Trois jours avec Bénédicte Le lay

J’ai passé trois jours intenses avec 12 personnes venues faire la même formation que moi: « S’entraîner à la prise de parole en public ». Douze personnes inconnues pour moi. Notre formatrice: Bénédicte Le Lay. Pendant trois longs jours, Bénédicte nous a poussés dans nos retranchements, nous a aidés à vaincre le malaise, la trouille de parler devant des personnes inconnues, la suée dans le dos qui nous paralyse, à calmer le coeur qui s’emballe tout à coup, à contrôler les torrents d’émotions qui veulent prendre le dessus sur la maîtrise de soi, sur la VOIX. Elle nous a appris a poser notre voix si haut que parler tout à coup inspire le respect, l’attention.

Jeux de mains, jeux de voix. Regarder loin devant soi. Sentir son corps. Savoir respirer au lieu de bafouiller. Ecouter le silence. Improviser sur un sujet, être incapable de parler en voyant affolée le sujet, quand tout s’embrouille dans ma tête et pourtant entendre des mots qui sortent de ma bouche! Ne pas se reconnaître, se révéler par les autres. Réciter du La Fontaine avec colère, hystérie, épuisement, exaspération, enchantée de regarder les autres improviser, trembler, sortir le meilleur d’eux-mêmes que, jusqu’ici, ils dissimulaient par peur, par timidité…

Bosser sur un sujet tiré au sort, élaborer un plan et laisser tomber juste avant de parler devant les autres: improviser 6 minutes sur un tout autre thème qui me tient à coeur et faire rire les autres, les toucher, voir leurs émotions perler au bout de mes mots. Et t’entendre Bénédicte pendant trois jours me dire « Merci, c’est bien!, encore…, vas-y!, c’est super! » dans un monde où les gens ne prennent plus le temps de vous le dire par lassitude ou par manque de temps, ça regonfle à bloc. Et voir sur ton visage ton émotion si palpable à la fin en nous écoutant les uns après les autres débriefer sur ces trois jours devant toi: un moment intense. Merci à toi.

Le dernier jour, chacun d’entre nous devait écrire sur un post-it ce qu’il avait pensé de la prestation des autres. Garder avec moi ces treize mots de tendre sincérité (dont celui de Bénédicte), c’est juste énorme!! A chaque moment de faiblesse, je lirai quelques-uns de vos mots, chers inconnus, qui ont croisé et marqué ma route: « sincérité », « humour, » « tu as une véritable présence », « tu as le talent d’une actrice », « on ne vit pas ton stress », « tu as une très belle personnalité, « tu devrais faire du théâtre, tu en as le potentiel », « garde confiance en toi », « on pourrait t’écouter des heures », « ne change rien »… Belle revanche quand on pense qu’une mère est capable d’avoir honte de son propre enfant simplement parce qu’il est timide.

Bénédicte Le Lay en plus de faire des formations sur la prise de parole en public est comédienne de théâtre. Elle coache aussi des artistes pour la scène. Elle a notamment beaucoup travaillé avec Majiker. On peut la voir dans le clip « Flesh and Bones ». Elle l’a d’ailleurs accompagné en tournée.

Posté par Miss Nelson le 23 novembre 2013

>Bénédicte Le Lay joue actuellement dans sa pièce « Si Camille avait dansé »: voir les dates.

>Elle coache des artistes pour la scène: Coach me up

>Son site web: http://www.benedictelelay.com/ et  Son profil Facebook

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UTOPIA, la nouvelle série anglaise déviante: « Where is Jessica Hyde? »

Utopia Channel 4 serieJe dévore tellement de séries depuis quelques temps que j’en oublie d’écrire. Il fallait pourtant que je parle des dernières que je viens de visionner. Il y’a la décevante The Following, la grande House of Cards de David Fincher avec Kevin Spacey qui méritait forcément toute mon attention mais aussi et surtout UTOPIA, une série made in UK réalisée par Marc Munden lancée le 15 janvier 2013 sur Channel 4 dont je vais parler aujourd’hui. Il s’agit de six épisodes d’une heure chacun que j’ai savourés dans le noir, à l’heure du thé, au coeur de la nuit, en fin de journée. Six épisodes dans lesquels mon stress de journées délirantes sous haute-pression se dissipait le temps d’un chapitre dans les méandres de cette nouvelle série électrique complètement barrée, dark et déviante qui mérite donc sa place dans les colonnes de Grabuge. Tous les ingrédients électriques sont là pour faire une bonne recette qui prend très très vite au point de vous rendre addict. Tout d’abord, une bande originale électro-dark à la fois étrangement dansante et oppressante; des couleurs très vives et froides avec une prédisposition pour des verts, des bleus et des jaunes très intenses, crus; les paysages verdoyants, humides et désespérés que j’aime tant des côtes anglaises frappées par l’océan;

