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Idem au Divan du Monde le 22 novembre 2011: noir éblouissant

« Qu’est-ce que tu vas encore aller écouter ce soir? »… Pas le temps de discuter avec ma voix éraillée, « Good bye everybody » et je pars en courant avec mes Docs noires à fleurs roses sur les trottoirs glacés. Je reçois la suite des discussions par textos: « Profite à fond de ce moment… » « Beau concert Petite Nelson »… Pas question d’être en retard. Pas question de rater le début. Ne serait-ce qu’une seconde. Je me réfugie sous le manteau chaud de Paname. Ligne 12, mon Dieu qu’elle est lente, ça n’avance pas, il est déjà 19h. Juste envie de monter devant pour prendre les commandes, le volant: ‘Mesdames et Messieurs, ce métro est sans arrêt de Montparnasse à Pigalle », et les voir tous descendre en hurlant et en se bousculant. Je trépigne d’impatience. Je reçois un texto de Barb’ooz : « Je suis arrivé, je t’attends devant La Fourmi ». Je remonte à la surface quartier Pigalle où j’ai fréquenté quelques salles de concert depuis deux mois. Après La Boule Noire et La Cigale un peu plus loin, me voici mardi 22 novembre au Divan du Monde venue voir Idem et Picore.

Dans la file d’attente, je raconte à Barb’ooz entre deux quintes de toux, ma rencontre avec Baz, le batteur d’Idem avec qui j’ai enfin pu discuter de vive voix, quand j’avais encore une voix, jeudi dernier après le concert de La Ruda au Bataclan. On s’engouffre à l’intérieur du Divan et je commande une Despé pour calmer le mal de gorge. Accoudée au bar, je regarde la scène déjà prête pour le premier groupe qui va passer ce soir.

La salle est plongée dans l’obscurité des eaux sombres. Trois musiciens s’installent: le guitariste, le bassiste et le batteur. Les premières notes humides de « You missed it », extrait du dernier album Good side of the Rain sorti le 7 novembre dernier, ruissellent dans l’atmosphère brumeuse qui m’enveloppe ce soir et annonce déjà les couleurs entières qui caractérisent le son magnétique d’Idem:  la douceur et la moiteur sur la peau, le calme et la fureur dans le sang.

La scène s’éclaire: plus de trois ans après le choc émotionnel de ma rencontre avec la musique d’Idem au KSET à Zagreb, me voici à nouveau face à eux en live. Toutes les vannes émotionnelles s’ouvrent alors en moi. Je repense à tout ce qui s’est passé depuis, les bouleversements, le chaos intérieur, la perte de tous les repères, les espoirs et les désillusions, mon coeur meurtri enfermé dans une boîte en métal, le retour du noir après la couleur, la nécessité absolue de ressentir même si ça fait mal, le pouvoir fascinant des sons sur mes émotions.

Pitch la chanteuse, qui fait entièrement partie du groupe à présent, entre en scène tout de noir vêtue, pour le deuxième morceau, « Market Return » (Good side of the rain) dont le refrain me fait le même effet qu’à l’écoute de l’album mais puissance cent pour sang dans mon coeur qui est déjà en état de vibration névralgique. Sa voix si troublante, profonde et animale se greffe sur les cimes vertigineuses d’accords nerveux et s’engouffre dans des basses souterraines où l’on a envie de se perdre. « Good side of the rain » est joué dans la pénombre avec des effets visuels somptueux évoquant l’artwork de la pochette de l’album: d’étranges volutes grises, noires et lumineuses s’entremêlant à des coulées de pluie rouge se déversent sur l’arrière-plan de la scène.

Je suis subitement atteinte d’une brûlante fièvre balkanique lorsqu’ils se mettent à jouer « ECOW », « Up to good » et « Show your right on » et ses clignements d’yeux flippants, trois extraits du précédent album The sixth aspiration museum overview, avec, sur le survolté « Up to good », les mêmes images d’un batteur en ombre chinoise qui passaient alors sur la boule blanche au KSET la dernière fois que je les ai vus. Un très beau clin d’oeil à la tournée précédente d’Idem.

