De la densité des flux magnétiques en 2012 (où il est surtout question de Motorville, groupe de l’année?)

« Cette année sera différente de la précédente. » Je dévale les marches d’un escalier. Manque de tomber. Vite avant que les larmes ne coulent. Je m’enferme, tourne le loquet. Les soubresauts arrivent comme un hoquet. Je les reconnais. J’entends des pas aller et venir. L’eau du robinet couler. Je voudrais que ça cesse ou que ça continue, je ne sais plus. Devant moi la porte fermée. Entre quatre murs je me laisse glisser. Pas de fenêtre pour s’échapper. Tout arrêter. Avant d’avoir mal. A en crever. Les cauchemars reviennent, je vois les serpents ramper sous la porte. J’entends leurs sifflements. Je me rappelle ses coups de poing dans les murs la nuit m’empêchant de dormir. Le mal au ventre à s’en plier. M’éjecter du cockpit? Je suis rivée aux commandes, paralysée. Laissez-moi descendre. Je cherche le piège qui va se refermer sur moi. Forcément il y a un truc, quelque chose qui va faire mal. Caché derrière tout ce qui est beau. Des éclats de verre se briser dans mon coeur broyé? La peur de se lâcher. De morfler. Toujours restée éveillée. La sueur perle dans mon dos, je ne peux plus bouger. Les serpents se rapprochent, m’entourent. Je crie mais aucun son ne sort. Je ne peux plus respirer. « Urgent crier »*. La porte que je croyais fermée s’ouvre brusquement: « Ce n’est qu’un cauchemar Nelson, il n’y a pas forcément de piège. Respirez. Acceptez de ressentir. Vous êtes juste en train de comprendre. Rebranchez-vous. » Comprendre quoi? Je dois remettre en marche le générateur. Rejoindre les fils conducteurs, les points de suture comme des points de suspension sur le revers de ma peau qui ponctuent le désir de vibrer encore… Je me concocte un programme pour un 2012 étrange et surprenant avant tout, pour agiter à nouveau les électrons libres qui tournoient dans mon corps.

On commence par descendre dans les salles obscures, avec le superbe et douloureux Take Shelter de Jeff Nichols (lire la chronique) que j’ai déjà visionné. Une tempête effrayante gronde sous le crâne d’un homme. Sa différence, sa maladie suscite les moqueries et l’incompréhension des autres se croyant à l’abri car « normaux ». Pourtant, elle le rendra plus fort tandis que les autres perdront pied quand la tempête deviendra réelle. Dans un tout autre registre, j’attends de voir le prochain film surréaliste de Quentin Dupieux (Mr Oizo), Wrong. J’avais particulièrement apprécié le premier déjanté, Rubber (lire la chronique). « Am I Wrong? »

On continue avec The Dark Knight Rises de Christopher Nolan que j’espère aussi noir et envoûtant que le précédent malgré la présence de Christian Bale et Marion Cotillard, Frankenweenie de Tim Burton, Holly Motors de Leos Carax, Django Unchained de Tarantino, Haywire de Soderbergh, Cosmopolis de Cronenberg…

On remonte à la surface pour aller se promener dans mon potager sonore, où l’on verra pousser encore de curieuses plantes psychédéliques cette année. Certaines sont déjà sorties de terre prêtes à être cueillies comme l’herbe magique A Matter of Time, le nouvel album du Peuple de l’Herbe paru lundi 16 janvier et qui tourne sur ma platine. Il sera suivi d’un concert le 14 mars au Bataclan: je ne les ai encore jamais vus sur scène. Puis, il sera enfin question de la sortie de l’album d’High Damage, la fusion entre High Tone et Brain Damage annoncée le 26 mars chez Jarring Effects. Après une furieuse entrée en la matière le 14 octobre au 104, la tournée reprend en 2012 avec un passage au Bataclan le 10 mai où je serai à nouveau là pour les voir. Metastaz actuellement en studio nous prépare également son nouvel album qui devrait sortir au Printemps intitulé Encounters. Il est déjà en tournée actuellement et j’espère le voir sur scène à Paris.

Enfin, et surtout, je finis sur l’événement le plus excitant de 2012: après le retour sur scène d’Earthling à La Maroquinerie en novembre 2011, j’apprends grâce à un message reçu sur last.fm que Mau, masqué, a formé, en parallèle d’Earthling, un groupe « Motorville » avec Kid Loco et DJ Seep eux aussi masqués, dont j’espère vous reparler très très vite. En attendant l’album, cinq bijoux précieux tournent déjà sur la toile sur Youtube et sont donc sur mon iPod: l’entêtant « I’m your sin », « Driving through the city », « Sweet Heart », « Birds and Bees » et « Nothing ever stays the same ». My god, le son, le rythme, sont juste fabuleux. Après la première écoute de « Driving through the city », je ne pouvais déjà plus me défaire de la mélodie et de cette voix, la voix de Mau, de « Saturated » (Humandust), qui m’est si familière…

Et croire que les choses jusqu’ici immuables peuvent enfin changer. Puisque, no no no… nothing ever stays the same. 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

La page officielle de Motorville: http://www.facebook.com/pages/Motorville-dont-give-a-shit/274544849222836?sk=
Lire la chronique du film Take Shelter
*Extrait de « Parler le fracas », A Matter of time, Le Peuple de l’herbe.
Photo: « Miss Nelson feels Music » de Miss Nelson, 2011 Tous droits réservés

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L’année électrique 2011 de Miss Nelson

Mon retour sur la toile pour commencer 2012 sera pour consacrer un billet aux courants alternatifs extatiquo-dark qui m’auront fait vibrer en 2011, année noire aux cimes vertigineuses et aux sous-sols sombres humides et vénéneux où je suis tombée en chute libre le parachute en torche. 2011, l’année où j’apprends à dire « Non ». Non à ceux et celles qui excellent dans l’art de vous faire culpabiliser pour tout et pour rien, parfois même pour être là. Fini tout ça… Toutes ces ondes électriques, ces chocs sensoriels nécessaires pour supporter les jours tristes. Ils ont été là, ils sont là, j’y viens, j’en parle.