des personnages tous complètement décalés, frappés, paranoïaques aigus, à tendance spooky. Le renard Mulder n’est pas loin: en hommage à X-Files, Wilson, sorte de cousin des trois bandits solitaires, possède une affiche chez lui de « I believe »  et passe plus son temps à gommer ses traces dans ce monde qu’à y vivre. Des personnages qui n’hésitent pas à se déguiser en lapin, comme un clin d’oeil à l’univers de David Lynch. On croise aussi deux tueurs implacables, effrayants parce que ressemblant aux agneaux innocents de Funny Games, qui flinguent sans émotion aucune et pratiquent la torture en détail avec quelques variations selon la situation: une bonbonne de gaz au Comic Store, un flingue ou une simple cuillère dans le sous-sol de Wilson, et qui ne se séparent jamais de leur gros sac jaune citron comme l’affiche de la série. Enfin, l’art graphique est l’ingrédient principal: en effet, Utopia n’est autre qu’une bande dessinée créée par un génie scientifique visionnaire et tortionnaire, sorte de Dr Jekyll qui a une fille: Jessica… Hyde bien sûr.

Jessica Hyde

Grant

Mais de quoi diable parle cet ovni venu d’outre-manche? Cinq personnes dont un petit garçon, Grant, entrent en contact à propos d’une bande dessinée, Utopia, que l’un d’eux possède. Ce dernier ne verra jamais les quatre autres. Network, une société mystérieuse et meurtrière fera tout pour récupérer les planches d’Utopia car il semble que les dessins révèlent un mystérieux secret, des réponses à plusieurs questions, une vision très noire de notre avenir sur cette planète. Deux employés de Network (les cousins de Funny Games) affublés du fameux sac jaune vont les traquer, les torturer sans répit: l’un deux parle peu et ne ne sait poser qu’une seule question lors des premiers épisodes dont la célèbre : « Where is Jessica Hyde? ».

Where is Jessica Hyde?

Les cinq n’ont plus qu’un seul choix: fuir avec les planches de la bande dessinée. Ils découvrent peu à peu qu’elle décrit des événements qui se sont réellement passés, des expériences sur des humains mais dans quel but? C’est alors qu’apparaît Jessica Hyde, fille de l’auteur d’Utopia, femme enfant avec une voix de souris, véritable personnage de bande dessinée, qui vient récupérer l’oeuvre de son père et tuer celui qui est à la tête de Network: le fameux Mr Rabbit.

A chaque épisode, la paranoïa monte cruellement de plusieurs crans, les dialogues (à voir en VO absolument), les scènes de tuerie et de torture sont très violentes mais en même temps complètement décalées: il se passe toujours quelque chose qui vient contrecarrer la situation. Pourquoi Network fait croire au retour de la grippe russe pour vacciner la population anglaise? Est-ce pour inoculer quelque chose aux gens? Dans quel but? Le père de Jessica Hyde lui a-t-il fait subir ses expériences digne d’un Docteur Moreau? Et surtout, qui est Mr Rabbit? Six épisodes qui, jusqu’à la retournante dernière scène, ne vous lâcheront pas. Ce qui est sûr, c’est que vous ne verrez plus des choses jusqu’ici simples de la même façon: un magasin de bande dessinée, un sachet de bonbons, un post-it jaune, un sac jaune et une petite cuillère.

Posté par Miss Nelson le 24/02/2013

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Metastaz – « Encounters » : L’invitation au voyage

Il est déjà tard, je suis seule sur le quai de la gare. Je cligne des yeux pour tenter d’apercevoir quelque chose au loin mais un brouillard persistant enveloppe les voies. Je sais qu’il doit passer ce soir. J’attends l’Orient Dub Express.

Le vent se lève soudainement. A 4h10 sonnantes, le sol se met à trembler sous mes pieds. Et un bruit fracassant résonne dans toute la gare. Les freins crissent et une vapeur étrange d’ambre mêlé des senteurs des plus rares fleurs d’Orient envahit tout l’espace. L’Orient Dub Express, majestueux, apparaît enfin devant moi. Une porte s’ouvre et un homme qui porte un tee-shirt à l’envers me fait signe d’entrer dans le wagon. J’entre. La porte derrière moi se referme brusquement. Au coeur du wagon se trouve un siège rouge entouré de multiples écrans et consoles. Je m’allonge dessus et pose sur mes cheveux en fleurs le casque audio relié aux consoles que me tend l’homme au tee-shirt à l’envers: « Ferme les yeux et écoute Nelson… Enjoy ». Maintenant que je suis à bord, je sais que (re)commence ici une étrange expérience sonore… celle d’Encounters, le nouvel album de Metastaz alias Thomas Simoe, sorti le 29 octobre… « Attention aux fermetures des portes, le train va partir… »

