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Metastaz – « Encounters » : L’invitation au voyage

Il est déjà tard, je suis seule sur le quai de la gare. Je cligne des yeux pour tenter d’apercevoir quelque chose au loin mais un brouillard persistant enveloppe les voies. Je sais qu’il doit passer ce soir. J’attends l’Orient Dub Express.

Le vent se lève soudainement. A 4h10 sonnantes, le sol se met à trembler sous mes pieds. Et un bruit fracassant résonne dans toute la gare. Les freins crissent et une vapeur étrange d’ambre mêlé des senteurs des plus rares fleurs d’Orient envahit tout l’espace. L’Orient Dub Express, majestueux, apparaît enfin devant moi. Une porte s’ouvre et un homme qui porte un tee-shirt à l’envers me fait signe d’entrer dans le wagon. J’entre. La porte derrière moi se referme brusquement. Au coeur du wagon se trouve un siège rouge entouré de multiples écrans et consoles. Je m’allonge dessus et pose sur mes cheveux en fleurs le casque audio relié aux consoles que me tend l’homme au tee-shirt à l’envers: « Ferme les yeux et écoute Nelson… Enjoy ». Maintenant que je suis à bord, je sais que (re)commence ici une étrange expérience sonore… celle d’Encounters, le nouvel album de Metastaz alias Thomas Simoe, sorti le 29 octobre… « Attention aux fermetures des portes, le train va partir… »

…une étrange expérience sonore commencée il y a un an, lorsque je montai par hasard à bord de l’album Orient Dub Express et découvris le patchwork électro-dub world de Metastaz.  Combien de fois me suis-je laissé bercer par des titres comme « Orient folk », « Draw me a rainbow » ou encore l’introduction « Ghost and Assassin » ? Comme un double jeu/JE de miroirs et de résonances magnétiques, le titre qui ouvre l’album Encounters se nomme « Girl and Assassin » et je le trouve superbe, envoûtant:  on y retrouve ce savant mixage de dub et de trip-hop à consonance orientale et de samples d’extraits cinématographiques souvent inquiétants. Un mélange d’énergie, de rage et de douceur tout à la fois…


Encounters est l’oeuvre d’un orfèvre du son électro-dub hip-hop, ponctuée de quatorze chapitres qui sont avant tout des rencontres. Bien sûr, on retrouve Miscellaneous (déjà présent sur Orient Dub Express) sur trois titres hip-hop : s’éveiller sur le très vitaminé « Supah »  (titre que l’on a pu découvrir sur la compilation du FX100 de Jarring Effects, bien avant la sortie de l’album) ;  ressentir le lancinant vent du désert qui souffle sur « Hashashin »; se relaxer sur « Skreeem! » aux accents plus bristoliens. Mais d’autres rencontres se font comme Miss Mey sur l’intriguant « Vampire », Dr Israël sur le vaporeux « Babylon Surround Dem », Sir Jean du Peuple de l’Herbe sur le très électronique « Run come learn », Nastasia Paccagnini sur « Here it is » au rythme charnel des battements d’un coeur vibrant.

Encounters offre de très beaux moments de calme et de volupté avec « Prince of Persia » notamment mais aussi le japonisant « Ballet of Shadows » où l’on croirait voir tomber des pétales de fleurs de cerisiers sur un lac aux reflets roses et argentés. Alors que « Miss Fortune » s’achève, l’homme au tee-shirt à l’envers ôte avec délicatesse le casque audio de ma tête, me sourit et chuchote à mon oreille: « Il semblerait que tu aies fait un beau voyage Nelson? ». Nul doute qu’avec Encounters, Metastaz continue l’invitation au voyage sonore d’Orient Dub Express à travers la Perse-Iran, l’Inde, en passant par Babylone… en explorant encore et toujours de nouveaux espaces, en invitant de nouvelles voix, en distillant de nouveaux sons pour charmer sans cesse nos oreilles électriques jamais rassasiées.

Posté par Miss Nelson le 01/11/2012

Encounters est en téléchargement libre sur le site officiel de Metastaz: http://www.metastaz.net

L’album est en écoute intégrale ici: http://soundcloud.com/metastaz/sets/metastaz-encounters-sept2012/

Dans cette chronique se trouvent des extraits empruntés à « L’invitation au voyage » de Charles Baudelaire, (Les Fleurs du Mal).

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R;ZATZ – Cruel Summer: les délices électriques de la mélancolie

R;zatz (Céline Frezza), fabuleuse ingénieur du son du label Jarring Effects, accompagnée de Takeshi d’Asian Z (guitare), Marilou de Mensch (basse) et de Mathieu de Kaly Live Dub à la batterie (dont il est beaucoup question sur Grabuge) est de retour avec un nouvel album Cruel summer, mélange fameux d’électro, trip-hop, de basses oppressantes et d’une multitude de sons aussi étranges qu’inquiétants qui lorgnent vers Tricky, Mig, Ez3kiel, Zenzile… R;zatz y joue beaucoup avec sa voix, quand elle rappelle Jamika de Zenzile sur « Ordinary Chronicles », PJ Harvey sur « Take a pill », morceau trip-hop qui ne déplairait pas à Doctor Flake, Djazia de Mig sur « Jaws » qui sonne comme « H’djendjell », Martina Topley-Bird muse de Tricky… Tour à tour sombre, oppressant, glaçant, ensorcelant, rageur, Cruel Summer sait faire vibrer à l’unisson toutes mes humeurs radieuses et bileuses du moment… « If only you could see there’s nothing in the DARK… Ghosts you’re chasing at night, Come back to the LIGHT » (« Cruel Summer »)... Après un passage chez Doctor Flake (Flake Up) et High Damage, je retrouve avec plaisir la voix de Black Sifichi qui chante sur « Dark brown Eyes », morceau découvert sur le FX 100 de Jarring Effects sorti fin 2011.