Il y aura eu les pleurs de Cascadeur dans mon coeur, la pluie noire et lumineuse d’Idem dans mes yeux, la découverte du dub oriental onirique de l’ingénieux Metastaz, le dub-électro unique en son genre de TD+, la set-box 5+1 de Zenzile, le FX100 de Jarring Effects, le retour inespéré d’Earthling sur scène, d’autres scènes fabuleuses chargées à haute tension qui ont fait éclore les roses épineuses de mes Docs: Ez3kiel versus Hint, Doctor Flake, Polly Jean Harvey, Kaly Live Dub, Brain Damage avec et sans Raphaël, High Damage, Thiéfaine… Des claques visuelles qui auront remué la lame dans mon âme comme Animal Kingdom, Drive, Winter’s Bone, l’oeuvre calcinée de Christian Jaccard, Bart Baele le craquelé…

Et puis des pics émotionnels intenses: ma chronique de l’album d’Idem Good Side of the Rain et mon live report de leur concert au Divan du Monde le 22 novembre dans leur dossier de presse (à voir ici) ; le lien sur le site d’Universailles de mon live report du Potager du Rock à Versailles (Brain Damage et Kaly Live Dub); le record de visites jamais atteint le jour où Brain Damage a posté sur son facebook le lien vers mon live report du concert de High Damage au 104; les remerciements sur twitter de Mau pour mon live report du concert d’Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre et le lien qu’ils ont mis sur leur site officiel… (http://www.earthlingmusic.co.uk/site/?page_id=104); tous les commentaires de ceux, émus, qui ont aimé le live report de Thiéfaine à Bercy... Merci à vous d’être là aussi pour vibrer et merci à eux.


Je décerne donc les palmes électriques à:

Meilleur album :
Good side of the Rain d’Idem (lire la chronique)

Meilleur album émotionnel:
The Human Octopus de Cascadeur (lire la chronique) 

Meilleur album dub-électro:
Aliénation de TD+  (http://www.myspace.com/tdplus)

Meilleures compilations (ex-aequo):
FX 100 de Jarring Effects (http://fr.ulule.com/fx100/)
Set box 5+1 de Zenzile
(http://www.zenzile.com/)
A tribute to PJ Harvey DRY de A découvrir absolument (lire la chronique)

Meilleure bande originale:
Drive 

Meilleurs morceaux (ex-aequo):
« Good side of the rain » de l’album éponyme d’Idem (lire la chronique)
« King David » et « Smash It » de l’album Aliénation de TD+ (http://www.deezer.com/fr/music/td) 

Meilleurs concerts émotionnels (ex-aequo):
Kaly Live Dub au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)
Brain Damage au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)

Meilleur concert « come-back »que je n’attendais plus:
Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (lire le live report)

Meilleures rencontres fusionnelles live (ex-aequo):
Ez3kiel versus Hint, Collision Tour, à La Machine le 28 janvier 2011 (lire le live report)
High Damage (High Tone+Brain Damage), triptyque, au 104 le 14 octobre 2011
(lire le live report)

Meilleurs films (ex-aequo):
Animal Kindgdom de David Michôd (lire la chronique)
Winter’s Bone de Debra Granik  (lire la chronique)

Meilleures expos:
Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt à La Pinacothèque (lire la chronique)
Bart Baele, le Flamand craquelé, à la Galerie Polaris
(lire la chronique)
Christian Jaccard dans les collections permanentes de Beaubourg 

Meilleur roman:
Les revenants de Laura Kasischke (Christian Bourgois)

Meilleur essai:
La voie d’Edgar Morin (Fayard) 

 Meilleures BD/livres illustrés (ex-aequo):
Eco, tome 2: La bête sans visage de Guillaume Bianco (Métamorphose)
Milky de Lilidoll (Venusdea)
Réédition de Beautiful Nightmares de Nicoletta Ceccoli (Venusdea)

Meilleurs magazines (ex-aequo):
Elegy (site officiel)
Obsküre 
( site officiel) 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

Photos: Première: Théâtre Montansier à Versailles. Barb’ooz 2011. Tous droits réservés;Deuxième: Théâtre Montansier à Versailles. Miss Nelson 2011. Tous droits réservés

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2011: une année à Alphaville, capitale de la douleur

« Les habitants d’Alphaville ne mourraient pas tous mais tous été frappés* ».

Vendredi 30 décembre 2011. Demain soir s’achèvera une année enfermée à Alphaville, capitale de la douleur. A tous tes « Pourquoi?* », on t’a répondu « Parce que* ».  Demain soir sonnera la fin d’un ultimatum parmi tant d’autres. Mais tu sais déjà que sa peur a pris le dessus sur ses émotions refoulées. A Alphaville, il ne faut surtout ne rien ressentir, c’est si rassurant. « Il est défendu d’y penser*. » Il y a ceux qui préfèrent rêver leur vie que vivre leur rêves. Tu ne pourras rien y faire, rien n’y changer. Pour qui te prenais-tu? Que croyais-tu? Tu vois l’anneau pourtant longtemps décrié briller à nouveau. Tu sens le métal froid remuer le couteau dans ta plaie. Tu sais déjà que les apparences, les faux semblants ont le règne facile.  Les dés sont toujours pipés dès le départ. Pas de hasard.  Reste le silence transparent qui t’entoure de ses bras, rassurant.

Janvier, février 2011 à Alphaville. Toujours dans la ligne de mire de ceux qui s’ennuient, qui rêvent de vibrer mais un instant seulement. Vivre plus longtemps? Vous n’y pensez pas. On chante ta force, ta différence, ton indépendance, quelle ironie quand on y pense, pauvre fantasme enfermé dans son cadre doré.  Mais regarde-toi, tu n’es rien d’autre qu’un objet de désir, un tableau qu’on aime regarder quand on soupire, qu’on aime casser quand on s’agace, qu’on place sur un pied d’estale, et qu’on descend aussi vite à la cave. Six feet under...  Et puis l’humiliation par les mots comme on brise son jouet. On peut tuer avec des mots. « Tu aimerais que la terre s’arrête pour descendre » comme disait Serge.

Mars, avril, mai, juin 2011 à Alphaville… et tous ces faux espoirs.  Ton coeur gorgé d’émotions vibrantes. Mais tu n’as pas compris le Grazie, tu n’as pas compris le Pop In. Si c’était pour te laisser là, oubliée. Une voix fredonne à ton oreille:  « De quoi nous avons parlé à la fin de l’été, j’ai oublié, j’ai tout oublié » (Noir Désir). Le noir s’est dilué dans les couleurs qui t’ont attirée comme un papillon de nuit, aveuglé.  Tu te rappelles ton corps vivant frappant la paroi sourde de verre. Te laissant à terre, le barillet déchargé en plein coeur, saignant des rivières de douleur impossible à canaliser. Quel dommage. Collatéral. Des pluies de larmes au printemps, en été, en automne, en hiver. On t’a pourtant maintes et maintes fois répété qu’à Alphaville, les gens n’ont pas le droit de pleurer. Lasse. Collapse. Apocalypse des émotions.

