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De la densité des flux magnétiques en 2012 (où il est surtout question de Motorville, groupe de l’année?)

« Cette année sera différente de la précédente. » Je dévale les marches d’un escalier. Manque de tomber. Vite avant que les larmes ne coulent. Je m’enferme, tourne le loquet. Les soubresauts arrivent comme un hoquet. Je les reconnais. J’entends des pas aller et venir. L’eau du robinet couler. Je voudrais que ça cesse ou que ça continue, je ne sais plus. Devant moi la porte fermée. Entre quatre murs je me laisse glisser. Pas de fenêtre pour s’échapper. Tout arrêter. Avant d’avoir mal. A en crever. Les cauchemars reviennent, je vois les serpents ramper sous la porte. J’entends leurs sifflements. Je me rappelle ses coups de poing dans les murs la nuit m’empêchant de dormir. Le mal au ventre à s’en plier. M’éjecter du cockpit? Je suis rivée aux commandes, paralysée. Laissez-moi descendre. Je cherche le piège qui va se refermer sur moi. Forcément il y a un truc, quelque chose qui va faire mal. Caché derrière tout ce qui est beau. Des éclats de verre se briser dans mon coeur broyé? La peur de se lâcher. De morfler. Toujours restée éveillée. La sueur perle dans mon dos, je ne peux plus bouger. Les serpents se rapprochent, m’entourent. Je crie mais aucun son ne sort. Je ne peux plus respirer. « Urgent crier »*. La porte que je croyais fermée s’ouvre brusquement: « Ce n’est qu’un cauchemar Nelson, il n’y a pas forcément de piège. Respirez. Acceptez de ressentir. Vous êtes juste en train de comprendre. Rebranchez-vous. » Comprendre quoi? Je dois remettre en marche le générateur. Rejoindre les fils conducteurs, les points de suture comme des points de suspension sur le revers de ma peau qui ponctuent le désir de vibrer encore… Je me concocte un programme pour un 2012 étrange et surprenant avant tout, pour agiter à nouveau les électrons libres qui tournoient dans mon corps.

On commence par descendre dans les salles obscures, avec le superbe et douloureux Take Shelter de Jeff Nichols (lire la chronique) que j’ai déjà visionné. Une tempête effrayante gronde sous le crâne d’un homme. Sa différence, sa maladie suscite les moqueries et l’incompréhension des autres se croyant à l’abri car « normaux ». Pourtant, elle le rendra plus fort tandis que les autres perdront pied quand la tempête deviendra réelle. Dans un tout autre registre, j’attends de voir le prochain film surréaliste de Quentin Dupieux (Mr Oizo), Wrong. J’avais particulièrement apprécié le premier déjanté, Rubber (lire la chronique). « Am I Wrong? »

On continue avec The Dark Knight Rises de Christopher Nolan que j’espère aussi noir et envoûtant que le précédent malgré la présence de Christian Bale et Marion Cotillard, Frankenweenie de Tim Burton, Holly Motors de Leos Carax, Django Unchained de Tarantino, Haywire de Soderbergh, Cosmopolis de Cronenberg…

On remonte à la surface pour aller se promener dans mon potager sonore, où l’on verra pousser encore de curieuses plantes psychédéliques cette année. Certaines sont déjà sorties de terre prêtes à être cueillies comme l’herbe magique A Matter of Time, le nouvel album du Peuple de l’Herbe paru lundi 16 janvier et qui tourne sur ma platine. Il sera suivi d’un concert le 14 mars au Bataclan: je ne les ai encore jamais vus sur scène. Puis, il sera enfin question de la sortie de l’album d’High Damage, la fusion entre High Tone et Brain Damage annoncée le 26 mars chez Jarring Effects. Après une furieuse entrée en la matière le 14 octobre au 104, la tournée reprend en 2012 avec un passage au Bataclan le 10 mai où je serai à nouveau là pour les voir. Metastaz actuellement en studio nous prépare également son nouvel album qui devrait sortir au Printemps intitulé Encounters. Il est déjà en tournée actuellement et j’espère le voir sur scène à Paris.