…une étrange expérience sonore commencée il y a un an, lorsque je montai par hasard à bord de l’album Orient Dub Express et découvris le patchwork électro-dub world de Metastaz.  Combien de fois me suis-je laissé bercer par des titres comme « Orient folk », « Draw me a rainbow » ou encore l’introduction « Ghost and Assassin » ? Comme un double jeu/JE de miroirs et de résonances magnétiques, le titre qui ouvre l’album Encounters se nomme « Girl and Assassin » et je le trouve superbe, envoûtant:  on y retrouve ce savant mixage de dub et de trip-hop à consonance orientale et de samples d’extraits cinématographiques souvent inquiétants. Un mélange d’énergie, de rage et de douceur tout à la fois…


Encounters est l’oeuvre d’un orfèvre du son électro-dub hip-hop, ponctuée de quatorze chapitres qui sont avant tout des rencontres. Bien sûr, on retrouve Miscellaneous (déjà présent sur Orient Dub Express) sur trois titres hip-hop : s’éveiller sur le très vitaminé « Supah »  (titre que l’on a pu découvrir sur la compilation du FX100 de Jarring Effects, bien avant la sortie de l’album) ;  ressentir le lancinant vent du désert qui souffle sur « Hashashin »; se relaxer sur « Skreeem! » aux accents plus bristoliens. Mais d’autres rencontres se font comme Miss Mey sur l’intriguant « Vampire », Dr Israël sur le vaporeux « Babylon Surround Dem », Sir Jean du Peuple de l’Herbe sur le très électronique « Run come learn », Nastasia Paccagnini sur « Here it is » au rythme charnel des battements d’un coeur vibrant.

Encounters offre de très beaux moments de calme et de volupté avec « Prince of Persia » notamment mais aussi le japonisant « Ballet of Shadows » où l’on croirait voir tomber des pétales de fleurs de cerisiers sur un lac aux reflets roses et argentés. Alors que « Miss Fortune » s’achève, l’homme au tee-shirt à l’envers ôte avec délicatesse le casque audio de ma tête, me sourit et chuchote à mon oreille: « Il semblerait que tu aies fait un beau voyage Nelson? ». Nul doute qu’avec Encounters, Metastaz continue l’invitation au voyage sonore d’Orient Dub Express à travers la Perse-Iran, l’Inde, en passant par Babylone… en explorant encore et toujours de nouveaux espaces, en invitant de nouvelles voix, en distillant de nouveaux sons pour charmer sans cesse nos oreilles électriques jamais rassasiées.

Posté par Miss Nelson le 01/11/2012

Encounters est en téléchargement libre sur le site officiel de Metastaz: http://www.metastaz.net

L’album est en écoute intégrale ici: http://soundcloud.com/metastaz/sets/metastaz-encounters-sept2012/

Dans cette chronique se trouvent des extraits empruntés à « L’invitation au voyage » de Charles Baudelaire, (Les Fleurs du Mal).

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Zenzile – Electric Soul : 5 + 2

Zenzile revient avec un album entièrement chanté « Electric Soul » qui contient neuf titres. Le groupe en profite pour s’agrandir en passant de six à sept membres et d’une à deux voix désormais. En effet, Jay Ree a rejoint le groupe pour enregistrer cet album et chante aux côtés de Jamika, toujours présente.

J’avoue avoir un peu été déçue dès la première écoute d’Electric Soul, car des morceaux comme « No Idol », « Chewin’ mi mic » et enfin celui qui clôt l’album, « Man Made Machine » ne m’ont pas convaincue: un dub plutôt simpliste sur une base de reggae trop souvent rebattu qui annonçait un album fade en couleurs. Disons qu’ils figureraient mieux en face B qu’en place de choix sur cet album. Mais mis à part ces trois titres, le reste est absolument réjouissant. Je me laisse littéralement ensorceler par le rythme chatoyant et chaloupé de « Scars » ponctué par la voix sensuelle et androgyne de Jamika, qui sert de longue introduction à l’album. Je ressens l’électricité magnétique qui émane des titres comme « Yuri’s Porthole » ou bien encore « Over/Time » qui sonne comme la suite du puissant « Motorbremsen » du précédent album Pawn Shop: avec un départ tranquille suivi d’une montée rageuse et électrique qui s’achève sur une accalmie feutrée annonçant la tombée d’une nuit noire: un morceau très fort qui aurait pu conclure l’album. J’attends avec impatience de le voir joué sur la scène du 104 le 24 novembre prochain à Paris.