Tu te rappelles de ce jour. Quelque part éperdue en 2011 à Alphaville lisant un recueil de Paul Eluard. Tu es assise et sirote ton jus d’orange acide à la paille en écoutant de belles paroles qui fusent et s’enroulent autour de toi mais tu sais déjà. Depuis le début. Tu reconnais la fuite en avant. Cette voix enjouée qui te dit qu’elle n’oubliera pas la date du 5 décembre, c’est certain. Le 5 décembre fut un jour comme les 364 autres passés à Alphaville. Pas un mot, le mépris absolu. Que pensais-tu? A quoi rêvassais-tu? Petite sotte, petite conne. Car tu ne seras jamais Celle qui change tout. Tu sais que seule la musique est l’onde vibratoire qui maintient ton envie en vie. La voici enfin la fin du jour, la fin de l’année, la fin tout court. « Pourquoi les gens ont l’air tristes et sombres? Parce qu’ils manquent d’électricité* ».


L’année 2011 s’achève à Alphaville. Le noir est revenu te retrouver plus grand, plus majestueux. La nuit tombe sur Alphaville. Tu te sens si fatiguée dans ton dortoir, tes yeux se ferment. Toi aussi, tu essaies d’arrêter de vivre pour rêver ta vie. Tu rêves de quelqu’un qui te fait signe dans le brouillard humide des jours tristes. Chaque jour il se tient là devant toi. Il dit qu’il ne veut plus faire semblant, qu’il veut vivre ses rêves et ne plus rêver sa vie. Qu’il est prêt. Qu’il sait comment sortir d’Alphaville, avec toi. « I’m gonna tell you something you don’t want to hear. I’m gonna show you where it’s dark, but have no fear. » (Kavinsky, « Night Call »). Tu ne comprends pas. Tu ne réponds pas. Ta bouche est muette. Tes oreilles bourdonnent. Tu ne veux plus parler pour éviter le rejet. Tu montes le son encore et encore, toujours plus fort: Idem, Brain Damage, Les Têtes Raides, Metastaz, Heirs, Doctor Flake, Mansfield. TYA bouillonnent dans ta tête pour te protéger. Tu lis les mots qu’il t’écrit sur des bouts de papiers ça et là, écoute la voix apaiser tes maux. Il te semble étrangement que tu ne rêves pas, que tout est bien réel. Tu veux y aller. Tu sens ton corps paralysé basculer,  tu sens l’envie sortir des arcanes de la douleur. Mais c’est la chute vertigineuse à t’en donner le tournis. Chaotique. Tu sens une main te rattraper en vol, te serrer fort, tu sens un coeur vibrant cavaler au contact du tien, fleur sclérosée, meurtrie. Tu ouvres de grands yeux étonnés et…  Tu ne sais plus s’il faut croire à l’An demain**. Demain, c’est la fin? La fin des mensonges? « C’est toujours comme ça: on ne comprend jamais rien et un soir, on finit par en mourir*. »

Posté par Miss Nelson le 30/12/2011
*Les textes en italique suivis d’une astérisque sont extraits d’Alphaville de Godard.
Photos et vidéos extraites d’Alphaville de Godard. Anna Karina lit un poème extrait de Capitale de la douleur de Paul Eluard.
« Night Call » de Kavinsky est le premier extrait de la BO du magnifique film
Drive, de Nicolas Winding Refn.
**L’An demain, est emprunté au titre du dernier album des Têtes Raides. 

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Idem au Divan du Monde le 22 novembre 2011: noir éblouissant

« Qu’est-ce que tu vas encore aller écouter ce soir? »… Pas le temps de discuter avec ma voix éraillée, « Good bye everybody » et je pars en courant avec mes Docs noires à fleurs roses sur les trottoirs glacés. Je reçois la suite des discussions par textos: « Profite à fond de ce moment… » « Beau concert Petite Nelson »… Pas question d’être en retard. Pas question de rater le début. Ne serait-ce qu’une seconde. Je me réfugie sous le manteau chaud de Paname. Ligne 12, mon Dieu qu’elle est lente, ça n’avance pas, il est déjà 19h. Juste envie de monter devant pour prendre les commandes, le volant: ‘Mesdames et Messieurs, ce métro est sans arrêt de Montparnasse à Pigalle », et les voir tous descendre en hurlant et en se bousculant. Je trépigne d’impatience. Je reçois un texto de Barb’ooz : « Je suis arrivé, je t’attends devant La Fourmi ». Je remonte à la surface quartier Pigalle où j’ai fréquenté quelques salles de concert depuis deux mois. Après La Boule Noire et La Cigale un peu plus loin, me voici mardi 22 novembre au Divan du Monde venue voir Idem et Picore.

Dans la file d’attente, je raconte à Barb’ooz entre deux quintes de toux, ma rencontre avec Baz, le batteur d’Idem avec qui j’ai enfin pu discuter de vive voix, quand j’avais encore une voix, jeudi dernier après le concert de La Ruda au Bataclan. On s’engouffre à l’intérieur du Divan et je commande une Despé pour calmer le mal de gorge. Accoudée au bar, je regarde la scène déjà prête pour le premier groupe qui va passer ce soir.

La salle est plongée dans l’obscurité des eaux sombres. Trois musiciens s’installent: le guitariste, le bassiste et le batteur. Les premières notes humides de « You missed it », extrait du dernier album Good side of the Rain sorti le 7 novembre dernier, ruissellent dans l’atmosphère brumeuse qui m’enveloppe ce soir et annonce déjà les couleurs entières qui caractérisent le son magnétique d’Idem:  la douceur et la moiteur sur la peau, le calme et la fureur dans le sang.

La scène s’éclaire: plus de trois ans après le choc émotionnel de ma rencontre avec la musique d’Idem au KSET à Zagreb, me voici à nouveau face à eux en live. Toutes les vannes émotionnelles s’ouvrent alors en moi. Je repense à tout ce qui s’est passé depuis, les bouleversements, le chaos intérieur, la perte de tous les repères, les espoirs et les désillusions, mon coeur meurtri enfermé dans une boîte en métal, le retour du noir après la couleur, la nécessité absolue de ressentir même si ça fait mal, le pouvoir fascinant des sons sur mes émotions.

Pitch la chanteuse, qui fait entièrement partie du groupe à présent, entre en scène tout de noir vêtue, pour le deuxième morceau, « Market Return » (Good side of the rain) dont le refrain me fait le même effet qu’à l’écoute de l’album mais puissance cent pour sang dans mon coeur qui est déjà en état de vibration névralgique. Sa voix si troublante, profonde et animale se greffe sur les cimes vertigineuses d’accords nerveux et s’engouffre dans des basses souterraines où l’on a envie de se perdre. « Good side of the rain » est joué dans la pénombre avec des effets visuels somptueux évoquant l’artwork de la pochette de l’album: d’étranges volutes grises, noires et lumineuses s’entremêlant à des coulées de pluie rouge se déversent sur l’arrière-plan de la scène.

