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Le papier à l’oeuvre au musée du Louvre

L’affiche dans le métro et le titre de cette exposition me faisaient de l’oeil depuis quelques semaines. Je profite donc d’une nocturne et surtout des vacances des Parisiens tous partis à la plage, pour aller voir l’exposition Le papier à l’oeuvre visible jusqu’au 5 septembre au Louvre dans l’aile Sully en association avec Canson répartie en différents thèmes dont le papier et la couleur, les papiers assemblés, les papiers fortuits, les papiers magnifiés et martyrisés…

On peut y admirer des collages, jeux de transparences sur calques, découpages, superpositions de matières et encres en tout genre qui imbibent, incrustent, malmènent la matière première qu’est le papier, traversant les ans du XVIe à aujourd’hui.

Gribouillages à la sauvette sur des couvertures de livre ou cartes à jouer. Papier laqué rose pour Degas qui y dessine ses danseuses de dos. Silhouettes découpées par Oberlin et recollées pour un jeu de noir & blanc, recto/verso (cf l’affiche de l’expo). Volets collés et découpés sur un dessin s’ouvrant ainsi sur une scène différente de la première. Mais aussi l’autoportrait de Baudelaire avec ses annotations que j’ai enfin pu voir et sonder, mes yeux longtemps plantés dans son regard fiévreux.

Découpages gouachés punaisés de Matisse, assemblages de différents papiers chez Braque et Picasso. Papier arraché, griffé, tailladé, troué par les termites chez Barcelo, empreint de rouille, tressé, brûlé et consumé par les flammèches revêches de Jaccard.

J’ai envie ici d’évoquer Christian Jaccard, ce plasticien pyronaute que je retrouve par un beau hasard une semaine après l’avoir découvert à Beaubourg (un grand merci à Lennso) dans les collections permanentes. Je me suis laissé embraser par la puissance poétique et organique de ses immenses toiles vibrantes de rouge, blanc et noir, toutes intensément marquées et décolorées par les traces des flammes qui déversent des cendres palpitantes dans mon coeur encore incandescent.

Je quitte cette très belle exposition et regarde, en sortant de la salle, par les fenêtres, le soleil descendre sur les toits du bâtiment. Je traverse la salle des peintures italiennes. Des touristes asiatiques fatigués ont la bouche ouverte et le regard tourné vers La Joconde imperturbable derrière sa paroi de verre. Je n’entends pas ce qu’ils disent car la musique sombre et enivrante de Brain Damage enveloppe tout mon être. Je peux contempler tranquillement La Belle Ferronnière avant de continuer ma balade du vendredi soir dans les couloirs majestueux du Louvre. Mes pas effleurent le vieux parquet tandis que je contemple les colonnes et les hauts plafonds peints. Je voudrais être seule ici ce soir et parcourir tous les couloirs et escaliers à la lumière de la lune tant je me sens liée à ces lieux mystérieux. Et c’est à ce moment-là que je pense, comme une évidence, que je sais…  que je dois retourner vivre à Paris.

Posté par Miss Nelson

« Le papier à l’oeuvre » du 9 juin au 5 septembre 2011 au musée du Louvre, Paris. Plus d’infos sur l’exposition ici.

Les toiles du diptyque « Minuit, Minuit et quart » (combustions gel thermique) de Christian Jaccard sont visibles dans les Collections permanentes de Beaubourg, Paris.
A lire: Conversations de Christian Jaccard aux Editions Les Beaux-Arts de Paris, janvier 2011
Voir Christian Jaccard à l’oeuvre:

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Le film du mois de mai: Minuit à Paris

Des deux films vus en mai, La Défense Lincoln de Brad Furman et Minuit à Paris de Woody Allen, c’est du deuxième dont je vais parler aujourd’hui. Un américain, Gil (Owen Wilson), part préparer ses noces à Paris avec sa belle famille. Accessoirement, il est aussi un romancier qui attend de cette grande ville culturelle qu’elle lui donne l’inspiration que son pays natal ne saurait lui insuffler. Sa future femme passe ses journées à se pomponner et à dépenser l’argent de ses parents dans les grandes boutiques des Champs-Elysées. Le soir, ils se retrouvent pour dîner tous ensemble au restaurant très chic de l’hôtel en critiquant cette ville asphyxiée par son trafic, voyez-vous ça, et en se plaignant de la météo locale: car il pleut très souvent, c’est un comble. Or ce que Gil aime par-dessus tout, c’est marcher dans Paris sous la pluie sans parapluie, ce qui me rappelle quelqu’un… oui, puisque c’est sous la pluie que je préfère Paris surtout la nuit car les lumières de la ville se reflètent sur les pavés trempés et sur la Seine ce qui a l’agréable tendance de troubler ma vue et laisser gambader mon imagination. La vue de Gil semble se troubler également sous les coups de minuit où, chaque soir, une vieille guimbarde Peugeot vient le chercher et l’emmène passer des heures jusqu’à l’aube dans le vieux Paris. Chaque nuit est un voyage romantique dans le temps où il discute entre autres avec Fitzgerald, Dali, Picasso, Toulouse-Lautrec, Bunuel…  Il rencontre un modèle de Picasso (Marion Cotillard), mal à l’aise dans son époque elle-aussi, puisqu’elle aimerait vivre à La Belle Epoque.

Filmer ce retour dans le passé, réel ou fantasmé, n’est finalement qu’une façon pour Woody Allen de montrer que son personnage rêve de vivre une autre vie que la sienne dans laquelle il se sent inadapté, décalé, à l’étroit. La conclusion de l’histoire étant qu’il n’a pas besoin d’aller si loin en arrière pour trouver ce qu’il a en fait sous le nez aujourd’hui: un bout de femme bien réelle (Léa Seydoux), croisée à un marché aux puces, qui vend des vieux 45 et 33 tours et qui surtout a une particularité… elle aime les choses simples comme sentir la pluie couler sur ses cheveux et sur sa peau… Evidemment, on pourra trouver la future mariée et la belle famille caricaturales et l’histoire bon enfant mais on se laisse aller avec plaisir à suivre Gil dans ses balades nocturnes. D’autant qu’Owen Wilson sort ici de son rôle habituel de comique poussif, tendance très lourd, de ces derniers films, en étant très convaincant en rêveur romantique et passionné qui aime se laisser surprendre.

Posté par Miss Nelson

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