Et puis, il y’a « Stay », le morceau central à deux voix d’Electric Soul car il en exprime toute sa quintessence: un dub reggae soul et électrique. Il se situe à mi-chemin entre « Histoire de papiers » de Pawn Shop et l’ambiance de l’album Le Cabinet du Dr Caligari (je pense notamment à « Jane »). La voix grave de Jamika caresse la voix suave et aérienne de Jay Ree. Comme l’effusion d’une douce et inquiétante noirceur, « Stay » vient réchauffer mon coeur engourdi dans la confusion la plus totale des sens. Que j’aime cette sensation soudain de perdre pied dans cette « inquiétante étrangeté ». Le rythme voluptueux de « Stay » provoque comme une distorsion de la perception, une torsion du temps et des repères. Qu’il est bon de découvrir ce diamant noir dans son écrin électrique. C’est certainement pour cela que j’écoute autant ce titre le soir quand la nuit se dévoile ou quand je croise ton regard, et ce que je suis la seule à y voir…

Posté par Miss Nelson le 23/09/2012

Zenzile, « Electric Soul » (chez Yotanka): sortie le 24 septembre 2012
Album en précommande ici: www.zenzile.com
En concert au 104 à Paris le 24 novembre 2012 pour le Télérama Dub Festival: http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=148

Toutes les dates de la tournée 2012-2013: www.zenzile.com

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06-05-2012: Game Over Sarkozy

Il y a cinq ans, ton visage apparaissant vainqueur sur les écrans ce même 6 mai m’avait cassée. Le pire fut d’entendre tout ceux qui trouvaient ce résultat pas si mal, voire admirable. Certains d’entre eux ont bien déchanté depuis. Le 7 mai, je me suis réveillée avec une gueule de bois qui ne m’a plus quittée. Ton élection clinquante m’a définitivement donné envie de ne plus avoir la télévision chez moi. Pour ne pas voir ta tête at home.

Pendant cinq années, il aura fallu supporter ton jogging dans Paris Match, ta femme dans Voici, tes discours indigestes, ton incapacité à aligner trois mots sans faute de français, tes erreurs de frappe sur le social et la culture, de tir stérile, tes gesticulations incessantes, ton hymne au fric tout puissant, ta haine, ta suffisance, ton mépris, et tout cet étalage. Et le livre à 7%.  Je me sentais enchaînée, il y avait Le Canard, Charlie pour rester éveillée. Rester en état de veille constant. Ne jamais baisser les bras face à toi. Tenir cinq années. C’est long.

Il est 19h et les Belges viennent d’annoncer à l’instant sur le site officiel de leur quotidien national Le Soir que nous sommes devenus Hollandais. Que tu n’es plus président. Nous sommes le 6 mai 2012, il est 19h. Moi qui déteste les dimanches, j’aurais aimé celui-là. Je pourrais te dire maintenant ce que tu avais dit à cet homme au Salon de l’Agriculture le 23 février 2008, mais je ne m’abaisserai pas à utiliser tes mots à ta si mauvaise manière. Et si je suis encore là, j’espère ne pas te revoir dans cinq ans. « Voulez-vous vider la corbeille? » Eject, Out, Game Over.

Voté par Miss Nelson le 22 avril et le 6 mai 2012

« Oui, Urgent crier, libérer les mots, Sortir du silence… Alerte rouge parce que le bleu me rend malade… » (« Parler le Fracas », Le Peuple de l’Herbe)

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# Sold Out #

Il pleut à torrent des rivières de pluie qui emmêlent mes cheveux et embrouillent mes yeux. Je m’approche du guichet le coeur battant. Il n’y a personne d’autre que moi qui attend là dehors pour prendre son ticket.