Mais surtout, il y a « U got me » qui arrive juste après le langoureux « Take a look in the mirror » qui ouvre l’album. « U got me » est le premier extrait accompagné d’un vidéo-clip très esthétique et lynchéen: une petite fille joue seule à la marelle. Une vieille dame vient la chercher et l’emmène dans une maison délabrée où des adultes, à la recherche de la beauté éternelle, volent la jeunesse des enfants… « U got me » est un morceau qui atteint une sorte de perfection. Tous les ingrédients sont là pour me satisfaire, me plaire et me complaire dans cet état bizarre où je me sens entièrement charmée par R;zatz. Fin de journée: le soleil incendiaire décline froidement. Des frissons brûlants agitent mon corps glacé. Les premières notes effervescentes agissent rapidement sur mon métabolisme ralenti, si souvent proche de la catalepsie. « U got me » possède cette rythmique psychiatrique flippante et envoûtante. D’avant en arrière, puis de nouveau en avant, elle vous enveloppe et vous serre irrémédiablement. La petite fille ne peut pas pleurer, assise dans son lit, le coeur à l’extérieur de sa boîte, tétanisé. Elle ne peut pas crier. Le cauchemar vivant. Mes cauchemars hurlants. « One, two, three, four… can’t hear your voice in the back of the door, You got me »… Elle compte dans sa tête pour faire partir les monstres… Un, deux, trois, vois: ils ne sont plus là.  Personne alors pour s’inquiéter, venir la consoler. Alors, elle continue de compter pour tenir. C’est maintenant qu’elle pleure enfin ses nuits sans sommeil d’antan. Le coeur à l’intérieur de sa boîte, palpitant. « So sick of it living throw your eyes, I’ve been quite nice but don’t push me too far » … 

Posté par Miss Nelson le 15/04/2012

Le site officiel de R;zatz: http://www.myspace.com/rzatz
Le site de Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

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De la densité des flux magnétiques en 2012 (où il est surtout question de Motorville, groupe de l’année?)

« Cette année sera différente de la précédente. » Je dévale les marches d’un escalier. Manque de tomber. Vite avant que les larmes ne coulent. Je m’enferme, tourne le loquet. Les soubresauts arrivent comme un hoquet. Je les reconnais. J’entends des pas aller et venir. L’eau du robinet couler. Je voudrais que ça cesse ou que ça continue, je ne sais plus. Devant moi la porte fermée. Entre quatre murs je me laisse glisser. Pas de fenêtre pour s’échapper. Tout arrêter. Avant d’avoir mal. A en crever. Les cauchemars reviennent, je vois les serpents ramper sous la porte. J’entends leurs sifflements. Je me rappelle ses coups de poing dans les murs la nuit m’empêchant de dormir. Le mal au ventre à s’en plier. M’éjecter du cockpit? Je suis rivée aux commandes, paralysée. Laissez-moi descendre. Je cherche le piège qui va se refermer sur moi. Forcément il y a un truc, quelque chose qui va faire mal. Caché derrière tout ce qui est beau. Des éclats de verre se briser dans mon coeur broyé? La peur de se lâcher. De morfler. Toujours restée éveillée. La sueur perle dans mon dos, je ne peux plus bouger. Les serpents se rapprochent, m’entourent. Je crie mais aucun son ne sort. Je ne peux plus respirer. « Urgent crier »*. La porte que je croyais fermée s’ouvre brusquement: « Ce n’est qu’un cauchemar Nelson, il n’y a pas forcément de piège. Respirez. Acceptez de ressentir. Vous êtes juste en train de comprendre. Rebranchez-vous. » Comprendre quoi? Je dois remettre en marche le générateur. Rejoindre les fils conducteurs, les points de suture comme des points de suspension sur le revers de ma peau qui ponctuent le désir de vibrer encore… Je me concocte un programme pour un 2012 étrange et surprenant avant tout, pour agiter à nouveau les électrons libres qui tournoient dans mon corps.