Je suis subitement atteinte d’une brûlante fièvre balkanique lorsqu’ils se mettent à jouer « ECOW », « Up to good » et « Show your right on » et ses clignements d’yeux flippants, trois extraits du précédent album The sixth aspiration museum overview, avec, sur le survolté « Up to good », les mêmes images d’un batteur en ombre chinoise qui passaient alors sur la boule blanche au KSET la dernière fois que je les ai vus. Un très beau clin d’oeil à la tournée précédente d’Idem.

Je regarde Barb’ooz visiblement aussi emballé que moi par l’émergence de ses souvenirs du live à Zagreb.  La pression s’élève de plus en plus. J’ai l’impression bizarre et agréable qu’Idem transforme le Divan du Monde en caisson hyperbare dont je ne veux pas sortir.

Depuis Zagreb, la présence scénique de Pitch a évolué. On sent qu’elle fait corps avec le groupe dorénavant. Elle vit et ressent complètement chaque titre qu’elle chante à fleur de peau. Notamment lors de la prestation de « Wings of Joy » qui agit comme une violente injection d’épinephrine qui transperce ma poitrine à m’en couper le souffle avec sa fébrile montée en puissance frénétique, cette boucle démoniaque qui monte crescendo des pieds à la tête, qui décolle mes Doc Martens du sol et fait vibrer les deux hémisphères enfermées dans ma petite boîte crânienne.

Le concert s’achève sur un « Locked in Syndrom » enchaîné et psychotique à souhait qui camisole un public conquis sous effets secondaires extrêmes. Je voudrais que cette folie extatique qu’Idem nous transfuse dans les veines depuis une heure dure encore mais les Angevins doivent laisser place au groupe suivant, Picore. C’est trop court, j’en veux encore. Pitch nous remercie et nous salue: « Le coeur y est ».

Après leur concert, en attendant que Picore entre en scène, je croise Baz et je lui présente Barb’ooz drôlement ému. Baz nous fait rencontrer Pitch venue sur le stand de merchandising d’Idem. Elle me remercie pour ma chronique de leur album (« Idem-Good side of the rain: sous la thermocline »)… L’émotion me gagne à plusieurs instants… Il se pourrait qu’Idem revienne jouer à Paname en début d’année prochaine… En attendant Good side of the rain continuera de tourner sur ma chaîne… Et de couler dans mes veines. (la suite du billet bientôt pour le concert de Picore…)

Posté par Miss Nelson le 28/11/2011
(Vidéos Miss Nelson 2011 tous droits réservés) 

Voir les vidéos du concert (Miss Nelson 2011 tous droits réservés) : http://gallery.me.com/miss.nelson#100435
Lire la chronique de l’album « Good side of the rain »
Le site officiel d’Idem: http://www.idem-kzfp.com 

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Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (2/2): the dark-hop night

…(Suite du billet sur la première partie du concert: Mekanik Kantatik: poétik ludik)… Après cette première partie délicieusement foutraque jouée et mise en scène par Mekanik Kantatik (Nicolas Cante), la salle continue de se remplir. Et lorsque Earthling entre en scène, tout le public resté assis jusque-là se lève. Je reste un peu surélevée sur des marches pour pouvoir filmer de temps en temps. Le groupe ne s’est pas fait pas attendre longtemps: Mau toujours très classe arrive en chemise blanche et lunettes noires avec Tim Saul bien sûr, accompagnés tous deux d’un guitariste, d’un batteur, d’un machiniste-bricoleur sur son Macbook pro et d’une bassiste dont la beauté me fascine tout le long du concert: des cheveux d’un noir de jais coiffés à la Louise Brooks, des yeux immenses cernés de noir, un rouge à lèvre vermillon, un visage à la Garbo qui ne laisse rien transparaître (vous pouvez la voir en photo sur le lien à la fin du billet sur le site de Sound of violence). Ils sont six devant un grand écran qui annonce tout d’abord la liste des titres qui seront joués ce soir: un mélange des trois albums de la discographie d’Earthling: le premier Radar sorti en 1995, Humandust (1997 & 2004) et bien sûr le dernier et somptueux Insomniacs’ Ball  sorti il y a un an maintenant. 

C’est le comateux « Ananda’s Theme » de Radar (« I want it and I want more »), le « karmacoma » earthlien, qui sert d’introduction au concert suivi d’un « Lab Baby » (Insomniacs’ Ball) presque enjoué. Earthling revisite une bonne partie de la tracklist de Radar avec entre autres l’impeccable « 1st Transmission », le mystérieux « Nefisa » , un « Soup or no soup » servi brûlant touillé aux petits oignons picotant les yeux humides. J’aurais souhaité entendre plus de titres de Insomniacs’ Ball comme « A great year for shadows » et « Gri Gri »mais le concert fut vraiment trop court…

C’est effarant de réaliser qu’on est en train d’écouter Earthling dans une toute petite salle comme La Maroquinerie alors qu’ils devraient jouer dans des salles à la hauteur de leur talent comme La Cigale, L’Olympia. Earthling est un très grand groupe de trip-hop/hip-hop (dont on dit qu’ils ont inventé un genre, l’étrange « dark-hop ») qui mériterait sa place sans rougir auprès de ses cousins Massive Attack, Portishead et Tricky. La plupart des auditeurs de ces derniers n’ont même jamais entendu parler d’Earthling, ce qui est aberrant quand on y pense.

Après la sortie avortée en 1997 de Humandust dont aucun label ne voulait en raison de son extrême noirceur (Humandust sortira enfin en 2004 mais trop tard pour se faire entendre à sa juste valeur sonore), Tim Saul a travaillé entre autres sur Dummy de Portishead. Mais en 1998, c’est Mezzanine de Massive Attack qui prendra alors toute la place sur la scène trip-hop. A cette époque aux côtés de « Teardrop », le morceau « Saturated » aurait du tourner en boucle sur toutes les ondes et pénétrer les cerveaux et les coeurs de ceux qui aspiraient déjà à ressentir et comprendre le langage vibrant de ces fleurs du mal voluptueuses:  » ‘Cos next time, I’ll do anything… »