« Bonjour, je voudrais une place s’il vous plaît »
« Bonjour Nelson. Une place pour qui, une place pour quoi? »
« Une place dans sa vie, une place dans leurs vies. Une place pour compter, être écoutée. Une place pour être quelqu’un qui compte réellement. Pas quelques heures volées mais toute la nuit et le jour qui suit. En définitive. Je suis là pour ça. »
« J’ai le regret de vous dire que c’est complet. Il aurait fallu vous y prendre plus tôt, beaucoup plus tôt. Il y a quinze ans au moins. Vous arrivez beaucoup trop tard Nelson. Il ne reste aucune place pour vous, plus rien. Vous comprenez? Tout est déjà pris. Les places partent vite, très vite. »
« Non, il doit s’agir d’une horreur, je veux dire d’une erreur. Pouvez-vous revérifier encore et encore? Il doit bien y avoir une place pour moi. Quelque part. Hors du noir. J’ai déjà entraperçu la couleur une fois, vibrante, je l’ai touchée du bout des doigts, des yeux. Elle était là pour moi, je le sais. »
« Je n’ai pas besoin de révérifier, puisque je vous dis qu’il ne reste rien. Vous arrivez avec des années de retard. Tout le monde a pris sa place depuis longtemps déjà. Et vous Nelson, comme d’habitude vous débarquez comme une fleur avec vos yeux humides et étonnés. Vos parents ne vous ont pas expliqué? »
« Non. »
« Ils ne vous ont pas préparée? »
« Non. Tout est arrivé si tôt. Je suis arrivée à l’envers. J’ai commencé par la fin du scénario. Par ce que la plupart des gens vont vivre quand ils seront vieux. Je suis à l’envers. J’arrive maintenant au moment où eux étaient très jeunes. Je ne le savais pas. »
« La belle affaire que voilà. Que voulez-vous que ça me fasse? Il fallait vivre à l’endroit Nelson. Il n’y a pas de place pour ceux qui vivent à l’envers, à côté, dans les rêves ou autrement d’ailleurs. Ou bien il vous faut rencontrer des gens à l’envers comme vous: vous aurez ainsi l’impression d’être à l’endroit, avouez que ce serait drôle, on vous verrait rire plus souvent. »
« Attendez, j’ai plein de places vides à échanger, c’est possible? »
« Non, la Maison ne fait pas d’échanges ni de remboursement, vous rêvez! »
« Alors que vais-je faire? S’il n’y a pas de place pour moi? L’ennui finira par me tuer. »
« Il faut bien mourir de quelque chose Nelson. Même les gens qui ont une place ne sont pas à l’abri de mourir d’ennui. Vous pouvez toujours vous asseoir et contempler le vaste océan. Mais n’attendez pas que quelqu’un vous y rejoigne. Personne ne viendra. Puisque c’est complet. »

Branché par Miss Nelson le 22/04/2012 (this bloody sunday morning)

Photo: Barbooz, Bar du 104, concert High Damage, octobre 2011/Filtre: Nelson

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R;ZATZ – Cruel Summer: les délices électriques de la mélancolie

R;zatz (Céline Frezza), fabuleuse ingénieur du son du label Jarring Effects, accompagnée de Takeshi d’Asian Z (guitare), Marilou de Mensch (basse) et de Mathieu de Kaly Live Dub à la batterie (dont il est beaucoup question sur Grabuge) est de retour avec un nouvel album Cruel summer, mélange fameux d’électro, trip-hop, de basses oppressantes et d’une multitude de sons aussi étranges qu’inquiétants qui lorgnent vers Tricky, Mig, Ez3kiel, Zenzile… R;zatz y joue beaucoup avec sa voix, quand elle rappelle Jamika de Zenzile sur « Ordinary Chronicles », PJ Harvey sur « Take a pill », morceau trip-hop qui ne déplairait pas à Doctor Flake, Djazia de Mig sur « Jaws » qui sonne comme « H’djendjell », Martina Topley-Bird muse de Tricky… Tour à tour sombre, oppressant, glaçant, ensorcelant, rageur, Cruel Summer sait faire vibrer à l’unisson toutes mes humeurs radieuses et bileuses du moment… « If only you could see there’s nothing in the DARK… Ghosts you’re chasing at night, Come back to the LIGHT » (« Cruel Summer »)... Après un passage chez Doctor Flake (Flake Up) et High Damage, je retrouve avec plaisir la voix de Black Sifichi qui chante sur « Dark brown Eyes », morceau découvert sur le FX 100 de Jarring Effects sorti fin 2011.

Mais surtout, il y a « U got me » qui arrive juste après le langoureux « Take a look in the mirror » qui ouvre l’album. « U got me » est le premier extrait accompagné d’un vidéo-clip très esthétique et lynchéen: une petite fille joue seule à la marelle. Une vieille dame vient la chercher et l’emmène dans une maison délabrée où des adultes, à la recherche de la beauté éternelle, volent la jeunesse des enfants… « U got me » est un morceau qui atteint une sorte de perfection. Tous les ingrédients sont là pour me satisfaire, me plaire et me complaire dans cet état bizarre où je me sens entièrement charmée par R;zatz. Fin de journée: le soleil incendiaire décline froidement. Des frissons brûlants agitent mon corps glacé. Les premières notes effervescentes agissent rapidement sur mon métabolisme ralenti, si souvent proche de la catalepsie. « U got me » possède cette rythmique psychiatrique flippante et envoûtante. D’avant en arrière, puis de nouveau en avant, elle vous enveloppe et vous serre irrémédiablement. La petite fille ne peut pas pleurer, assise dans son lit, le coeur à l’extérieur de sa boîte, tétanisé. Elle ne peut pas crier. Le cauchemar vivant. Mes cauchemars hurlants. « One, two, three, four… can’t hear your voice in the back of the door, You got me »… Elle compte dans sa tête pour faire partir les monstres… Un, deux, trois, vois: ils ne sont plus là.  Personne alors pour s’inquiéter, venir la consoler. Alors, elle continue de compter pour tenir. C’est maintenant qu’elle pleure enfin ses nuits sans sommeil d’antan. Le coeur à l’intérieur de sa boîte, palpitant. « So sick of it living throw your eyes, I’ve been quite nice but don’t push me too far » … 