Je regarde Barb’ooz visiblement aussi emballé que moi par l’émergence de ses souvenirs du live à Zagreb.  La pression s’élève de plus en plus. J’ai l’impression bizarre et agréable qu’Idem transforme le Divan du Monde en caisson hyperbare dont je ne veux pas sortir.

Depuis Zagreb, la présence scénique de Pitch a évolué. On sent qu’elle fait corps avec le groupe dorénavant. Elle vit et ressent complètement chaque titre qu’elle chante à fleur de peau. Notamment lors de la prestation de « Wings of Joy » qui agit comme une violente injection d’épinephrine qui transperce ma poitrine à m’en couper le souffle avec sa fébrile montée en puissance frénétique, cette boucle démoniaque qui monte crescendo des pieds à la tête, qui décolle mes Doc Martens du sol et fait vibrer les deux hémisphères enfermées dans ma petite boîte crânienne.

Le concert s’achève sur un « Locked in Syndrom » enchaîné et psychotique à souhait qui camisole un public conquis sous effets secondaires extrêmes. Je voudrais que cette folie extatique qu’Idem nous transfuse dans les veines depuis une heure dure encore mais les Angevins doivent laisser place au groupe suivant, Picore. C’est trop court, j’en veux encore. Pitch nous remercie et nous salue: « Le coeur y est ».

Après leur concert, en attendant que Picore entre en scène, je croise Baz et je lui présente Barb’ooz drôlement ému. Baz nous fait rencontrer Pitch venue sur le stand de merchandising d’Idem. Elle me remercie pour ma chronique de leur album (« Idem-Good side of the rain: sous la thermocline »)… L’émotion me gagne à plusieurs instants… Il se pourrait qu’Idem revienne jouer à Paname en début d’année prochaine… En attendant Good side of the rain continuera de tourner sur ma chaîne… Et de couler dans mes veines. (la suite du billet bientôt pour le concert de Picore…)

Posté par Miss Nelson le 28/11/2011
(Vidéos Miss Nelson 2011 tous droits réservés) 

Voir les vidéos du concert (Miss Nelson 2011 tous droits réservés) : http://gallery.me.com/miss.nelson#100435
Lire la chronique de l’album « Good side of the rain »
Le site officiel d’Idem: http://www.idem-kzfp.com 

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Idem – « Good side of the rain »: sous la thermocline

C’est un « Privilege class » de pouvoir écouter plus d’un mois avant sa sortie le prochain album d’Idem, Good side of the rain (sortie le 7 novembre chez Yotanka) qui est pour moi à ce jour, le plus beau de leur discographie. Pour entrer dans cet album, il faut accepter de faire cette plongée vénéneuse sous la thermocline d’un dub hybride d’une noirceur lumineuse.  Avec Good side of the rain, Idem nous entraîne toujours plus loin dans les sombres plaines abyssales de leur nouveau projet électro-organique. Post-traumatique.

« Experiencing the Depression »? L’anticyclone fugace s’éloigne et laisse place à une dépression atmosphérique insistante avec humidité dans l’air persistante. « Privilege class », morceau instrumental d’ouverture de l’album, fait le pont avec The Sixth aspiration museum overview. Il sonne comme la réverbération en négatif, le verso du recto de « Who or what? » du précédent album, avec cette troublante rythmique de plus en plus rapide, ce patchwork humide de boucles serpentines qui vous enveloppent, puis vous enserrent toujours plus fort et qui accélèrent peu à peu leur rotation hypnotique traversant tout votre corps. La musique d’Idem déclenche toujours en moi cette onde sismique si caractéristique qui secoue mes émotions une à une me laissant en plein émoi dans la confusion effervescente des sens…

Les premières notes dysphoriques de « Locked in syndrom », morceau hydrophone, retentissent comme un sonar anxiogène d’où s’élève progressivement la voix si grave et animale d’Isabelle Ortoli désormais présente sur tout l’album. Tantôt voluptueusement lasse et fragile sur le magnifique et mélancolique « Good side of the Rain » à écouter à la tombée de la nuit sous la pluie, morceau éponyme de l’album, tantôt rageuse en duo avec Ben Sharpa sur « Work in progress »…

