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Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (2/2): the dark-hop night

…(Suite du billet sur la première partie du concert: Mekanik Kantatik: poétik ludik)… Après cette première partie délicieusement foutraque jouée et mise en scène par Mekanik Kantatik (Nicolas Cante), la salle continue de se remplir. Et lorsque Earthling entre en scène, tout le public resté assis jusque-là se lève. Je reste un peu surélevée sur des marches pour pouvoir filmer de temps en temps. Le groupe ne s’est pas fait pas attendre longtemps: Mau toujours très classe arrive en chemise blanche et lunettes noires avec Tim Saul bien sûr, accompagnés tous deux d’un guitariste, d’un batteur, d’un machiniste-bricoleur sur son Macbook pro et d’une bassiste dont la beauté me fascine tout le long du concert: des cheveux d’un noir de jais coiffés à la Louise Brooks, des yeux immenses cernés de noir, un rouge à lèvre vermillon, un visage à la Garbo qui ne laisse rien transparaître (vous pouvez la voir en photo sur le lien à la fin du billet sur le site de Sound of violence). Ils sont six devant un grand écran qui annonce tout d’abord la liste des titres qui seront joués ce soir: un mélange des trois albums de la discographie d’Earthling: le premier Radar sorti en 1995, Humandust (1997 & 2004) et bien sûr le dernier et somptueux Insomniacs’ Ball  sorti il y a un an maintenant. 

C’est le comateux « Ananda’s Theme » de Radar (« I want it and I want more »), le « karmacoma » earthlien, qui sert d’introduction au concert suivi d’un « Lab Baby » (Insomniacs’ Ball) presque enjoué. Earthling revisite une bonne partie de la tracklist de Radar avec entre autres l’impeccable « 1st Transmission », le mystérieux « Nefisa » , un « Soup or no soup » servi brûlant touillé aux petits oignons picotant les yeux humides. J’aurais souhaité entendre plus de titres de Insomniacs’ Ball comme « A great year for shadows » et « Gri Gri »mais le concert fut vraiment trop court…

C’est effarant de réaliser qu’on est en train d’écouter Earthling dans une toute petite salle comme La Maroquinerie alors qu’ils devraient jouer dans des salles à la hauteur de leur talent comme La Cigale, L’Olympia. Earthling est un très grand groupe de trip-hop/hip-hop (dont on dit qu’ils ont inventé un genre, l’étrange « dark-hop ») qui mériterait sa place sans rougir auprès de ses cousins Massive Attack, Portishead et Tricky. La plupart des auditeurs de ces derniers n’ont même jamais entendu parler d’Earthling, ce qui est aberrant quand on y pense.

Après la sortie avortée en 1997 de Humandust dont aucun label ne voulait en raison de son extrême noirceur (Humandust sortira enfin en 2004 mais trop tard pour se faire entendre à sa juste valeur sonore), Tim Saul a travaillé entre autres sur Dummy de Portishead. Mais en 1998, c’est Mezzanine de Massive Attack qui prendra alors toute la place sur la scène trip-hop. A cette époque aux côtés de « Teardrop », le morceau « Saturated » aurait du tourner en boucle sur toutes les ondes et pénétrer les cerveaux et les coeurs de ceux qui aspiraient déjà à ressentir et comprendre le langage vibrant de ces fleurs du mal voluptueuses:  » ‘Cos next time, I’ll do anything… »

C’est justement le moment le plus intense du concert pour moi : la beauté fauve des premières notes de « Saturated » (Humandust), le morceau d’Earthling que j’écoute le plus souvent : à regarder les gens dans le public, d’autres ont l’air aussi émus que moi, nous sommes d’ailleurs beaucoup à chanter avec Mau : « Broken like innocence, broken like us; If there’s only one of us, there’s none of us; There’s one of us, there’s none of us, there’s none of us… » Je me dis que certains d’entre nous ressentent peut-être ce que dit Mau pour d’autres qui ne ressentent absolument rien, qui sont à mille lieues de tout ça, de ces moments-là, enfermés dans leurs prisons dorées entièrement équipées. Je pense à un ami qui m’a fait ce douloureux aveu cette semaine: « J’aime une femme qui en aime un autre qui ne l’aime pas, c’est la théorie absurde de A qui aime B qui aime C et où tout le monde est malheureux. » Courir dans des rues à sens uniques, se perdre dans des passages labyrinthiques, des impasses impassibles, frapper à des portes qui restent toujours closes. Se sentir saturated de tout cela... « Et qui est donc cette femme? »…

Des images d’un film surréaliste en noir et blanc projetées sur le grand écran collent parfaitement au rythme inquiétant de « Peepholes » (Insomniacs’ Ball): un visage de femme aux yeux écarquillés par la terreur, un homme-monstre sorti des eaux troubles qui la poursuit comme une obsession moite, un cauchemar éveillé qui colle à la peau. Cet instant me fait penser au Cabinet du Dr Caligari découvert il y a un an pendant le Télérama Dub Festival 2011 lors du ciné-concert de Zenzile qui continue de tourner actuellement d’ailleurs.