Posté par Miss Nelson le 15/04/2012

Le site officiel de R;zatz: http://www.myspace.com/rzatz
Le site de Jarring Effects: http://www.jarringeffects.net/fr/

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Le Peuple de l’Herbe au Bataclan le 14 mars 2012

Je sors à Oberkampf. Je reconnais Barbooz pourtant masqué par la capuche de son sweat. Il m’emmène dans une pizzeria. « Alors? » Je lui raconte mon week-end thérapeutique dans l’Aisne qui flanque mal au coeur. Je flanche de comprendre tout ce que j’ai entendu pendant deux jours. Les larmes et les mots pourtant nécessaires mais pour quoi faire? Alors c’est comme ça. Je le sais depuis longtemps et je ne peux rien y faire. Je me sens fatiguée. Pourtant, il faudrait que je sois souriante et me taire. Ce soir heureusement je suis venue me vider la tête au Bataclan pour écouter Le Peuple de l’Herbe.

Nous descendons directement dans la fosse ce qui me permet de filmer d’assez près le groupe. Je ne les ai jamais vus en concert et ce que j’ai entendu de leurs prestations live n’est pas une légende: ils sont tout simplement bluffants sur scène. Ils sont d’une énergie incroyable et le public en redemande. Ils vont jouer bien sûr une grande partie du dernier album A Matter of Time, sorti en janvier 2012 mais aussi Cube et Radio Blood Money comme la machine infernale d' »History goes », « Mission », « Juda Not », mon titre favori « El Paso » et surtout le « thème » du Peuple qui les a fait connaître: « PH Theme » de Triple Zéro.

Les deux invités du dernier album sont venus ce soir. Tout d’abord Marie Nachury du groupe cabaret punk « Brice et sa pute » qui arrive vêtue d’une robe couleur papier peint des années 70 pour interpréter « Mars », le premier extrait vitaminé C de A Matter of Time. Sa voix androgyne ne déçoit pas en live: tantôt rageuse, tantôt montant dans les aigus.

Marc Nammour du groupe « La Canaille » sera aussi de la partie ce soir pour interpréter le très beau morceau hip-hop « Parler le fracas » qu’il a écrit pour le dernier album. C’est un grand moment du concert, avec un texte très engagé surtout à l’aube des élections approchantes… Le public chante le refrain haut et fort : « Oui Urgent Crier, Libérer les mots, sortir du silence comme d’un abcès trouver l’écho »…

Quand JC001 chante sur « A Matter of Time », le titre éponyme du dernier album, Barbooz me dit que sa voix lui file des frissons dans le dos.

Sir Jean et JC001 enflamment le Bataclan sur « Let us Play » extrait aussi de A Matter of Time.

Après un rappel brûlant, le concert s’achève sur « Jasmin in the Air ». Tout le monde ressort de là enthousiaste. Barbooz rentre chez lui. Je marche seule dans Paris. Je me retrouve dans la rue de The Owl qui doit dormir à cette heure tardive, je lui envoie un texto. Je descends dans le métro pour prendre mon train. Le son du Peuple de l’Herbe résonne dans ma tête et chasse les mauvaises herbes qui tentent de pousser en moi. Je rentre chez moi. Mes cheveux et mes vêtements sont imprégnés d’effluves d’herbes folles. Un texto de The Owl arrive: « Nelson, tu es encore là? », « Non, je suis rentrée chez moi, je me couche ». J’éteins la lumière. Je ferme les yeux. Je repense à… « Urgent crier ».

Posté par Miss Nelson le 01/04/2012

Voir toutes les vidéos du concert: http://gallery.me.com/miss.nelson/100463
Le site du Peuple de l’Herbe: http://www.lepeupledelherbe.net/fr/main/index.php
Le site de Brice et sa pute: http://www.myspace.com/briceetsapute
Le site de La Canaille: http://www.myspace.com/lacanaille

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Le film du mois de février: Bullhead

En février, il y aura juste eu un film Belge, inoubliable, que j’ai pris comme un coup de poing d’une grande violence dans le ventre, gravé au fer rouge dans mon coeur: Bullhead de Michael R. Roskam, qui fera partie sans conteste des films de l’année 2012.