Et puis il y a surtout ces cinq perles de pluie de l’album qui se suivent et qui me touchent. En plein dans mon coeur brûlant dans un monde éternellement en hiver. « Market return » tout d’abord. Le visage renversé en arrière, les yeux humides tournés vers le ciel orageux: j’attends qu’il se mette enfin à pleuvoir, « alone by rainy afternoon » … Car la pluie lave, un court instant seulement, la peine d’un coeur qui saigne. Comme l’artwork de la pochette: des flèches rouges qui tombent au coeur de la pluie. Ces mots qui sonnent de la même manière en anglais: Rain, Pain. A 2’11 min exactement de « Market Return »: les larmes coulent sur mes joues chaque fois que j’entends la voix d’Isabelle qui monte en puissance sur ce refrain absolument entêtant. Ce morceau est tout simplement le plus beau de l’album, d’une intensité émotionnelle bluffante. Et il n’y a rien d’autre à faire… que se laisser faire. Se laisser aller et descendre encore sous les couches sous-jacentes saturées du dub nerveux d’Idem qui brasse et superpose les courants froids et chauds du trip-hop, de l’électro et du rock indus.

Des flots ondulants de pluie saline roulent sur ma peau… plus forts quand monte encore en crescendo le superbe refrain magnétique de « Wings of Joy » qui injecte de l’adrénaline pure directement en intra-veineuse. Des torrents de spleen électrique se déversent des guitares grisantes qui mettent le corps en transe. Et la voix lancinante d’Isabelle: « Come on, come on » . La forteresse n’est plus là. Et je sais que mon petit coeur n’est pas étanche et ploie sous la pression des émotions. Entraînée par les courants sous-marins, je descends toujours plus profond pour effleurer « Missed it ». Ce morceau mutant évolue du calme abyssal à la montée houleuse de lames de fond en vagues à l’âme éperdue. « And he said you missed it« . Trop tard. Le morceau s’achève sur ces mots, comme une peine incommensurable. Le rythme cardiaque ralentit, 40 bpm. Et maintenant, que reste-t-il?  « A dust in peace » et toujours cet art de faire monter la pression de plus en plus fort: 1086 bars au compteur.

30 bpm. La bradycardie est totale sur le somptueux épilogue « The gipsy trail » dernier morceau de l’album qu’il faut absolument écouter au casque dans le noir.  On est si loin dans la profondeur des eaux sombres que l’on ressent le manque d’oxygène. La température chute brutalement. 20 bpm. La voix d’Isabelle se pose sur des accords sinueux qui engourdissent le corps jusqu’aux derniers sons ataxiques qui referment l’album…15 bpm…  A 4’25min retentit un étrange bourdonnement dans mes oreilles… 10 bpm… Je n’entends plus mon coeur, je ne sens plus la douleur… Je touche les abysses… Loin, si loin… sous la thermocline.

Posté par Miss Nelson le 02/10/2011.

Ajout du 01-11-2011: l’album est en pré-écoute du 31 octobre au 6 novembre sur Mowno: http://www.mowno.com/non-classe/avant-premiere-exclusive-mowno-ecoutez-le-nouvel-album-didem-du-31-oct-au-6-nov/ 

Good side of the rain: sortie le 7 novembre 2011, en précommande ici: http://www.idem-kzfp.com/goodsideoftherain/preorder/
En concert le 22 novembre 2011 à Paris, Le Divan du Monde, avec Picore et Aucan
Lire le billet « Le retour d’Idem… »
Le site officiel d’Idem 

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High Damage = High Tone + Brain Damage en tournée dès octobre

Depuis le mois de mai qui fut un concentré intense de live (High Tone, RTSF, Kaly Live Dub et Brain Damage), rien, nada, je ne suis pas allée voir un seul concert depuis. Ce qui commence sérieusement à manquer à mes oreilles désoeuvrées. L’été hélas est là et tous ceux que je vais voir jouer en live sont pour la plupart dans les festivals en Province et/ou en tournée dans les Balkans. Je sais qu’il faut en laisser un peu aux autres pendant ces deux mois arides en mode sound off. Encore un peu de patience et le Télérama Dub Festival va revenir me chatouiller les tympans en novembre pour sa neuvième édition, ainsi que le retour d’Idem, Dr Flake et bien d’autres encore…