C’est justement le moment le plus intense du concert pour moi : la beauté fauve des premières notes de « Saturated » (Humandust), le morceau d’Earthling que j’écoute le plus souvent : à regarder les gens dans le public, d’autres ont l’air aussi émus que moi, nous sommes d’ailleurs beaucoup à chanter avec Mau : « Broken like innocence, broken like us; If there’s only one of us, there’s none of us; There’s one of us, there’s none of us, there’s none of us… » Je me dis que certains d’entre nous ressentent peut-être ce que dit Mau pour d’autres qui ne ressentent absolument rien, qui sont à mille lieues de tout ça, de ces moments-là, enfermés dans leurs prisons dorées entièrement équipées. Je pense à un ami qui m’a fait ce douloureux aveu cette semaine: « J’aime une femme qui en aime un autre qui ne l’aime pas, c’est la théorie absurde de A qui aime B qui aime C et où tout le monde est malheureux. » Courir dans des rues à sens uniques, se perdre dans des passages labyrinthiques, des impasses impassibles, frapper à des portes qui restent toujours closes. Se sentir saturated de tout cela... « Et qui est donc cette femme? »…

Des images d’un film surréaliste en noir et blanc projetées sur le grand écran collent parfaitement au rythme inquiétant de « Peepholes » (Insomniacs’ Ball): un visage de femme aux yeux écarquillés par la terreur, un homme-monstre sorti des eaux troubles qui la poursuit comme une obsession moite, un cauchemar éveillé qui colle à la peau. Cet instant me fait penser au Cabinet du Dr Caligari découvert il y a un an pendant le Télérama Dub Festival 2011 lors du ciné-concert de Zenzile qui continue de tourner actuellement d’ailleurs.

Après une petite dizaine de titres joués, l’équipe quitte la scène. S’ensuit un rappel rempli de fureur et de désir pour Mau qui revient avec sa troupe chanter d’une voix feutrée ce superbe extrait de l’oublié Humandust, « Box » avec ses beats lancinants qui cognent comme un long tourment dans ma tête  : « Go left go right straight out of the box, straight out of the box go left go right… » et aussi « I could just die », l’épilogue aux vapeurs cotonneuses de Radar.

Mau et Tim saluent une dernière fois le public qui espère bien les revoir sur scène avant dix ans… Ça y’est, j’ai vu Earthling alors que je ne pensais jamais les voir un jour se reformer et encore moins sur scène pour promouvoir un nouvel album. Il fallait bien que ça finisse trop tôt, trop vite, comme tout ce qui est agréable, unique. Avez-vous remarqué comme la douleur a toujours ce côté lancinant qui traîne en longueur alors que le plaisir et la vibration ne sont qu’éphémères comme des étoiles filant toujours plus vite, à peine aperçues là-haut dans le ciel qu’elles ont déjà disparu laissant place à un tableau noir d’encre comme du Soulages?

Je rejoins Gambetta. J’écoute Insomniacs’ Ball dans le tube parisien. Station Saint Maur, j’envoie un message à The Owl qui habite juste-là, la veinarde. Une réponse arrive à l’écran: « Tu passeras me voir avant mon départ aux US la semaine prochaine?« . On pianote et discute jusqu’à ce que j’arrive chez moi. La batterie lâche avant mon coeur. « Bonne nuit ».  J’allume quelques bougies. Encore un jour d’ennui, encore une nuit d’insomnie, encore un live pour vibrer très fort et se sentir vivante. Electro-choc nécessaire pour narguer le grand sommeil. Mais pour qui? Et pour quoi faire? « Driving now I’ll be touched by the morning / A feeling coming on like a new dawning / I know what it’s like To wanna die / If only for a second I could just die / I’m so relaxed I could just die… » *

I know what it’s like.

Posté par Miss Nelson le 12/11/2011
(Vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

*: « I could just die » de l’album Radar, Earthling
Voir toutes les vidéos (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés): http://gallery.me.com/miss.nelson#100421
Voir les très belles photos de Gilles Bazoud sur soundofviolence: http://www.soundofviolence.net/multimedia/photos/2127/8941/earthling_paris_maroquinerie_04_11_2011.htm
Site officiel: http://www.earthlingmusic.co.uk/ 

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Mekanik Kantatik à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (1/2): poétik ludik

Quelqu’un me serre fort dans ses bras mais je ne suis pas là, si loin déjà, ailleurs, au-dessus de moi, je vois la rue pavée où je suis tournoyer sous mes pieds, jusqu’à la nausée. Quelqu’un me soulève, mes petites baskets à lacets roses se détachent du sol, « je te dévore » mais mon corps se dérobe, se Kamisole dans un arK-en-ciel noir parallèle.  Quelqu’un me regarde et me parle mais je remets le casK sur ma tête, je ne veux rien entendre d’autre que des sons étranges fuser dans mes oreilles, se distiller dans mon cerveau, j’écoute « Draw me a Rainbow » de Metastaz (Orient Dub Express). Je vois ses lèvres me dire quelque chose mais je n’entends plus sa voix, ses mots, s’ils sont vrais s’ils sont faux, seule la musiK Kompte. D’un geste de la main, il désigne son Koeur mais le mien est verrouillé. A triple tour. Dieu seul sait où j’ai pu ranger cette satanée Klef. Je me suis encore égarée. « Sauve-toi de moi », « sauve-moi de toi ». Je me retourne, je me détourne, je tourne les talons. Je fous le camp. Je m’échappe encore. Je reprends ma marche méKaniK de petit soldat désarticulé qui se relève toujours sans bien savoir pourquoi. Me sauver oui mais pour me réfugier où? Vingt-trois rue Boyer. Vingt-heure précises: j’échoue seule sur le rivage de La MaroKinerie. Un grand Black se tient devant moi. Je lui tends un bout de papier un peu chiffonné où il est imprimé: « Earthling, vendredi 04 novembre, 20h, placement libre ». Il me demande ma main, je lui souris et lui donne sans rechigner. Il me tatoue « La MaroKinerie » sur le poignet. Je descends au sous-sol et j’enlève mon casK pour entendre…

Pour entendre la première partie d’Earthling (live report à venir) ce soir, d’un tout autre genre, qui m’a tout simplement emballée. Il s’agit de Mekanik Kantatik. Un homme seul en scène, Nicolas Cante, pianiste surdoué, Karesse et frappe tour à tour avec une maîtrise déchaînée son piano esthétiKo-KaotiK tout droit sorti d’un film de Tim Burton.

Il est vêtu d’un tee-shirt avec une Kravate et surtout des baskets avec des lacets de couleur, et ça j’aime beaucoup, beaucoup… Ressaisissons-nous. Une fleur, un tournesol plus précisément, est aKKrochée à droite de l’instrument: cette petite touche de poésie ludiK a tout pour me plaire. Sur le piano, les Konsoles, boîtes à rythme et tout autre objet non identifié servant à malmener le son sont à portée de main de l’artiste.