Jacky, la trentaine, est fils d’agriculteurs. Il vit encore chez ses parents dans la ferme familiale paumée au milieu de nulle part. Il fait partie de ces personnages qui m’émeuvent par leur silence, leur difficulté à communiquer avec les autres, leur différence qui les rend si sensible à tout ce qui les entoure. Jacky, c’est au premier regard un corps gonflé de muscles avec des yeux d’enfant, perdus, affolés, timides. Capable d’une grande violence avec les hommes comme d’une grande gêne avec les femmes qui lui plaisent, Jacky semble revenir de loin, si loin. Titan au coeur fragile, il cache un lourd secret. Dès les premières images du film suinte le malaise dans une campagne glauque. A entendre ceux qui nous bassinent avec leur envie de quitter définitivement la ville pour vivre loin à la campagne, pour sa « qualité de vie », grand terme à la mode repris par les magazines « In », image d’épinal, il faut croire que, décidément, ils n’y ont jamais grandi. Dans une maison perdue dans les champs au milieu de rien avec au loin la vue splendide sur la centrale nucléaire… Se lever aux aurores pour prendre le seul bus du matin qui me conduit à l’école et attendre que les portes s’ouvrent. Descendre à la ferme chercher le lait avec une voisine, partir en vélo seule à travers champs pour ne plus entendre les cris et les pleurs à la maison. Et les gens tristes et aigris du voisinage qui s’observent et se convoitent par ennui les longues soirées d’hiver. Et n’avoir qu’une envie: foutre le camp d’ici. Il faut l’avoir connu des années durant, avoir grandi au milieu de ça pour ressentir ce sale frisson parcourir l’échine bovine lorsqu’on entend la voix off sur les premières images brumeuses de Bullhead nous dire en flamand que le plus honteux des secrets, celui qu’on voudrait oublier, finit toujours par éclater un jour. On sait déjà à cet instant que l’on va descendre dans les profondeurs sinistres et moites de l’arène avec Jacky.

Le petit frigo de Jacky est rempli de flacons. Chaque jour, il sort la seringue et l’élastique et fait son petit mélange, son « Redbull » fait maison: Jacky s’injecte des hormones bovines. Qui gonflent ses muscles, toujours plus. L’acteur Matthias Schoenaerts a pris 27 kg pour ce rôle et remplit l’écran par sa présence spectaculaire. Sa prestation est ahurissante. Pour échapper à un destin tragique, Jacky se pique encore et encore pour surmonter et combler un drame qu’il a vécu enfant. Ce qu’il a subi est effrayant: « Je suis comme ces boeufs »avoue-t-il à son ami d’enfance. On comprend qu’il ne vit plus depuis ce jour. Ce jour où l’on a fracassé l’adulte, l’homme en devenir chez le petit garçon qu’il était encore alors. Non, il ne vit plus, il survit. Jusqu’au dernier moment, jusqu’à ce dernier plan. Le dernier quart d’heure secoue comme un shaker mon corps de sanglots. Je vois Jacky, fébrile,  s’injecter le contenu de tous les flacons, les uns après les autres. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Il ne peut plus s’arrêter de se piquer jusqu’à ce qu’ils soient tous vides. Coktail molotov qui agite son corps animal de soubresauts sauvages, incontrôlables. Jacky est devenu une bombe humaine à retardement jusqu’à l’explosion finale des sentiments, de la honte, de la douleur de ne pas être complètement soi-même. Et alors que tout le monde se lève dans la salle pour retourner vaquer à ses diverses occupations, rester là, en pleurs, tapie dans un siège rouge sang.

Posté par Miss Nelson le 18/03/2012

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Le film du mois de janvier: Take Shelter

Le film du mois de janvier est celui que j’attendais impatiemment de voir et qui ne m’a pas déçue: Take Shelter de Jeff Nichols, film saisissant sur nos peurs inconscientes qui révèlent tant de choses inavouées sur nous-mêmes. Les murs tremblent. Les meubles du salon se soulèvent et flottent dans la pièce. Dehors, le ciel tourne à l’orage. Les nuages se transforment en d’effrayants tourbillons qui tournoient toujours plus fort. Une pluie terreuse tombe comme un torrent du ciel et coule sur la peau de Curtis. Il attrape sa fille pour la protéger du chaos intérieur et extérieur qui règne partout autour d’eux. Il veut crier mais sa bouche reste ouverte et muette comme le tableau de Munch, comme sa fille sourde et muette dans le monde réel. Une angoisse terrifiante perle de sueur dans son dos. Il se recroqueville au sol mais rien n’y fait. Il se réveille en apnée la bouche toujours et encore ouverte sans qu’aucun son ne soit émis. Je sais ces cauchemars effrayants qui vous sortent du sommeil privée d’oxygène. Je cours vers la fenêtre pour respirer mais mes poumons sont bloqués. Je sais ces apnées qui m’arrachent de mon lit. Je manque d’air. Meday Meday. Mais personne n’est là pour m’apaiser, me réapprendre à respirer, pour me dire qu’il s’agit juste d’un mauvais rêve qui va passer. L’impression terrible d’être en train de mourir asphyxiée. Juste assez de force pour ouvrir une fenêtre et plaquer mes lèvres sur les volets, attendre que ma cage thoracique s’ouvre et veuille bien laisser rentrer l’air à nouveau.