Et voilà que la newsletter de Jarring Effects m’annonce qu’High Tone et Brain Damage partent en tournée ensemble sous le nom de High Damage présenter leur rencontre fusionnelle sur scène avant de sortir une galette en mars 2012. High Tone avait déjà pratiqué ce rapprochement des corps impatients du dub français avec Zenzile, Improvisators Dub, Wang Lei, Kaly Live Dub, sous les noms respectifs de Zentone, Highvisators, Wangtone et Kaltone, albums tous sortis sous le label Jarring Effects. Dernièrement, Ez3kiel l’a également fait avec Hint (même label) et j’avais vu leur prestation endiablée à La Machine à Paris le 28 janvier 2011 (à lire ici). A chaque album a précédé une tournée. Si le dernier album d’High Tone, Outback, et leur prestation scénique m’ont déçue, je suis curieuse de voir en concert ce que va donner cette rencontre avec les alchimistes du son, Brain Damage.

La tournée commence en octobre à… Paris! High Damage sera 2 jours au 104 les 14 et 15 octobre. Ils parcourront ensuite la Province et reviendront faire un tour dans le 95 à Sannois pour faire l’ouverture de l’édition 2011 du Téléréma Dub Festival bien entendu.

On connait déjà le déroulement de leur prestation/création scénique de 3h30 environ composée en trois parties: Prélude: Brain Damage Dub Sessions / High Damage / Epilogue: High Tone. Le tout accompagné de vidéos, sons et jeux de lumières.

>Ajout du 20_10_2011: lire le Live Report en 3 parties du triptyque d’High Damage pour le premier live au 104 le 14 octobre 2011

>Ajout du 20_10_11: High Damage en studio: premier aperçu…

>Ajout du 04_09_2011: Martin de Brain Damage sera seul sur scène car Raphaël le bassiste part pour d’autres projets. Merci à Simon pour cette info postée dans les commentaires de ce billet.

Posté par Miss Nelson

En concert les 14 & 15 octobre 2011 au 104-Cent Quatre, à Paris. Lire le Live Report de Miss Nelson
En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
Le site officiel de High Damage
Toutes les dates parisiennes du Télérama Dub Festival 2011.
Le label Jarring Effects.

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Le retour d’Idem : nouvel album et nouvelle tournée… vivement l’automne sous la pluie

Il y a trois ans exactement, en plein été, je débarquais à Zagreb, ville de l’Est grise triste et pas belle du tout, point de départ d’une traversée de la Croatie qui finissait en Italie à Venise. On m’avait dit avant de partir: « va dans les criques où tu peux faire topless sous un soleil brûlant ». Mais bien sûr… tout à fait moi ça.

Heureusement, dès le premier soir à mon arrivée en Croatie, je marchais en grelottant dans la grisaille pluvieuse de Zagreb à la recherche du KSET où jouait ce soir-là un groupe français d’électro dub dont Télérama avait fait plusieurs fois l’éloge dans ses colonnes: Idem. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans une zone bizarre très à l’écart du centre ville au KSET, intriguée d’être là en vacances au même moment qu’eux au travail. Je n’avais jamais écouté leur musique auparavant ni vu leur fameuse boule blanche sur scène. Idem aime transformer la prestation scénique en expérience visuelle et sonore (vidéos, jeux d’ombres, photos noir & blanc rappelant l’imagerie de Bunuel…) aux frontières du surréalisme. Leur dub est parfois planant souvent très noisy. Depuis ce jour, Idem séjourne régulièrement dans mon iPod.

Idem revient donc le 7 novembre avec leur album Good side of the rain, titre qui me fait de l’oeil humide, sous le label Yotanka. On peut d’ores et déjà écouter un premier extrait en streaming « Locked in syndrom » sur leur site officiel ici qui annonce un album dans la continuité du précédent The sixth aspiration museum overview (en écoute ici).