Pendant une bonne heure, cet homme venu d’ailleurs qui ne s’adresse au public qu’avec une voix digitale transformée a le don de faire jaillir de son piano baroK un joyeux briK-à-braK sonore absolument déjanté mais dans le fond totalement travaillé dans le moindre détail. Sa musiK se nourrit autant de jazz très mélodiK, que d’éleKtro daft-punkien complètement saturé mais aussi de dance floor chargé de vitamine K, le tout distillé dans une mise en scène très théâtrale.  Elle a quelque chose d’euphorisant, je souris et ris à plusieurs reprises, elle me donne envie de bouger mon petit corps méKaniK.

Malmenant et dérangeant des sons bien arrangés, Nicolas Cante réussit à électriser un public interloKé, au départ très septiK et pas vraiment réceptif à sa musiK. Il le met dans sa poche puisqu’il en redemande encore. Surtout lorqu’il se met à jouer du Michel Berger au piano debout: « bon, ça suffit maintenant » ou bien quand il descend dans la fosse… Après le dernier morceau, la salle l’applaudit fortement en réclamant longtemps un rappel. Il nous quitte visiblement très ému. J’ai en tout cas très envie de le revoir sur scène un jour… Son album Improvisium 1.1 sortira le 12 janvier 2012. Place maintenant à… Mau et Earthling… (lire la suite du billet pour le live-report d’Earthling …)

Posté par Miss Nelson le 06/11/2011

Toutes les vidéos du concert (Miss Nelson 2011. Tous droits réservés): http://gallery.me.com/miss.nelson#100412
Le site officiel de Mekanik Kantatik: http://www.kantatik.net/

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Thiéfaine à Bercy le 22 octobre 2011: nos corps vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir

Il est presque 19h samedi soir à Bercy quand je pousse la porte du Frog noir de monde après une semaine encore strange dont je me serais bien passée et qui me laisse là, brisée en morceaux que je ne sais pas recoller, dont je ne sais que faire, la tête à l’envers, le coeur transpercé en travers. Je reçois un texto: « on est tout en bas ». Je descends l’escalier et rejoins The Owl et Barb’ooz en train de terminer leur première pinte d’ambrée. Je commande un Poulet Tikka et une half-pint de blonde. J’aime les regarder se taquiner et rire. Et j’ai conscience d’être encore là branchée au secteur parce qu’ils sont mes disjoncteurs différentiels quand d’autres ont déjà si vite oublié mon visage et mon nom. Nous attendons ce moment depuis le mois de mars quand les premières affiches annonçant la tournée de Hubert-Félix sont apparues dans le métro. Ils m’ont fait tous les deux découvrir et aimer Thiéfaine à des moments différents. Le temps d’avaler un morceau et nous partons une heure plus tard pour son concert à Bercy.

Pourtant, je ne suis pas à mon aise quand nous entrons dans Bercy. J’ai l’impression en levant les yeux vers l’immense couvercle qui recouvre nos têtes d’être dans le ventre d’une gigantesque baleine métallique, un vaisseau spatial froid et sans âme. La scène semble si loin… de nous. Je suis tellement habituée à ne fréquenter que les petites salles de concert comme La Cigale (Cascadeur), La Boule Noire (Doctor Flake), Le 104 (High Damage), La Clef (High Tone), Le Divan du Monde, Le Café de la Danse (Zenzile)… Je ne vais jamais au Zénith ou à Bercy car je ne ressens pas d’émotions fortes dans ces grandes salles à spectacle. La moyenne d’âge est située entre la quarantaine et la cinquantaine. Ici, pas de dreadlocks comme dans les concerts de Dub (High Damage), c’est un autre peuple de l’herbe qui est présent dans la fosse ce soir: des barbus en Doc Martens mais avec les mêmes parfums que ceux des raggamuffins… qui imprègnent à nouveau mes cheveux une semaine après la nuit passée au 104…

Thiéfaine arrive à l’heure pour relever le compteur de notre ennui et changer nos têtes, accompagné en plus des musiciens habituels d’un orchestre à cordes placé au fond de la scène. C’est la première fois que tous les trois, nous le voyons en live. Quand les premières notes de « Lorelei » se font entendre dans le Palais Omnisports, tout le monde ou presque se met à chanter. Sur le grand écran défile en lettres gothiques le texte en version originale du poème allemand.

Ma plus grande déception, c’est qu’on ne voit pas très bien en détail la scène évidemment. Je suis toujours sur la pointe des pieds. L’écran géant ne m’attire pas, je préfère voir bouger l’artiste de près, lire ses émotions sur son corps à fleur de peau, pour mieux ressentir l’ambiance. C’est quasi impossible de vibrer avec autant de monde dans une telle grosse structure. C’est dommage de ne pas pouvoir le voir à La Cigale par exemple plutôt que dans ce gros paquebot…

Thiéfaine nous dit qu’il avait pensé écarter toutes les chansons parlant de sexe et de drogue mais que le concert n’aurait duré que 12 minutes environ… Rires dans la salle! Nous entendons alors plusieurs titres incontournables comme « Soleil cherche futur », « Sweet amanite phalloïde queen », « Alligator 427 » doté d’une mise en scène saisissante avec ces cinq structures vertes verticales et menaçantes comme les dents d’une mâchoire se refermant sur Thiéfaine, avec sur chacune d’elles deux lampes rouges brillantes comme les yeux d’un reptile, mais aussi le très beau « Les dingues et les paumés », spéciale dédicace à Barb’ooz car c’est le titre de Thiéfaine qu’il préfère… je me retourne vers lui, il a déjà fermé les yeux. Je sais que cette chanson le fait frissonner…

Thiéfaine fait venir JP Nataf sur scène pour jouer un extrait de Scandale mélancolique. C’est un artiste qui m’indiffère totalement. J’aurais préféré voir Paul Personne qui a fait un album Amicalement Blues avec lui. Du dernier album Suppléments de mensonge dont il faudra que je fasse la chronique, il joue presque l’intégralité dont le sensuel « Fièvre resurrectionnelle » (« Je t’aime et je t’attends à l’ombre de mes rêves… »), le chaotique « Garbo XW Machine » accompagné de nouveau par JP Nataf, « Compartiment C », « Infinitives voiles », le déjanté « Ta vamp orchidoclaste » (« C’est une brise-burne, une casse burettes… »), « Les Ombres du soir » et bien sûr le single nostalgique extrait de l’album « La ruelle des morts »…

Toujours en extrait du dernier album, place maintenant au très mélancolique « Petit matin 4.10 heure d’été » dont les paroles me parlent tant en ce moment et qui font couler des larmes noires sur les joues d’Hubert: « Si partir c’est mourir un peu, j’ai passé ma vie à partir/ Je rêve tellement d’avoir été que je vais finir par tomber/Mes yeux gris reflètent un hiver qui paralyse les coeurs meurtris/Mon esprit est une fleur flétrie/Je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments« … Bon sang, c’est tellement ce que je ressens que je sens des larmes de sang perler dans mon coeur quand j’entends la voix d’Hubert-Félix chanter ses maux.