Enfin, et surtout, je finis sur l’événement le plus excitant de 2012: après le retour sur scène d’Earthling à La Maroquinerie en novembre 2011, j’apprends grâce à un message reçu sur last.fm que Mau, masqué, a formé, en parallèle d’Earthling, un groupe « Motorville » avec Kid Loco et DJ Seep eux aussi masqués, dont j’espère vous reparler très très vite. En attendant l’album, cinq bijoux précieux tournent déjà sur la toile sur Youtube et sont donc sur mon iPod: l’entêtant « I’m your sin », « Driving through the city », « Sweet Heart », « Birds and Bees » et « Nothing ever stays the same ». My god, le son, le rythme, sont juste fabuleux. Après la première écoute de « Driving through the city », je ne pouvais déjà plus me défaire de la mélodie et de cette voix, la voix de Mau, de « Saturated » (Humandust), qui m’est si familière…

Et croire que les choses jusqu’ici immuables peuvent enfin changer. Puisque, no no no… nothing ever stays the same. 

Posté par Miss Nelson le 22/01/2012

La page officielle de Motorville: http://www.facebook.com/pages/Motorville-dont-give-a-shit/274544849222836?sk=
Lire la chronique du film Take Shelter
*Extrait de « Parler le fracas », A Matter of time, Le Peuple de l’herbe.
Photo: « Miss Nelson feels Music » de Miss Nelson, 2011 Tous droits réservés

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Les films du mois de novembre… Rubber et Le braqueur

De tous les films vus en novembre (Biutiful, Fair Game, Very bad cops, Potiche, Buried, Rubber, La famille Jones, Le braqueur, Red), les deux qui sortent du lot sont Rubber et Le braqueur. C’est un hasard d’avoir apprécié ces deux films mais en VO, les titres sont phonétiquement étrangement très proches: Rubber & Der Raüber.

Rubber, est un film qui écrase tous les autres petits mouchoirs prétentieux à l’affiche automnale. Film d’épouvante français réalisé par Quentin Dupieux alias Mr Oizo (souvenez-vous de la petite marionnette jaune pour son morceau « Flat Beat« …), Rubber est un ovni caoutchouteux dé(janté) filmé avec un reflex numérique pour simple crique.

De quoi diable parle Rubber? C’est l’histoire surréaliste d’un pneu serial killer (« un quoi? ») qui tue par la pensée en faisant exploser la tête de ses victimes et qui tombe amoureux. Si si.  Un film dans un film puisque cette histoire loufoque et radiale est regardée et commentée par des spectateurs qui donnent vie au film par leur simple présence qui permet de régler la pression. Pour mettre fin à la mortelle randonnée pneumatique de Rubber, il faut tuer le spectateur. La bande originale excellente et enjoliveuse a été faite aussi par Quentin Dupieux avec un membre de Justice.

Ex-aequo: Le braqueur, la dernière course est un film allemand de Benjamin Heisenberg avec un Andreas Lust extraordinaire tout entier dans son rôle dévoué à ce marathon. Un homme ancien braqueur sort de prison. Une seule chose semble le passionner: la course à pied. Il court sans cesse, remporte même un prix au marathon de Vienne. Le marathon comme rédemption se dit-on. Mais non, c’est ce qui lui permet de braquer des banques les unes après les autres en une course minutée, maîtrisée impeccablement.

Qu’importe finalement que le film s’inspire d’un fait divers des années 80. Il faut voir son corps comme affûté pour la course, pour le braquage. Le challenge est toujours plus fort, toujours plus haut, les muscles toujours tendus comme un arc. Il dépasse ses limites, parfois son corps s’arc-boute et s’effondre à l’arrivée, comme vidé. Mais cela ne suffit pas, le plus grand des efforts ne calme pas la rage en lui, ne laisse place à aucun sentiment, aucune empathie, il peut tuer de sang froid. Ce n’est que lors du dernier souffle dans cet émouvant relâchement des muscles qu’il ressent des sentiments d’amour pour quelqu’un comme si finalement la course, l’adrénaline lui avaient jusqu’alors servi à contenir ses émotions.

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