On commence par descendre dans les salles obscures, avec le superbe et douloureux Take Shelter de Jeff Nichols (lire la chronique) que j’ai déjà visionné. Une tempête effrayante gronde sous le crâne d’un homme. Sa différence, sa maladie suscite les moqueries et l’incompréhension des autres se croyant à l’abri car « normaux ». Pourtant, elle le rendra plus fort tandis que les autres perdront pied quand la tempête deviendra réelle. Dans un tout autre registre, j’attends de voir le prochain film surréaliste de Quentin Dupieux (Mr Oizo), Wrong. J’avais particulièrement apprécié le premier déjanté, Rubber (lire la chronique). « Am I Wrong? »

On continue avec The Dark Knight Rises de Christopher Nolan que j’espère aussi noir et envoûtant que le précédent malgré la présence de Christian Bale et Marion Cotillard, Frankenweenie de Tim Burton, Holly Motors de Leos Carax, Django Unchained de Tarantino, Haywire de Soderbergh, Cosmopolis de Cronenberg…

On remonte à la surface pour aller se promener dans mon potager sonore, où l’on verra pousser encore de curieuses plantes psychédéliques cette année. Certaines sont déjà sorties de terre prêtes à être cueillies comme l’herbe magique A Matter of Time, le nouvel album du Peuple de l’Herbe paru lundi 16 janvier et qui tourne sur ma platine. Il sera suivi d’un concert le 14 mars au Bataclan: je ne les ai encore jamais vus sur scène. Puis, il sera enfin question de la sortie de l’album d’High Damage, la fusion entre High Tone et Brain Damage annoncée le 26 mars chez Jarring Effects. Après une furieuse entrée en la matière le 14 octobre au 104, la tournée reprend en 2012 avec un passage au Bataclan le 10 mai où je serai à nouveau là pour les voir. Metastaz actuellement en studio nous prépare également son nouvel album qui devrait sortir au Printemps intitulé Encounters. Il est déjà en tournée actuellement et j’espère le voir sur scène à Paris.

Enfin, et surtout, je finis sur l’événement le plus excitant de 2012: après le retour sur scène d’Earthling à La Maroquinerie en novembre 2011, j’apprends grâce à un message reçu sur last.fm que Mau, masqué, a formé, en parallèle d’Earthling, un groupe « Motorville » avec Kid Loco et DJ Seep eux aussi masqués, dont j’espère vous reparler très très vite. En attendant l’album, cinq bijoux précieux tournent déjà sur la toile sur Youtube et sont donc sur mon iPod: l’entêtant « I’m your sin », « Driving through the city », « Sweet Heart », « Birds and Bees » et « Nothing ever stays the same ». My god, le son, le rythme, sont juste fabuleux. Après la première écoute de « Driving through the city », je ne pouvais déjà plus me défaire de la mélodie et de cette voix, la voix de Mau, de « Saturated » (Humandust), qui m’est si familière…

Et croire que les choses jusqu’ici immuables peuvent enfin changer. Puisque, no no no… nothing ever stays the same. 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

La page officielle de Motorville: http://www.facebook.com/pages/Motorville-dont-give-a-shit/274544849222836?sk=
Lire la chronique du film Take Shelter
*Extrait de « Parler le fracas », A Matter of time, Le Peuple de l’herbe.
Photo: « Miss Nelson feels Music » de Miss Nelson, 2011 Tous droits réservés

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L’année électrique 2011 de Miss Nelson

Mon retour sur la toile pour commencer 2012 sera pour consacrer un billet aux courants alternatifs extatiquo-dark qui m’auront fait vibrer en 2011, année noire aux cimes vertigineuses et aux sous-sols sombres humides et vénéneux où je suis tombée en chute libre le parachute en torche. 2011, l’année où j’apprends à dire « Non ». Non à ceux et celles qui excellent dans l’art de vous faire culpabiliser pour tout et pour rien, parfois même pour être là. Fini tout ça… Toutes ces ondes électriques, ces chocs sensoriels nécessaires pour supporter les jours tristes. Ils ont été là, ils sont là, j’y viens, j’en parle.

Il y aura eu les pleurs de Cascadeur dans mon coeur, la pluie noire et lumineuse d’Idem dans mes yeux, la découverte du dub oriental onirique de l’ingénieux Metastaz, le dub-électro unique en son genre de TD+, la set-box 5+1 de Zenzile, le FX100 de Jarring Effects, le retour inespéré d’Earthling sur scène, d’autres scènes fabuleuses chargées à haute tension qui ont fait éclore les roses épineuses de mes Docs: Ez3kiel versus Hint, Doctor Flake, Polly Jean Harvey, Kaly Live Dub, Brain Damage avec et sans Raphaël, High Damage, Thiéfaine… Des claques visuelles qui auront remué la lame dans mon âme comme Animal Kingdom, Drive, Winter’s Bone, l’oeuvre calcinée de Christian Jaccard, Bart Baele le craquelé…

Et puis des pics émotionnels intenses: ma chronique de l’album d’Idem Good Side of the Rain et mon live report de leur concert au Divan du Monde le 22 novembre dans leur dossier de presse (à voir ici) ; le lien sur le site d’Universailles de mon live report du Potager du Rock à Versailles (Brain Damage et Kaly Live Dub); le record de visites jamais atteint le jour où Brain Damage a posté sur son facebook le lien vers mon live report du concert de High Damage au 104; les remerciements sur twitter de Mau pour mon live report du concert d’Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre et le lien qu’ils ont mis sur leur site officiel… (http://www.earthlingmusic.co.uk/site/?page_id=104); tous les commentaires de ceux, émus, qui ont aimé le live report de Thiéfaine à Bercy... Merci à vous d’être là aussi pour vibrer et merci à eux.