Pour Idem, il n’y a pas d’album sans nouvelle tournée et sans nouvelle création visuelle qui l’accompagnent: son studio, design très soigné des pochettes, prestation live et jeux visuels sont les composantes essentielles des oeuvres d’Idem (c’est en cela qu’ils sont cousins d’Ez3kiel bien que leur dub délivre un son qui n’a rien à voir avec Idem, Ez3kiel fonctionne sur ce même principe artistique: il faut regarder l’oeuvre pour mieux l’entendre et en percevoir la signification). Il faut les voir sur scène pour apprécier pleinement l’album studio ensuite. Leur tournée a déjà commencé en mai dans les Balkans comme d’habitude dont le KSET. Mais j’attendrai cette fois-ci qu’ils viennent jusqu’à chez moi. Ils joueront à Paris au Divan du Monde le 22 novembre avec Aucan (dub italien) en première partie. Alors, vivement l’automne à Paris sous la pluie…
En attendant novembre, voici le teaser qui présente la nouvelle création pour patienter:

Posté par Miss Nelson

Lire la chronique de « Good side of the rain »
En concert le 22 novembre au Divan du Monde, Paris
Plus d’infos et dates de la tournée sur le site officiel d’Idem: http://www.idem-kzfp.com/goodsideoftherain/
Site du label Yotanka: http://www.yotanka.net/
Photos de Nelson du concert au KSET à Zagreb en 2008: http://web.me.com/miss.nelson/Grabuge/idemzagreb.html

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Le Potager du Rock 2/2: Brain Damage au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(Suite du billet « Le Potager du Rock au théâtre Montansier ».) Depuis quelques jours déjà, pour préparer mes oreilles, j’avais fait tourner le Short Cuts Live de Brain Damage assez souvent sur la platine et l’iPod. Je m’endormais souvent sur l’intro de « Mundhu Live » (extrait de Short Cuts Live) qui me sert de doudou, de berceuse. On m’avait conseillé de lire du Marc Lévy pour me détendre et m’endormir le sourire béat après une dure journée de labeur mais cela me provoque des symptômes radicalement opposés c’est fou, non? Revenons-en à nos moutons électriques… Je ne les avais jamais vus en concert jusqu’à ce soir-là. Ce billet est aussi l’occasion de parler de ce groupe (chez Jarring Effects, label dont je parle souvent ici) car je ne l’avais pas encore fait sur Grabuge et cela fait longtemps que je voulais parler de leur son si particulier, si personnel.

Prélude: Brain Damage, un son émotionnel à part dans la scène dub française

Originaires de St Etienne, ils ne sont que deux comme les deux hémisphères du cerveau, brain: le bassiste et l’ingénieur du son. Leur dub est à part dans la scène française, plutôt intimiste, complètement cérébral (d’où leur nom?…), parfois sombre et anxiogène comme ils le qualifient eux-même mais pas seulement, certains diront « ambient« , je dirais « émotionnel », à la fois profond et à fleur de peau, à l’opposé d’High Tone justement qui fait maintenant un dub froid depuis Outback, qui ne me touche plus. Comme quoi on ne peut pas définir ce genre de musique, on entend souvent à propos du dub-électro qu’il s’agit d’une ligne de basses avec quelques variations de samples. Un raccourci. Alors que finalement, c’est comme n’importe quel autre genre de musique, ce qu’on entend et donc l’effet que cela nous procure dépend de notre émotivité et de notre sensibilité, c’est cela qui donne vraiment la tonalité, la teinte à ce que l’on écoute, à ce que l’on perçoit. Comme pour un tableau, une sculpture, un film, un livre… C’est la charge émotionnelle de l’instant que l’on apporte à l’oeuvre que l’on regarde, que l’on écoute, que l’on ressent, qui fait que cette oeuvre prend du sens ou non pour soi, qu’elle vous « parle » ou vous indiffère. Pratiquant un dub très intimiste en studio, Brain Damage est pourtant réputé pour électriser totalement la scène quand ils jouent en live.

Le concert au théâtre Montansier, samedi 14 mai

Nous y voilà enfin… L’ingénieur sur sa machine à son à droite. Le bassiste à gauche. Au fond 5 boules blanches en forme de lampes qui me rappellent la boule blanche d’Idem (Zagreb, Idem, KSET: remember Nelson…) A deux, ils vont secouer le petit théâtre comme jamais. Les voix graves si reconnaissables et les cliquetis du son de Brain Damage font frémir les piliers de la salle et courent sur ma peau telles des ondes filantes épidermiques.