Après plus de deux heures de concert, la scène s’éteint. Tandis que d’autres chantent « Je vous attends… » d’ « Alligator 427 », nous sommes plusieurs à fredonner « La fille du coupeur de joints » pour le rappel… et Thiéfaine revient avec quelques morceaux supplémentaires dont celui tant attendu qui commence par: « Elle descendait de la montagne sur un chariot chargé de paille, sur un chariot chargé de foin, la fille du coupeur de joints… » Une extase ecstasy traverse alors nos corps comme un courant électrique, nos cerveaux branchés directement sur nos coeurs en 220. Rien ne sera plus jamais comme avant…

« Plus question de chercher du travail, on pédalait dans les nuages, au milieu des petits lapins, la fille du coupeur de joints… ». The Owl attend toujours de pied ferme « La Cancoillotte » et moi « Maison Borniol » (« y a quelqu’un? ») mais Hubert ne les jouera pas. On ressort avec de la nostalgie dans le coeur et dans les yeux en songeant à nos années Thiéfaine, nous étions étudiants, je ne connaissais pas encore The Owl qui vivait à London City, Barb’ooz roulait en Polo bleu marine et moi en Cox 1303 dans les rues orléanaises. Que reste-t-il ? Nous dans la Ruelle, quand d’autres sont déjà morts. Le temps, ignoble, passe et emporte tout sur son passage. Et nous, que sommes-nous devenus? Des corps toujours vivants branchés sur le secteur étant appelés à s’émouvoir… Pour combien de temps encore?

Posté par Miss Nelson le 23/10/2011
(Vidéos M.N. 2011 tous droits réservés) 

Voir les vidéos (M. N. 2011 Tous droits réservés) : http://gallery.me.com/miss.nelson#100385
Consulter les dates de la tournée 2011-2012: http://www.thiefaine.com/concerts/
Le site officiel de Thiéfaine: http://www.thiefaine.com/ 

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »

Max Dormoy. Je sors du métro, le casque sur ma tête, le FX100 de Jarring Effects dans mes oreilles. Il fait déjà nuit. Je suis en route vers le 104 pour voir le premier concert de la tournée de High Damage, la rencontre entre Brain Damage et High Tone, qui sera également à l’affiche du Télérama Dub Festival.  J’avais posté un billet à ce sujet le 7 août (lire ici).  Je commence à réaliser seulement maintenant que je suis en train de traverser une cité l’air de rien, que je suis la seule fille qui marche dans une rue à l’atmosphère de plus en plus glauque. Je croise des bandes qui s’interpellent d’un trottoir l’autre. Allez: plus qu’un pont à traverser au-dessus de la voie ferrée et j’y suis… quoique? J’appelle Barb’ooz venu m’accompagner, seule personne de mon entourage martien qui aime aussi le dub électro, pour le prévenir que je n’atteindrai peut-être pas le bout du pont ce soir… Barb’ooz me récupère au bout du pont juste avant que je ne disparaisse dans la nuit…

On arrive au 104 que je ne connaissais pas, une fois à l’intérieur, je constate que c’est un très bel endroit où je me sens bien. On grignote un petit bout dans le restaurant-bar et comme la dernière fois au théâtre Montansier à Versailles lors du mémorable festival du Potager du Rock le 14 mai 2011, on reconnaît les basses vibrantes de Brain Damage qui viennent chatouiller nos pieds engourdis par le froid. Vite, on rentre dans la salle de concert. Un homme me tend le programme du Télérama Dub Festival: » Vous connaissez? » Euh…

Le concert est annoncé pour une durée d’environ 3 heures et il durera effectivement 3h30 sans entracte, donc c’est une véritable performance à laquelle on assiste ce soir. La rencontre est un triptyque car divisée en trois parties, trois tableaux: Brain Damage seul tout d’abord présentant les Dub Sessions, puis la rencontre avec High Damage, et enfin l’épilogue avec High Tone seul.

Brain Damage est tout de suite à droite dans l’entrée de la salle sur une scène. Le public lui fait face. Une autre scène en face tout au fond de la salle est plongée pour le moment dans le noir… Raphaël le bassiste étant parti sur un projet solo, il n’y a que Martin aux commandes des machines ce soir. J’ai dû mal à réaliser en fait que je suis vraiment juste à côté de lui, je suis contre le promontoir où il joue. Je vois le macbook, les consoles, le clavier, ce qu’il fait. Comme à son habitude, Martin ne reste jamais en place, c’est assez impressionnant de le voir faire tous ces réglages sur sa machine tandis que ses pieds bougent à un rythme effréné  !

Un homme à côté de moi hurle à l’attention de Martin : « Fais péter des trucs bizarres! ». Une grande partie du public se déhanche déjà dans la salle. Les Dub Sessions donnent un ton absolument reggae au dub joué dans cette première partie. Le son délivré n’a rien à voir avec les basses oppressantes du dernier album Burning before sunset. On est plus dans l’ambiance d’un album comme Dub 2 dub mais avec une rythmique plus accentuée et des samples plus importants et remixés.

Après une heure de prestation environ à haut voltage, Martin nous fait signe de regarder à l’autre bout de la salle en face de lui. Tout le monde se retourne. Des musiciens s’installent derrière cinq panneaux blancs. C’est High Tone qui fait face maintenant à Brain Damage, le public se retrouvant dorénavant entre les deux groupes. La deuxième scène du fond s’éclaire peu à peu. High Damage va utiliser tout l’espace de la salle du 104 pour jouer, pour la rencontre de deux groupes phares du dub français… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011: High Damage, dub alien…)

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits vidéos du concert de High Damage au 104 le 14/10/2011 (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés), c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
Toutes les dates du tour sur le site officiel de High Damage
Toutes les dates parisiennes du Télérama Dub Festival 2011.
Le label Jarring Effects.

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »)Ce soir au 104, après une heure de prestation de Brain Damage (avec seulement Martin), on assiste à la fusion entre les deux groupes de dub, High Tone et Brain Damage, qui se font face, le public entre les deux. High Tone apparaît au fond de la salle en ombres chinoises derrière cinq grands écrans-toiles, Martin en face d’eux, est toujours derrière ses machines. Les basses sortent du sols, anxiogènes, les murs de la salle du 104 tremblent, le premier concert tant attendu de la tournée d’High Damage  commence. La mise en scène avec les jeux d’ombres et de lumières, d’images et de correspondances entre les deux groupes est très subtile et réussie.

