken like us; If there’s only one of us, there’s none of us; There’s one of us, there’s none of us, there’s none of us… » Je me dis que certains d’entre nous ressentent peut-être ce que dit Mau pour d’autres qui ne ressentent absolument rien, qui sont à mille lieues de tout ça, de ces moments-là, enfermés dans leurs prisons dorées entièrement équipées. Je pense à un ami qui m’a fait ce douloureux aveu cette semaine: « J’aime une femme qui en aime un autre qui ne l’aime pas, c’est la théorie absurde de A qui aime B qui aime C et où tout le monde est malheureux. » Courir dans des rues à sens uniques, se perdre dans des passages labyrinthiques, des impasses impassibles, frapper à des portes qui restent toujours closes. Se sentir saturated de tout cela... « Et qui est donc cette femme? »…

Des images d’un film surréaliste en noir et blanc projetées sur le grand écran collent parfaitement au rythme inquiétant de « Peepholes » (Insomniacs’ Ball): un visage de femme aux yeux écarquillés par la terreur, un homme-monstre sorti des eaux troubles qui la poursuit comme une obsession moite, un cauchemar éveillé qui colle à la peau. Cet instant me fait penser au Cabinet du Dr Caligari découvert il y a un an pendant le Télérama Dub Festival 2011 lors du ciné-concert de Zenzile qui continue de tourner actuellement d’ailleurs.

Après une petite dizaine de titres joués, l’équipe quitte la scène. S’ensuit un rappel rempli de fureur et de désir pour Mau qui revient avec sa troupe chanter d’une voix feutrée ce superbe extrait de l’oublié Humandust, « Box » avec ses beats lancinants qui cognent comme un long tourment dans ma tête  : « Go left go right straight out of the box, straight out of the box go left go right… » et aussi « I could just die », l’épilogue aux vapeurs cotonneuses de Radar.

Mau et Tim saluent une dernière fois le public qui espère bien les revoir sur scène avant dix ans… Ça y’est, j’ai vu Earthling alors que je ne pensais jamais les voir un jour se reformer et encore moins sur scène pour promouvoir un nouvel album. Il fallait bien que ça finisse trop tôt, trop vite, comme tout ce qui est agréable, unique. Avez-vous remarqué comme la douleur a toujours ce côté lancinant qui traîne en longueur alors que le plaisir et la vibration ne sont qu’éphémères comme des étoiles filant toujours plus vite, à peine aperçues là-haut dans le ciel qu’elles ont déjà disparu laissant place à un tableau noir d’encre comme du Soulages?

Je rejoins Gambetta. J’écoute Insomniacs’ Ball dans le tube parisien. Station Saint Maur, j’envoie un message à The Owl qui habite juste-là, la veinarde. Une réponse arrive à l’écran: « Tu passeras me voir avant mon départ aux US la semaine prochaine?« . On pianote et discute jusqu’à ce que j’arrive chez moi. La batterie lâche avant mon coeur. « Bonne nuit ».  J’allume quelques bougies. Encore un jour d’ennui, encore une nuit d’insomnie, encore un live pour vibrer très fort et se sentir vivante. Electro-choc nécessaire pour narguer le grand sommeil. Mais pour qui? Et pour quoi faire? « Driving now I’ll be touched by the morning / A feeling coming on like a new dawning / I know what it’s like To wanna die / If only for a second I could just die / I’m so relaxed I could just die… » *

I know what it’s like.