Je décerne donc les palmes électriques à:

Meilleur album :
Good side of the Rain d’Idem (lire la chronique)

Meilleur album émotionnel:
The Human Octopus de Cascadeur (lire la chronique) 

Meilleur album dub-électro:
Aliénation de TD+  (http://www.myspace.com/tdplus)

Meilleures compilations (ex-aequo):
FX 100 de Jarring Effects (http://fr.ulule.com/fx100/)
Set box 5+1 de Zenzile
(http://www.zenzile.com/)
A tribute to PJ Harvey DRY de A découvrir absolument (lire la chronique)

Meilleure bande originale:
Drive 

Meilleurs morceaux (ex-aequo):
« Good side of the rain » de l’album éponyme d’Idem (lire la chronique)
« King David » et « Smash It » de l’album Aliénation de TD+ (http://www.deezer.com/fr/music/td) 

Meilleurs concerts émotionnels (ex-aequo):
Kaly Live Dub au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)
Brain Damage au théâtre Montansier, Festival du Potager du Rock, le 14 mai 2011 (lire le live report)

Meilleur concert « come-back »que je n’attendais plus:
Earthling à La Maroquinerie le 4 novembre 2011 (lire le live report)

Meilleures rencontres fusionnelles live (ex-aequo):
Ez3kiel versus Hint, Collision Tour, à La Machine le 28 janvier 2011 (lire le live report)
High Damage (High Tone+Brain Damage), triptyque, au 104 le 14 octobre 2011
(lire le live report)

Meilleurs films (ex-aequo):
Animal Kindgdom de David Michôd (lire la chronique)
Winter’s Bone de Debra Granik  (lire la chronique)

Meilleures expos:
Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt à La Pinacothèque (lire la chronique)
Bart Baele, le Flamand craquelé, à la Galerie Polaris
(lire la chronique)
Christian Jaccard dans les collections permanentes de Beaubourg 

Meilleur roman:
Les revenants de Laura Kasischke (Christian Bourgois)

Meilleur essai:
La voie d’Edgar Morin (Fayard) 

 Meilleures BD/livres illustrés (ex-aequo):
Eco, tome 2: La bête sans visage de Guillaume Bianco (Métamorphose)
Milky de Lilidoll (Venusdea)
Réédition de Beautiful Nightmares de Nicoletta Ceccoli (Venusdea)

Meilleurs magazines (ex-aequo):
Elegy (site officiel)
Obsküre 
( site officiel) 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

Photos: Première: Théâtre Montansier à Versailles. Barb’ooz 2011. Tous droits réservés;Deuxième: Théâtre Montansier à Versailles. Miss Nelson 2011. Tous droits réservés

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »

Max Dormoy. Je sors du métro, le casque sur ma tête, le FX100 de Jarring Effects dans mes oreilles. Il fait déjà nuit. Je suis en route vers le 104 pour voir le premier concert de la tournée de High Damage, la rencontre entre Brain Damage et High Tone, qui sera également à l’affiche du Télérama Dub Festival.  J’avais posté un billet à ce sujet le 7 août (lire ici).  Je commence à réaliser seulement maintenant que je suis en train de traverser une cité l’air de rien, que je suis la seule fille qui marche dans une rue à l’atmosphère de plus en plus glauque. Je croise des bandes qui s’interpellent d’un trottoir l’autre. Allez: plus qu’un pont à traverser au-dessus de la voie ferrée et j’y suis… quoique? J’appelle Barb’ooz venu m’accompagner, seule personne de mon entourage martien qui aime aussi le dub électro, pour le prévenir que je n’atteindrai peut-être pas le bout du pont ce soir… Barb’ooz me récupère au bout du pont juste avant que je ne disparaisse dans la nuit…

On arrive au 104 que je ne connaissais pas, une fois à l’intérieur, je constate que c’est un très bel endroit où je me sens bien. On grignote un petit bout dans le restaurant-bar et comme la dernière fois au théâtre Montansier à Versailles lors du mémorable festival du Potager du Rock le 14 mai 2011, on reconnaît les basses vibrantes de Brain Damage qui viennent chatouiller nos pieds engourdis par le froid. Vite, on rentre dans la salle de concert. Un homme me tend le programme du Télérama Dub Festival: » Vous connaissez? » Euh…

Le concert est annoncé pour une durée d’environ 3 heures et il durera effectivement 3h30 sans entracte, donc c’est une véritable performance à laquelle on assiste ce soir. La rencontre est un triptyque car divisée en trois parties, trois tableaux: Brain Damage seul tout d’abord présentant les Dub Sessions, puis la rencontre avec High Damage, et enfin l’épilogue avec High Tone seul.

Brain Damage est tout de suite à droite dans l’entrée de la salle sur une scène. Le public lui fait face. Une autre scène en face tout au fond de la salle est plongée pour le moment dans le noir… Raphaël le bassiste étant parti sur un projet solo, il n’y a que Martin aux commandes des machines ce soir. J’ai dû mal à réaliser en fait que je suis vraiment juste à côté de lui, je suis contre le promontoir où il joue. Je vois le macbook, les consoles, le clavier, ce qu’il fait. Comme à son habitude, Martin ne reste jamais en place, c’est assez impressionnant de le voir faire tous ces réglages sur sa machine tandis que ses pieds bougent à un rythme effréné  !