Il fait de plus en plus chaud dans la salle comble. La nuit s’annonce très longue. Et c’est tant mieux car je n’ai absolument pas envie de dormir ce soir malgré la fatigue accumulée ces cinq derniers jours et les perles de pluie persistantes  dans mes yeux. Le dub d’High Damage est parfaitement alien. Mutant et inquiétant car il empreinte les basses lourdes et les cliquetis étranges aux deux derniers albums de Brain Damage et la rythmique plus électronique et métallique d’High Tone depuis Underground Wobble et Outback. Il en résulte un dub sombre et envoûtant qui fait vibrer une à une les 33 marches de mon épine dorsale.

Après quelques morceaux mettant le public particulièrement en appétit ce soir, High Tone enlève les cinq panneaux blancs placés devant eux. Un écran géant s’allume derrière la scène. La voix qui sort alors des enceintes est si reconnaissable qu’elle est saluée par une partie du public: c’est celle de Black Sifichi qui a collaboré avec beaucoup de groupes électros et dub comme Brain Damage mais aussi Doctor Flake sur son dernier album Flake Up. Sa voix dit: « High Damage » en même temps que les mots apparaissant sur l’écran: une hypnotique hérésie hystérique traverse alors tous les corps remuants dans la salle.

J’observe le public. C’est drôle de voir tout ce mélange des genres: un homme devant moi en chemise blanche et catogan; un autre qui agite sa tête avec de longs dreadlocks qui descendent jusqu’en bas du dos. Beaucoup portent le tee-shirt avec le logo du coffret FX100 de Jarring Effects sorti fin septembre. Quant à moi, je porte un tee-shirt noir de Zenzile avec le très beau visuel de l’album Living in Monochrome, des Docs bien sûr et une fleur dans mes cheveux.

Dread ou fleur dans les cheveux, on est tous là ce soir pour vibrer au son de High Damage: le public a l’air vraiment réceptif à cette nouvelle expérience sensorielle insufflée par la rencontre des deux groupes. High Damage c’est fini. High Tone salue Martin de Brain Damage et le public. Il ne reste plus qu’à être très patients puisque l’album studio ne sortira qu’en mars 2012 après la tournée du groupe… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone »)

Posté par Miss Nelson le 20/10/11
(photos et vidéos Miss Nelson 2011, tous droits réservés)

Pour voir toutes les photos et extraits-vidéos du concert de High Damage c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien). Martin de Brain Damage est parti, seule la scène du fond où se trouve High Tone est à présent éclairée. Pas d’attente, le concert d’High Tone, qui sera la troisième et dernière partie de ce concert triptyque d’High Damage au 104, commence immédiatement après la rencontre fusionnelle des deux groupes de dub High Tone et Brain Damage (voir billet précédent).

La dernière fois que j’ai vu High Tone en concert, c’était à La Clef avec RTSF le 6 mai 2011 (lire le billet du live report) et j’avais trouvé leur prestation froide et leur son trop électronique et métallique. Cela était surtout dû au fait qu’ils avaient joué une grande partie du dernier album que je boude un peu: Outback. Ce soir, ils vont jouer l’extrait « Spank » bien sûr mais vont aussi piocher dans le reste de leur répertoire dub plus éclectique (tour à tour downtempo, sombre, reggae…). De plus, ils ne sont pas du tout statiques bien au contraire, il faut dire qu’ils viennent de jouer plus d’une heure avec Brain Damage et la prestation qu’ils ont donnée ensemble de High Damage a conquis le public du 104 et on aimerait bien poursuivre l’expérience sensorielle chez nous sur la platine et au casque mais il va falloir attendre que l’hiver passe…

High Tone ouvre le bal avec une version de « Rub a Dub » remixée et absolument survitaminée qui enchante et secoue le peuple de l’herbe présent dans la salle sur des rythmes reggaes. On aura droit aussi au fameux « Bad Weather » devenu un passage indispensable de tout concert des Lyonnais. Les jeux de lumières notamment dans les teintes chaudes jaunes et rougeâtres sur la fin du concert sur la vidéo en noir et blanc d’un visage de femme en gros plan sont superbes. J’ai vraiment énormément de plaisir à les retrouver dans une telle forme, tant ils se donnent sur la scène du 104.

Le triptyque d’High Damage prend fin plus de 3h après l’apparition de Brain Damage.  Les Lyonnais et les Stéphanois ont réussi le très beau pari de leur émouvante rencontre sur scène tout d’abord. Pas de doute que l’album studio sera à la hauteur même s’il manquera toute la mise en scène visuelle très réussie qui participe fortement à l’émotion sensorielle ressentie ce soir.

Après un passage au stand de Jarring Effects, je repars avec un sweet noir Brain Damage de l’époque Spoken Dub Manifesto que beaucoup voulaient également mais il ne restait qu’une taille: « Il ne vous reste que ça comme taille, c’est du 12 ans, non? »  demande un grand gaillard à côté de moi. « C’est une taille femme » répond le vendeur, « et il n’en reste plus qu’un ». Et bien voilà, du 12 ans ça m’ira très bien, je le prends, merci et bonne nuit Jarring Effects. Je vais encore entendre des gens me dire « ça veut dire quoi ce qu’il y a d’écrit dans ton dos? » ou bien « Brain Damage? Oh, ça n’a pas l’air encore très gai tout ça ». Vouis vouis. On prend un dernier verre avec Barb’ooz et on sort du 104 où il n’y a plus grand monde désormais. Le froid s’engouffre dans ma veste et me glace jusqu’aux os. On passe devant une 206 coffre ouvert où les membres d’High Tone essaient d’engouffrer tant bien que mal tout leur matériel. Je quitte Barb’ooz et rentre chez moi. Mes voisins dorment depuis longtemps mais moi, je ne dormirai pas, pianotant sur Grabuge, les basses d’High Damage raisonnant encore dans ma petite tête tout le reste de la nuit. Quelques heures plus tard, The Owl m’appelle: « Nelson viens donc chez moi m’aider, mon iMac sous Tiger ne reconnaît pas mon iPhone 4S, je fais quoi? ». Je débarque à République les cheveux encore emmêlés d’étranges parfums, The Owl pas réveillée non plus m’ouvre la porte et me dit que mes cheveux sentent drôlement bon l’herbe rare des prairies « dubesques »: « Ce n’est rien, dis-je, je suis encore complètement highdamagisée… ». (Relire tout depuis le début… 🙂 )

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits-vidéos (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) du concert de High Damage c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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