Posté par Miss Nelson le 12/11/2011
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*: « I could just die » de l’album Radar, Earthling
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Voir les très belles photos de Gilles Bazoud sur soundofviolence: http://www.soundofviolence.net/multimedia/photos/2127/8941/earthling_paris_maroquinerie_04_11_2011.htm
Site officiel: http://www.earthlingmusic.co.uk/ 

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Mekanik Kantatik à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (1/2): poétik ludik

Quelqu’un me serre fort dans ses bras mais je ne suis pas là, si loin déjà, ailleurs, au-dessus de moi, je vois la rue pavée où je suis tournoyer sous mes pieds, jusqu’à la nausée. Quelqu’un me soulève, mes petites baskets à lacets roses se détachent du sol, « je te dévore » mais mon corps se dérobe, se Kamisole dans un arK-en-ciel noir parallèle.  Quelqu’un me regarde et me parle mais je remets le casK sur ma tête, je ne veux rien entendre d’autre que des sons étranges fuser dans mes oreilles, se distiller dans mon cerveau, j’écoute « Draw me a Rainbow » de Metastaz (Orient Dub Express). Je vois ses lèvres me dire quelque chose mais je n’entends plus sa voix, ses mots, s’ils sont vrais s’ils sont faux, seule la musiK Kompte. D’un geste de la main, il désigne son Koeur mais le mien est verrouillé. A triple tour. Dieu seul sait où j’ai pu ranger cette satanée Klef. Je me suis encore égarée. « Sauve-toi de moi », « sauve-moi de toi ». Je me retourne, je me détourne, je tourne les talons. Je fous le camp. Je m’échappe encore. Je reprends ma marche méKaniK de petit soldat désarticulé qui se relève toujours sans bien savoir pourquoi. Me sauver oui mais pour me réfugier où? Vingt-trois rue Boyer. Vingt-heure précises: j’échoue seule sur le rivage de La MaroKinerie. Un grand Black se tient devant moi. Je lui tends un bout de papier un peu chiffonné où il est imprimé: « Earthling, vendredi 04 novembre, 20h, placement libre ». Il me demande ma main, je lui souris et lui donne sans rechigner. Il me tatoue « La MaroKinerie » sur le poignet. Je descends au sous-sol et j’enlève mon casK pour entendre…

Pour entendre la première partie d’Earthling (live report à venir) ce soir, d’un tout autre genre, qui m’a tout simplement emballée. Il s’agit de Mekanik Kantatik. Un homme seul en scène, Nicolas Cante, pianiste surdoué, Karesse et frappe tour à tour avec une maîtrise déchaînée son piano esthétiKo-KaotiK tout droit sorti d’un film de Tim Burton.

Il est vêtu d’un tee-shirt avec une Kravate et surtout des baskets avec des lacets de couleur, et ça j’aime beaucoup, beaucoup… Ressaisissons-nous. Une fleur, un tournesol plus précisément, est aKKrochée à droite de l’instrument: cette petite touche de poésie ludiK a tout pour me plaire. Sur le piano, les Konsoles, boîtes à rythme et tout autre objet non identifié servant à malmener le son sont à portée de main de l’artiste.

Pendant une bonne heure, cet homme venu d’ailleurs qui ne s’adresse au public qu’avec une voix digitale transformée a le don de faire jaillir de son piano baroK un joyeux briK-à-braK sonore absolument déjanté mais dans le fond totalement travaillé dans le moindre détail. Sa musiK se nourrit autant de jazz très mélodiK, que d’éleKtro daft-punkien complètement saturé mais aussi de dance floor chargé de vitamine K, le tout distillé dans une mise en scène très théâtrale.  Elle a quelque chose d’euphorisant, je souris et ris à plusieurs reprises, elle me donne envie de bouger mon petit corps méKaniK.