Un homme à côté de moi hurle à l’attention de Martin : « Fais péter des trucs bizarres! ». Une grande partie du public se déhanche déjà dans la salle. Les Dub Sessions donnent un ton absolument reggae au dub joué dans cette première partie. Le son délivré n’a rien à voir avec les basses oppressantes du dernier album Burning before sunset. On est plus dans l’ambiance d’un album comme Dub 2 dub mais avec une rythmique plus accentuée et des samples plus importants et remixés.

Après une heure de prestation environ à haut voltage, Martin nous fait signe de regarder à l’autre bout de la salle en face de lui. Tout le monde se retourne. Des musiciens s’installent derrière cinq panneaux blancs. C’est High Tone qui fait face maintenant à Brain Damage, le public se retrouvant dorénavant entre les deux groupes. La deuxième scène du fond s’éclaire peu à peu. High Damage va utiliser tout l’espace de la salle du 104 pour jouer, pour la rencontre de deux groupes phares du dub français… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011: High Damage, dub alien…)

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits vidéos du concert de High Damage au 104 le 14/10/2011 (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés), c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
Toutes les dates du tour sur le site officiel de High Damage
Toutes les dates parisiennes du Télérama Dub Festival 2011.
Le label Jarring Effects.

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (1/3): Brain Damage, « Dub Sessions »)Ce soir au 104, après une heure de prestation de Brain Damage (avec seulement Martin), on assiste à la fusion entre les deux groupes de dub, High Tone et Brain Damage, qui se font face, le public entre les deux. High Tone apparaît au fond de la salle en ombres chinoises derrière cinq grands écrans-toiles, Martin en face d’eux, est toujours derrière ses machines. Les basses sortent du sols, anxiogènes, les murs de la salle du 104 tremblent, le premier concert tant attendu de la tournée d’High Damage  commence. La mise en scène avec les jeux d’ombres et de lumières, d’images et de correspondances entre les deux groupes est très subtile et réussie.

Il fait de plus en plus chaud dans la salle comble. La nuit s’annonce très longue. Et c’est tant mieux car je n’ai absolument pas envie de dormir ce soir malgré la fatigue accumulée ces cinq derniers jours et les perles de pluie persistantes  dans mes yeux. Le dub d’High Damage est parfaitement alien. Mutant et inquiétant car il empreinte les basses lourdes et les cliquetis étranges aux deux derniers albums de Brain Damage et la rythmique plus électronique et métallique d’High Tone depuis Underground Wobble et Outback. Il en résulte un dub sombre et envoûtant qui fait vibrer une à une les 33 marches de mon épine dorsale.

Après quelques morceaux mettant le public particulièrement en appétit ce soir, High Tone enlève les cinq panneaux blancs placés devant eux. Un écran géant s’allume derrière la scène. La voix qui sort alors des enceintes est si reconnaissable qu’elle est saluée par une partie du public: c’est celle de Black Sifichi qui a collaboré avec beaucoup de groupes électros et dub comme Brain Damage mais aussi Doctor Flake sur son dernier album Flake Up. Sa voix dit: « High Damage » en même temps que les mots apparaissant sur l’écran: une hypnotique hérésie hystérique traverse alors tous les corps remuants dans la salle.

J’observe le public. C’est drôle de voir tout ce mélange des genres: un homme devant moi en chemise blanche et catogan; un autre qui agite sa tête avec de longs dreadlocks qui descendent jusqu’en bas du dos. Beaucoup portent le tee-shirt avec le logo du coffret FX100 de Jarring Effects sorti fin septembre. Quant à moi, je porte un tee-shirt noir de Zenzile avec le très beau visuel de l’album Living in Monochrome, des Docs bien sûr et une fleur dans mes cheveux.

Dread ou fleur dans les cheveux, on est tous là ce soir pour vibrer au son de High Damage: le public a l’air vraiment réceptif à cette nouvelle expérience sensorielle insufflée par la rencontre des deux groupes. High Damage c’est fini. High Tone salue Martin de Brain Damage et le public. Il ne reste plus qu’à être très patients puisque l’album studio ne sortira qu’en mars 2012 après la tournée du groupe… (Lire la suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone »)

Posté par Miss Nelson le 20/10/11
(photos et vidéos Miss Nelson 2011, tous droits réservés)

Pour voir toutes les photos et extraits-vidéos du concert de High Damage c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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Le label Jarring Effects.

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High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (3/3): High Tone

(Suite du billet en 3 parties: « High Damage au 104 le 14 octobre 2011 (2/3): High Damage, dub alien). Martin de Brain Damage est parti, seule la scène du fond où se trouve High Tone est à présent éclairée. Pas d’attente, le concert d’High Tone, qui sera la troisième et dernière partie de ce concert triptyque d’High Damage au 104, commence immédiatement après la rencontre fusionnelle des deux groupes de dub High Tone et Brain Damage (voir billet précédent).