Après une petite dizaine de titres joués, l’équipe quitte la scène. S’ensuit un rappel rempli de fureur et de désir pour Mau qui revient avec sa troupe chanter d’une voix feutrée ce superbe extrait de l’oublié Humandust, « Box » avec ses beats lancinants qui cognent comme un long tourment dans ma tête  : « Go left go right straight out of the box, straight out of the box go left go right… » et aussi « I could just die », l’épilogue aux vapeurs cotonneuses de Radar.

Mau et Tim saluent une dernière fois le public qui espère bien les revoir sur scène avant dix ans… Ça y’est, j’ai vu Earthling alors que je ne pensais jamais les voir un jour se reformer et encore moins sur scène pour promouvoir un nouvel album. Il fallait bien que ça finisse trop tôt, trop vite, comme tout ce qui est agréable, unique. Avez-vous remarqué comme la douleur a toujours ce côté lancinant qui traîne en longueur alors que le plaisir et la vibration ne sont qu’éphémères comme des étoiles filant toujours plus vite, à peine aperçues là-haut dans le ciel qu’elles ont déjà disparu laissant place à un tableau noir d’encre comme du Soulages?

Je rejoins Gambetta. J’écoute Insomniacs’ Ball dans le tube parisien. Station Saint Maur, j’envoie un message à The Owl qui habite juste-là, la veinarde. Une réponse arrive à l’écran: « Tu passeras me voir avant mon départ aux US la semaine prochaine?« . On pianote et discute jusqu’à ce que j’arrive chez moi. La batterie lâche avant mon coeur. « Bonne nuit ».  J’allume quelques bougies. Encore un jour d’ennui, encore une nuit d’insomnie, encore un live pour vibrer très fort et se sentir vivante. Electro-choc nécessaire pour narguer le grand sommeil. Mais pour qui? Et pour quoi faire? « Driving now I’ll be touched by the morning / A feeling coming on like a new dawning / I know what it’s like To wanna die / If only for a second I could just die / I’m so relaxed I could just die… » *

I know what it’s like.

Posté par Miss Nelson le 12/11/2011
(Vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

*: « I could just die » de l’album Radar, Earthling
Voir toutes les vidéos (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés): http://gallery.me.com/miss.nelson#100421
Voir les très belles photos de Gilles Bazoud sur soundofviolence: http://www.soundofviolence.net/multimedia/photos/2127/8941/earthling_paris_maroquinerie_04_11_2011.htm
Site officiel: http://www.earthlingmusic.co.uk/ 

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Zenzile: ciné-concert « Le Cabinet du Dr Caligari »

Après le très bel album Pawn Shop, Zenzile revient sur scène avec un projet de dub osé et différent: jouer sur scène une bande originale basée sur le Dub du film allemand expressionniste et muet Das Cabinet des Doktor Caligari de Robert Wiene (1919).

Zenzile n’a pas écouté la BO de l’époque mais a visionné en premier lieu le film dans le silence pour ne pas être influencé. A partir de là, ils ont commencé à improviser et ont réalisé ce ciné-concert actuellement en tournée.

Ils ont fait l’ouverture du Télérama Dub Festival (du 18 novembre au 4 décembre 2010) jeudi dernier au Café de la Danse à Paris. J’y ai donc assisté: c’était un très beau moment d’entendre du son de dub électro sur un film expressionniste allemand de 1919. Les musiciens de Zenzile ont joué faisant face à l’écran géant où passait le film. On a pu entendre de vibrantes envolées de dub schizophrénique surtout lors de la deuxième partie du film.

On pense bien sûr à Fritz Lang qui aurait dû au départ d’ailleurs réaliser ce film et à Idem (dub rock électro) qui lors de sa tournée dans les Balkans en 2008 (j’ai pu les voir à Zagreb au KSET: photos ici) pour présenter leur album The sixth aspiration museum overview (Jarring effects), passait des extraits de films/images en noir & blanc sur sa boule blanche fascinante…

Zenzile avec la participation de Télérama offre 4 titres en téléchargement extraits de cette bande très originale sur leur site jusqu’au 30 novembre, dépêchez-vous!: http://www.zenzile.com/drcaligari/ Pour obtenir le code, laissez-moi un commentaire et votre adresse mail.

Posté par Miss Nelson

Plus d’infos sur les dates de concert de Zenzile ici: http://www.zenzile.com/

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