Malmenant et dérangeant des sons bien arrangés, Nicolas Cante réussit à électriser un public interloKé, au départ très septiK et pas vraiment réceptif à sa musiK. Il le met dans sa poche puisqu’il en redemande encore. Surtout lorqu’il se met à jouer du Michel Berger au piano debout: « bon, ça suffit maintenant » ou bien quand il descend dans la fosse… Après le dernier morceau, la salle l’applaudit fortement en réclamant longtemps un rappel. Il nous quitte visiblement très ému. J’ai en tout cas très envie de le revoir sur scène un jour… Son album Improvisium 1.1 sortira le 12 janvier 2012. Place maintenant à… Mau et Earthling… (lire la suite du billet pour le live-report d’Earthling …)

Posté par Miss Nelson le 06/11/2011

Toutes les vidéos du concert (Miss Nelson 2011. Tous droits réservés): http://gallery.me.com/miss.nelson#100412
Le site officiel de Mekanik Kantatik: http://www.kantatik.net/

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Thiéfaine à Bercy le 22 octobre 2011: nos corps vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir

Il est presque 19h samedi soir à Bercy quand je pousse la porte du Frog noir de monde après une semaine encore strange dont je me serais bien passée et qui me laisse là, brisée en morceaux que je ne sais pas recoller, dont je ne sais que faire, la tête à l’envers, le coeur transpercé en travers. Je reçois un texto: « on est tout en bas ». Je descends l’escalier et rejoins The Owl et Barb’ooz en train de terminer leur première pinte d’ambrée. Je commande un Poulet Tikka et une half-pint de blonde. J’aime les regarder se taquiner et rire. Et j’ai conscience d’être encore là branchée au secteur parce qu’ils sont mes disjoncteurs différentiels quand d’autres ont déjà si vite oublié mon visage et mon nom. Nous attendons ce moment depuis le mois de mars quand les premières affiches annonçant la tournée de Hubert-Félix sont apparues dans le métro. Ils m’ont fait tous les deux découvrir et aimer Thiéfaine à des moments différents. Le temps d’avaler un morceau et nous partons une heure plus tard pour son concert à Bercy.

Pourtant, je ne suis pas à mon aise quand nous entrons dans Bercy. J’ai l’impression en levant les yeux vers l’immense couvercle qui recouvre nos têtes d’être dans le ventre d’une gigantesque baleine métallique, un vaisseau spatial froid et sans âme. La scène semble si loin… de nous. Je suis tellement habituée à ne fréquenter que les petites salles de concert comme La Cigale (Cascadeur), La Boule Noire (Doctor Flake), Le 104 (High Damage), La Clef (High Tone), Le Divan du Monde, Le Café de la Danse (Zenzile)… Je ne vais jamais au Zénith ou à Bercy car je ne ressens pas d’émotions fortes dans ces grandes salles à spectacle. La moyenne d’âge est située entre la quarantaine et la cinquantaine. Ici, pas de dreadlocks comme dans les concerts de Dub (High Damage), c’est un autre peuple de l’herbe qui est présent dans la fosse ce soir: des barbus en Doc Martens mais avec les mêmes parfums que ceux des raggamuffins… qui imprègnent à nouveau mes cheveux une semaine après la nuit passée au 104…

Thiéfaine arrive à l’heure pour relever le compteur de notre ennui et changer nos têtes, accompagné en plus des musiciens habituels d’un orchestre à cordes placé au fond de la scène. C’est la première fois que tous les trois, nous le voyons en live. Quand les premières notes de « Lorelei » se font entendre dans le Palais Omnisports, tout le monde ou presque se met à chanter. Sur le grand écran défile en lettres gothiques le texte en version originale du poème allemand.

Ma plus grande déception, c’est qu’on ne voit pas très bien en détail la scène évidemment. Je suis toujours sur la pointe des pieds. L’écran géant ne m’attire pas, je préfère voir bouger l’artiste de près, lire ses émotions sur son corps à fleur de peau, pour mieux ressentir l’ambiance. C’est quasi impossible de vibrer avec autant de monde dans une telle grosse structure. C’est dommage de ne pas pouvoir le voir à La Cigale par exemple plutôt que dans ce gros paquebot…