La dernière fois que j’ai vu High Tone en concert, c’était à La Clef avec RTSF le 6 mai 2011 (lire le billet du live report) et j’avais trouvé leur prestation froide et leur son trop électronique et métallique. Cela était surtout dû au fait qu’ils avaient joué une grande partie du dernier album que je boude un peu: Outback. Ce soir, ils vont jouer l’extrait « Spank » bien sûr mais vont aussi piocher dans le reste de leur répertoire dub plus éclectique (tour à tour downtempo, sombre, reggae…). De plus, ils ne sont pas du tout statiques bien au contraire, il faut dire qu’ils viennent de jouer plus d’une heure avec Brain Damage et la prestation qu’ils ont donnée ensemble de High Damage a conquis le public du 104 et on aimerait bien poursuivre l’expérience sensorielle chez nous sur la platine et au casque mais il va falloir attendre que l’hiver passe…

High Tone ouvre le bal avec une version de « Rub a Dub » remixée et absolument survitaminée qui enchante et secoue le peuple de l’herbe présent dans la salle sur des rythmes reggaes. On aura droit aussi au fameux « Bad Weather » devenu un passage indispensable de tout concert des Lyonnais. Les jeux de lumières notamment dans les teintes chaudes jaunes et rougeâtres sur la fin du concert sur la vidéo en noir et blanc d’un visage de femme en gros plan sont superbes. J’ai vraiment énormément de plaisir à les retrouver dans une telle forme, tant ils se donnent sur la scène du 104.

Le triptyque d’High Damage prend fin plus de 3h après l’apparition de Brain Damage.  Les Lyonnais et les Stéphanois ont réussi le très beau pari de leur émouvante rencontre sur scène tout d’abord. Pas de doute que l’album studio sera à la hauteur même s’il manquera toute la mise en scène visuelle très réussie qui participe fortement à l’émotion sensorielle ressentie ce soir.

Après un passage au stand de Jarring Effects, je repars avec un sweet noir Brain Damage de l’époque Spoken Dub Manifesto que beaucoup voulaient également mais il ne restait qu’une taille: « Il ne vous reste que ça comme taille, c’est du 12 ans, non? »  demande un grand gaillard à côté de moi. « C’est une taille femme » répond le vendeur, « et il n’en reste plus qu’un ». Et bien voilà, du 12 ans ça m’ira très bien, je le prends, merci et bonne nuit Jarring Effects. Je vais encore entendre des gens me dire « ça veut dire quoi ce qu’il y a d’écrit dans ton dos? » ou bien « Brain Damage? Oh, ça n’a pas l’air encore très gai tout ça ». Vouis vouis. On prend un dernier verre avec Barb’ooz et on sort du 104 où il n’y a plus grand monde désormais. Le froid s’engouffre dans ma veste et me glace jusqu’aux os. On passe devant une 206 coffre ouvert où les membres d’High Tone essaient d’engouffrer tant bien que mal tout leur matériel. Je quitte Barb’ooz et rentre chez moi. Mes voisins dorment depuis longtemps mais moi, je ne dormirai pas, pianotant sur Grabuge, les basses d’High Damage raisonnant encore dans ma petite tête tout le reste de la nuit. Quelques heures plus tard, The Owl m’appelle: « Nelson viens donc chez moi m’aider, mon iMac sous Tiger ne reconnaît pas mon iPhone 4S, je fais quoi? ». Je débarque à République les cheveux encore emmêlés d’étranges parfums, The Owl pas réveillée non plus m’ouvre la porte et me dit que mes cheveux sentent drôlement bon l’herbe rare des prairies « dubesques »: « Ce n’est rien, dis-je, je suis encore complètement highdamagisée… ». (Relire tout depuis le début… 🙂 )

Posté par Miss Nelson le 20/10/2011
(Photos et vidéos Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) 

Pour voir toutes les photos et extraits-vidéos (Miss Nelson 2011 Tous droits réservés) du concert de High Damage c’est ici: http://gallery.me.com/miss.nelson#100373

En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
Toutes les dates du tour sur le site officiel de High Damage
Toutes les dates parisiennes du Télérama Dub Festival 2011.
Le label Jarring Effects.

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High Damage = High Tone + Brain Damage en tournée dès octobre

Depuis le mois de mai qui fut un concentré intense de live (High Tone, RTSF, Kaly Live Dub et Brain Damage), rien, nada, je ne suis pas allée voir un seul concert depuis. Ce qui commence sérieusement à manquer à mes oreilles désoeuvrées. L’été hélas est là et tous ceux que je vais voir jouer en live sont pour la plupart dans les festivals en Province et/ou en tournée dans les Balkans. Je sais qu’il faut en laisser un peu aux autres pendant ces deux mois arides en mode sound off. Encore un peu de patience et le Télérama Dub Festival va revenir me chatouiller les tympans en novembre pour sa neuvième édition, ainsi que le retour d’Idem, Dr Flake et bien d’autres encore…

Et voilà que la newsletter de Jarring Effects m’annonce qu’High Tone et Brain Damage partent en tournée ensemble sous le nom de High Damage présenter leur rencontre fusionnelle sur scène avant de sortir une galette en mars 2012. High Tone avait déjà pratiqué ce rapprochement des corps impatients du dub français avec Zenzile, Improvisators Dub, Wang Lei, Kaly Live Dub, sous les noms respectifs de Zentone, Highvisators, Wangtone et Kaltone, albums tous sortis sous le label Jarring Effects. Dernièrement, Ez3kiel l’a également fait avec Hint (même label) et j’avais vu leur prestation endiablée à La Machine à Paris le 28 janvier 2011 (à lire ici). A chaque album a précédé une tournée. Si le dernier album d’High Tone, Outback, et leur prestation scénique m’ont déçue, je suis curieuse de voir en concert ce que va donner cette rencontre avec les alchimistes du son, Brain Damage.