Le répertoire varie entre le dernier album Burning before Sunset (dont le titre porte toute sa signification ce soiret  Short Cuts. Pour achever le festival, Brain Damage transforme le théâtre en boîte à musique déchaînée. Leur son si intimiste sur album prend une toute autre teinte sur scène avec une rythmique plus rapide. Le public en transe ondule contre les planches de la scène: on est tous en train de « burning before sunset« . Les spots circulaires recolorent les peintures du plafond voûté. Au-dessus de moi, des gens se déhanchent dans les balcons. J’imagine le théâtre les autres soirs avec tous ces gens assis en rang d’oignon tous bien habillés, pas un qui moufte alors que cette nuit, c’est un déchaînement de sons et de lumières auquel j’assiste. Tout le monde danse les yeux clos avec un sourire planant. Hypnotisée je suis par cette ambiance électrique qui mélange cette nuit un son si électronique résolument moderne à un décor tout en retenue, si classique.

L’alchimiste du son n’a jamais les deux pieds posés en même temps sur le sol tant il bouge avec frénésie à chaque réglage. Le moindre dialogue avec le public est samplé, mixé dans sa machine et sert d’introduction à quelques morceaux. Mais le duo s’excuse et débranche tout car le théâtre doit fermer ses portes. Quelqu’un hurle dans la salle « On s’en fout, seule la musique compte ce soir ». Oui, toutes les nuits du samedi devraient être ainsi, des nuits magiques qui vous laissent en suspens au réveil à l’envers, avec cette impression d’avoir vécu ou bien fantasmé quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ordinaire. La fermeture du festival du Potager du Rock 2011 au théâtre Montansier restera une expérience sonore, visuelle, cérébrale et corporelle mémorable.

Posté par Miss Nelson

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100361
Des infos sur Brain Damage: http://www.myspace.com/braindamagedub

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High Tone et RTSF à La Clef le 6 mai 2011

Fin de semaine, dernier étage, l’ascenceur s’ouvre: je suis arrivée à St Germain en Laye. Je descends. La chaleur dégringole. Au loin, j’aperçois des terrasses de cafés branchés blindées de jeunes couples qui s’extasient derrière leurs lunettes Prada fumées. Je n’ai rien à faire là. Je me suis encore trompée d’étage. Je remonte dans l’ascenceur. Je regarde l’heure, je suis en retard. Un groom m’interpelle: « quel étage? ». Je bois mon Yop. « Boissons interdites ici, qui a écrit Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?« , « Philip K. Dick », « Ok, bonsoir Nelson. Dernier étage au sous-sol, je ne vous accompagne pas et tenez, voici la clef ». Je range la clef dans ma poche. L’ascenceur descend à vitesse grand V et s’immobilise brusquement. Les parois commencent à vibrer. Je manque d’air. J’écrase le bouton « In Case of emergency ». Une voix sans âme sort du haut-parleur « calmez-vous Nelson, vous êtes arrivée et si vous aviez un tant soit peu de jugeote, vous auriez utilisé ce qu’il y a dans votre poche ». Sous le bouton d’urgence, il y a une serrure. Je sors la clef… La salle est pleine. RTSF déjà sur scène.

Deux concerts de dub ce soir à La Clef, petite salle de concert de St Germain en Laye pas loin du château. La première partie est assurée par RTSF, très jeune groupe de dub qui a le mérite de se donner à fond sur scène pour se faire connaître et de ne pas rester caché derrière des machines. Batterie, basse, guitare, tout y est. Le groupe s’en sort plutôt très bien et tente de réveiller le public de St Germain un peu édulcoré ce soir. Tâche d’autant plus difficile quand on fait la première partie de grandes pointures du dub comme High Tone. Le dernier album des Lyonnais, Outback (toujours chez Jarring Effects) m’ayant totalement laissée de marbre car délivrant un son froid sans émotion, je suis surtout là pour écouter les précédents albums.