Thiéfaine nous dit qu’il avait pensé écarter toutes les chansons parlant de sexe et de drogue mais que le concert n’aurait duré que 12 minutes environ… Rires dans la salle! Nous entendons alors plusieurs titres incontournables comme « Soleil cherche futur », « Sweet amanite phalloïde queen », « Alligator 427 » doté d’une mise en scène saisissante avec ces cinq structures vertes verticales et menaçantes comme les dents d’une mâchoire se refermant sur Thiéfaine, avec sur chacune d’elles deux lampes rouges brillantes comme les yeux d’un reptile, mais aussi le très beau « Les dingues et les paumés », spéciale dédicace à Barb’ooz car c’est le titre de Thiéfaine qu’il préfère… je me retourne vers lui, il a déjà fermé les yeux. Je sais que cette chanson le fait frissonner…

Thiéfaine fait venir JP Nataf sur scène pour jouer un extrait de Scandale mélancolique. C’est un artiste qui m’indiffère totalement. J’aurais préféré voir Paul Personne qui a fait un album Amicalement Blues avec lui. Du dernier album Suppléments de mensonge dont il faudra que je fasse la chronique, il joue presque l’intégralité dont le sensuel « Fièvre resurrectionnelle » (« Je t’aime et je t’attends à l’ombre de mes rêves… »), le chaotique « Garbo XW Machine » accompagné de nouveau par JP Nataf, « Compartiment C », « Infinitives voiles », le déjanté « Ta vamp orchidoclaste » (« C’est une brise-burne, une casse burettes… »), « Les Ombres du soir » et bien sûr le single nostalgique extrait de l’album « La ruelle des morts »…

Toujours en extrait du dernier album, place maintenant au très mélancolique « Petit matin 4.10 heure d’été » dont les paroles me parlent tant en ce moment et qui font couler des larmes noires sur les joues d’Hubert: « Si partir c’est mourir un peu, j’ai passé ma vie à partir/ Je rêve tellement d’avoir été que je vais finir par tomber/Mes yeux gris reflètent un hiver qui paralyse les coeurs meurtris/Mon esprit est une fleur flétrie/Je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments« … Bon sang, c’est tellement ce que je ressens que je sens des larmes de sang perler dans mon coeur quand j’entends la voix d’Hubert-Félix chanter ses maux.

Après plus de deux heures de concert, la scène s’éteint. Tandis que d’autres chantent « Je vous attends… » d’ « Alligator 427 », nous sommes plusieurs à fredonner « La fille du coupeur de joints » pour le rappel… et Thiéfaine revient avec quelques morceaux supplémentaires dont celui tant attendu qui commence par: « Elle descendait de la montagne sur un chariot chargé de paille, sur un chariot chargé de foin, la fille du coupeur de joints… » Une extase ecstasy traverse alors nos corps comme un courant électrique, nos cerveaux branchés directement sur nos coeurs en 220. Rien ne sera plus jamais comme avant…

« Plus question de chercher du travail, on pédalait dans les nuages, au milieu des petits lapins, la fille du coupeur de joints… ». The Owl attend toujours de pied ferme « La Cancoillotte » et moi « Maison Borniol » (« y a quelqu’un? ») mais Hubert ne les jouera pas. On ressort avec de la nostalgie dans le coeur et dans les yeux en songeant à nos années Thiéfaine, nous étions étudiants, je ne connaissais pas encore The Owl qui vivait à London City, Barb’ooz roulait en Polo bleu marine et moi en Cox 1303 dans les rues orléanaises. Que reste-t-il ? Nous dans la Ruelle, quand d’autres sont déjà morts. Le temps, ignoble, passe et emporte tout sur son passage. Et nous, que sommes-nous devenus? Des corps toujours vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir… Pour combien de temps encore?

Posté par Miss Nelson le 23/10/2011
(Vidéos M.N. 2011 tous droits réservés) 

Voir les vidéos (M. N. 2011 Tous droits réservés) : http://gallery.me.com/miss.nelson#100385
Consulter les dates de la tournée 2011-2012: http://www.thiefaine.com/concerts/
Le site officiel de Thiéfaine: http://www.thiefaine.com/ 

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