La tournée commence en octobre à… Paris! High Damage sera 2 jours au 104 les 14 et 15 octobre. Ils parcourront ensuite la Province et reviendront faire un tour dans le 95 à Sannois pour faire l’ouverture de l’édition 2011 du Téléréma Dub Festival bien entendu.

On connait déjà le déroulement de leur prestation/création scénique de 3h30 environ composée en trois parties: Prélude: Brain Damage Dub Sessions / High Damage / Epilogue: High Tone. Le tout accompagné de vidéos, sons et jeux de lumières.

>Ajout du 20_10_2011: lire le Live Report en 3 parties du triptyque d’High Damage pour le premier live au 104 le 14 octobre 2011

>Ajout du 20_10_11: High Damage en studio: premier aperçu…

>Ajout du 04_09_2011: Martin de Brain Damage sera seul sur scène car Raphaël le bassiste part pour d’autres projets. Merci à Simon pour cette info postée dans les commentaires de ce billet.

Posté par Miss Nelson

En concert les 14 & 15 octobre 2011 au 104-Cent Quatre, à Paris. Lire le Live Report de Miss Nelson
En concert le 12 novembre 2011 au Télérama Dub Festival, salle Michel Berger, à Sannois (95). 
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Le Potager du Rock 2/2: Brain Damage au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(Suite du billet « Le Potager du Rock au théâtre Montansier ».) Depuis quelques jours déjà, pour préparer mes oreilles, j’avais fait tourner le Short Cuts Live de Brain Damage assez souvent sur la platine et l’iPod. Je m’endormais souvent sur l’intro de « Mundhu Live » (extrait de Short Cuts Live) qui me sert de doudou, de berceuse. On m’avait conseillé de lire du Marc Lévy pour me détendre et m’endormir le sourire béat après une dure journée de labeur mais cela me provoque des symptômes radicalement opposés c’est fou, non? Revenons-en à nos moutons électriques… Je ne les avais jamais vus en concert jusqu’à ce soir-là. Ce billet est aussi l’occasion de parler de ce groupe (chez Jarring Effects, label dont je parle souvent ici) car je ne l’avais pas encore fait sur Grabuge et cela fait longtemps que je voulais parler de leur son si particulier, si personnel.

Prélude: Brain Damage, un son émotionnel à part dans la scène dub française

Originaires de St Etienne, ils ne sont que deux comme les deux hémisphères du cerveau, brain: le bassiste et l’ingénieur du son. Leur dub est à part dans la scène française, plutôt intimiste, complètement cérébral (d’où leur nom?…), parfois sombre et anxiogène comme ils le qualifient eux-même mais pas seulement, certains diront « ambient« , je dirais « émotionnel », à la fois profond et à fleur de peau, à l’opposé d’High Tone justement qui fait maintenant un dub froid depuis Outback, qui ne me touche plus. Comme quoi on ne peut pas définir ce genre de musique, on entend souvent à propos du dub-électro qu’il s’agit d’une ligne de basses avec quelques variations de samples. Un raccourci. Alors que finalement, c’est comme n’importe quel autre genre de musique, ce qu’on entend et donc l’effet que cela nous procure dépend de notre émotivité et de notre sensibilité, c’est cela qui donne vraiment la tonalité, la teinte à ce que l’on écoute, à ce que l’on perçoit. Comme pour un tableau, une sculpture, un film, un livre… C’est la charge émotionnelle de l’instant que l’on apporte à l’oeuvre que l’on regarde, que l’on écoute, que l’on ressent, qui fait que cette oeuvre prend du sens ou non pour soi, qu’elle vous « parle » ou vous indiffère. Pratiquant un dub très intimiste en studio, Brain Damage est pourtant réputé pour électriser totalement la scène quand ils jouent en live.

Le concert au théâtre Montansier, samedi 14 mai

Nous y voilà enfin… L’ingénieur sur sa machine à son à droite. Le bassiste à gauche. Au fond 5 boules blanches en forme de lampes qui me rappellent la boule blanche d’Idem (Zagreb, Idem, KSET: remember Nelson…) A deux, ils vont secouer le petit théâtre comme jamais. Les voix graves si reconnaissables et les cliquetis du son de Brain Damage font frémir les piliers de la salle et courent sur ma peau telles des ondes filantes épidermiques.