Hélas, en dehors de la belle prestation de « Bad Weather » (extrait d’Acid Dub Nucleik), la majorité des morceaux qui seront joués ce soir sont extraits d’Outback. Et ils confirment ma première impression d’écoute au casque. Finalement, le concert représentera parfaitement l’album: des versions live identiques sans surprises, glaciales, livrées par les membres du groupes trop statiques derrière leurs machines. Le batteur pourtant situé au centre de la scène est presque toujours plongé dans le noir, la mise en scène étant axée sur les écrans géants placés au fond de la scène où passent soit par exemple le vidéo-clip de « Spank » en intégralité, ce qui ne représente aucun intérêt en live, soit des images hypnotiques censées bercer le public. Je n’attends pas en concert de voir un vidéo clip mais de voir les musiciens communiquer l’énergie (é)mouvante qui caractérise le dub électro de certains groupes de la scène française comme Idem, Ez3kiel, Brain Damage, Kaly Live Dub et High Tone à ses débuts. Mais là rien ne passe. High Tone délivre un son métallique sans émotion aucune, qui recouvre mon corps d’une enveloppe hermétique aux sensations, m’abrutit et martèle mon coeur au point que je n’entends plus ses battements comme s’il était enfermé dans une boîte en métal. Je ressors de là inerte, je ne ressens plus rien. N’était ce pas ce que je cherchais ce soir? Mais je n’aime pas ça. Car ce n’est pas moi. High Tone, wake-up!

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson#100341
High Tone:  http://www.hightone.org/
RTSF: http://www.myspace.com/rtsfmusic
Label indépendant Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

    

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Zenzile: ciné-concert « Le Cabinet du Dr Caligari »

Après le très bel album Pawn Shop, Zenzile revient sur scène avec un projet de dub osé et différent: jouer sur scène une bande originale basée sur le Dub du film allemand expressionniste et muet Das Cabinet des Doktor Caligari de Robert Wiene (1919).

Zenzile n’a pas écouté la BO de l’époque mais a visionné en premier lieu le film dans le silence pour ne pas être influencé. A partir de là, ils ont commencé à improviser et ont réalisé ce ciné-concert actuellement en tournée.

Ils ont fait l’ouverture du Télérama Dub Festival (du 18 novembre au 4 décembre 2010) jeudi dernier au Café de la Danse à Paris. J’y ai donc assisté: c’était un très beau moment d’entendre du son de dub électro sur un film expressionniste allemand de 1919. Les musiciens de Zenzile ont joué faisant face à l’écran géant où passait le film. On a pu entendre de vibrantes envolées de dub schizophrénique surtout lors de la deuxième partie du film.

On pense bien sûr à Fritz Lang qui aurait dû au départ d’ailleurs réaliser ce film et à Idem (dub rock électro) qui lors de sa tournée dans les Balkans en 2008 (j’ai pu les voir à Zagreb au KSET: photos ici) pour présenter leur album The sixth aspiration museum overview (Jarring effects), passait des extraits de films/images en noir & blanc sur sa boule blanche fascinante…

Zenzile avec la participation de Télérama offre 4 titres en téléchargement extraits de cette bande très originale sur leur site jusqu’au 30 novembre, dépêchez-vous!: http://www.zenzile.com/drcaligari/ Pour obtenir le code, laissez-moi un commentaire et votre adresse mail.

Posté par Miss Nelson

Plus d’infos sur les dates de concert de Zenzile ici: http://www.zenzile.com/

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Kaly Live Dub: nouvel album et concert au Nouveau Casino

D’après Itunes, Kaly Live Dub est le groupe qui tourne le plus dans mes oreilles…  Peut-être parce que les sons étranges de leur dub magnétique arrivent à canaliser toutes mes émotions.

Kaly sort sous Jarring Effects (mon label favori qui n’a que du bon son: Ezekiel, Hightone, Vuneny, Idem… pour ne citer qu’eux…) son cinquième album Lightin’ the Shadows en format double: l’ombre (dub lourd électronique) et la lumière (dub plus reggae). J’avoue que ma préférence va à la première partie de l’album.

Je suis donc allée les voir au Nouveau Casino le 28 octobre 2010. Les basses étaient tellement profondes que les verres dansaient en se déplaçant sur le bar… certains tombaient au sol.

Ils ont joué une quinzaine de morceaux dont certains du très beau Répercussions. J’ai pris quelques photos et vidéos avec mon ibignou. Visiter ma galerie de photos et vidéos du concert de Kaly au Nouveau Casino le 28 octobre 2010.

Plus d’infos sur Jarring Effects

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