Le répertoire varie entre le dernier album Burning before Sunset (dont le titre porte toute sa signification ce soiret  Short Cuts. Pour achever le festival, Brain Damage transforme le théâtre en boîte à musique déchaînée. Leur son si intimiste sur album prend une toute autre teinte sur scène avec une rythmique plus rapide. Le public en transe ondule contre les planches de la scène: on est tous en train de « burning before sunset« . Les spots circulaires recolorent les peintures du plafond voûté. Au-dessus de moi, des gens se déhanchent dans les balcons. J’imagine le théâtre les autres soirs avec tous ces gens assis en rang d’oignon tous bien habillés, pas un qui moufte alors que cette nuit, c’est un déchaînement de sons et de lumières auquel j’assiste. Tout le monde danse les yeux clos avec un sourire planant. Hypnotisée je suis par cette ambiance électrique qui mélange cette nuit un son si électronique résolument moderne à un décor tout en retenue, si classique.

L’alchimiste du son n’a jamais les deux pieds posés en même temps sur le sol tant il bouge avec frénésie à chaque réglage. Le moindre dialogue avec le public est samplé, mixé dans sa machine et sert d’introduction à quelques morceaux. Mais le duo s’excuse et débranche tout car le théâtre doit fermer ses portes. Quelqu’un hurle dans la salle « On s’en fout, seule la musique compte ce soir ». Oui, toutes les nuits du samedi devraient être ainsi, des nuits magiques qui vous laissent en suspens au réveil à l’envers, avec cette impression d’avoir vécu ou bien fantasmé quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ordinaire. La fermeture du festival du Potager du Rock 2011 au théâtre Montansier restera une expérience sonore, visuelle, cérébrale et corporelle mémorable.

Posté par Miss Nelson

Voir les photos et vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100361
Des infos sur Brain Damage: http://www.myspace.com/braindamagedub

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Le Potager du Rock 1/2: Kaly Live Dub au théâtre Montansier le 14 mai 2011

(suite du billet « Mon petit potager sonore »). Samedi 14 mai. Je cours à perdre haleine sur les trottoirs pavés direction le théâtre Montansier pour assister à la clôture du festival du Potager du rock (7-14 mai 2011). Il fait déjà nuit. Les étoiles tombent sur Versailles et dans mes yeux car le décor qui m’entoure est superbe. Je ne suis pas dans une salle de concert ordinaire. Le plafond voûté est recouvert de peintures. En son centre, un immense lustre repose comme un encensoir et éclaire la salle du théâtre, des balcons, à l’orchestre, à la scène où Kaly Live Dub installe son gros matériel. Tous les sièges sont remontés et la majorité du public est debout dans l’orchestre contre la scène. On a tous un sourire de gosse aux lèvres.

Le lustre s’éteint et le théâtre est plongé dans le noir. Des loops ondoyants sortent alors de l’antre du théâtre et s’enroulent autour de nos corps impatients. Les cinq membres de Kaly sont sur scène, et la pomme du mac qui surplombe les machines, de nouveau, luit entre les colonnes du théâtre.

Heureuse de les retrouver après leur prestation dans la toute petite salle du Nouveau Casino le 28 octobre 2010 (lire le billet). Depuis, je trimballe Kaly un peu n’importe où dans mon iPod en écoute le soir surtout les jours d’orage lorsque le ciel vire aux couleurs de Turner. C’est ce que j’aime lors des Live: c’est comme si je posais mon iPod sur la scène et que le son s’en échappait par la prise jack pour prendre forme le temps d’une nuit, transformant la prestation scénique en fantasme réel ou en réalité augmentée devant moi.

Par rapport au Nouveau Casino, le changement de décor est radical et le son n’a rien à voir non plus: moins fort, il bénéficie d’une résonance acoustique quasi-parfaite dans ce théâtre: on perçoit toutes les boucles et patchworks de sons habituellement perceptibles qu’au casque. Kaly pioche un peu partout dans son répertoire: Lightin’ the Shadows, le dernier album bien sûr mais aussi Fragments, notamment « Cross Ruling » où l’on m’explique que la bande son provient de Full Metal Jacket (encore appris quelque chose ce soir!), et le déjanté « See no sens » où je vois derrière moi des coulées de lumière bleue ruisseler le long des balcons du théâtre et sur les visages éblouis d’un public en lévitation…

Kaly embrase nos corps et le théâtre tout entier. Mais le temps est compté car nous sommes à un festival et le groupe lyonnais doit laisser place à ceux que je n’ai encore jamais vus en live et qui pratiquent un dub-électro unique très personnel et comme son nom l’indique absolument cérébral: j’ai nommé Brain Damage…

A l’entracte, je visite les alentours de la salle et me perds dans le dédale de couloirs rouges et sombres qui me semblent sans fin où sont exposés des mannequins en costumes de théâtre, j’ai l’impression qu’ils prennent vie devant moi comme dans une scène de David Lynch. Mon téléphone sonne, je frissonne: « T’es passée où bon sang?! Brain Damage vient de commencer! » Je sens les basses qui font craquer le parquet sous mes pieds. Je reconnais l’introduction lancinante d’un morceau du dernier album Burning before Sunset. Il n’y pas pas de doute, les deux moitiés du cerveau de Brain Damage sont sur scène là, juste derrière la porte… Re-play. Re-ssentir. Encore et encore. C’est ce que j’aime. Je pousse la porte… Lire la suite.

Voir les photos et vidéos du concert au théâtre de Montansier: http://gallery.me.com/miss.nelson#100359
Des infos sur Kaly Live Dub: http://www.myspace.com/kalylivedub
Label indépendant Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/ 

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