Et comme un enfant qui ne peut se réveiller, prisonnier de son cauchemar et d’une peur inqualifiable, Curtis assiste impuissant à toutes ces scènes apocalyptiques sorties tout droit de son esprit pris dans la tourmente, toutes plus oppressantes les unes que les autres. On en veut à sa vie: la nature ou les autres? Sous la pluie toujours plus forte, des cadavres d’oiseaux noirs se déversent des nuages alors qu’il court dans un lotissement à perdre haleine protégeant sa fille dans ses bras. Sous la pluie encore, Curtis est en voiture avec sa fille. Mais quelqu’un les agresse et la kidnappe. Curtis enferme son chien qu’il croit apeuré et excité par la tempête qu’il sent venir, son chien si gentil qui a voulu le mordre. Des sons intenses, comme des cris d’oiseaux apeurés, semblent lui briser les tympans. Il voit dans le ciel des nuages prendre des formes étranges, des tornades l’encercler, des nuées de volatiles affolés par quelque chose. Mais ce chaos ne gronde qu’à l’intérieur de la tête de Curtis lui infligeant des visions cauchemardesques de fin du monde où la nature prend le dessus et emporte tout sur son passage. Curtis est persuadé d’être atteint du même mal que celui de sa mère qui n’arrivait plus à s’occuper de son fils plus jeune: la schizophrénie. Il en a, pense-t-il, tous les symptômes et tente de consulter.

Mais bien que conscient du mal qui le ronge à l’intérieur, il construit quand même un abri anti-tempête sous son jardin quitte à s’endetter. Il commence les travaux. Personne ne le comprend, ni sa femme qui pourtant tente de l’aider, ni les voisins dont il devient la risée. Michael Shannon est tout bonnement impressionnant et émouvant. Il joue à la perfection le rôle de Curtis, un homme solitaire parlant très peu, n’exprimant peu ou pas ses émotions, si ce n’est avec sa fille hypersensible et différente comme lui car ressentant ce que les autres ne voient pas: « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Parfois, ce n’est plus un adulte que l’on voit à l’écran, mais un visage et un corps avec des expressions brutes d’enfant. A chaque crise de Curtis, c’est l’enfant effrayé qui ressort. Et lorsqu’une tempête arrive vraiment et que la famille s’abrite sous le jardin, Curtis est comme un enfant incapable d’ouvrir la porte de l’abri pour en ressortir, angoissé à l’idée que la tempête dehors ne soit pas tombée. Sa femme essaie de le convaincre, sa fille ne ressent plus l’orage. Il y a à ce moment-là dans le regard de Michael Shannon plaqué de terreur contre la porte, une fragilité, une innocence émotionnellement très fortes. Lors d’un repas entre villageois, Curtis sort de ses gonds, il devient alors comme un géant d’une force incroyable. Il casse presque tout et parle très fort pour dire qu’une tempête terrible va arriver même si personne ne le sent. Il le sait lui. La minute d’après, le colosse d’argile s’effondre, fragile, dans les bras de sa femme comme un enfant. Bouleversant.

Et puis encouragé par sa femme, Curtis accepte de suivre un traitement pour sa schizophrénie. C’est alors que survient ce que les autres n’attendaient pas. Sur une plage tranquille, Curtis est enfin détendu, il s’amuse avec sa fille à faire une forteresse… de sable. Elle est face à la mer, il tourne le dos aux vagues. Elle bouge ses mains et lui fait le signe qui signifie « tempête ». Il se retourne et voit une multitude de tornades surplomber la mer et une vague se dresser de plus en plus haut. Il court avec sa fille vers sa femme. Sa femme est hypnotisée par la scène ce qui veut donc dire qu’il n’est pas en train de faire une crise. Que tout est réel. Et tout se renverse: Curtis n’a plus peur, c’est lui qui, avec un calme maîtrisé, interpelle doucement sa femme qui reste paralysée par la peur de ce qui est réel tout à coup et de ce qu’elle n’avait jamais pu imaginer. Curtis l’a tellement « vécu » dans ses crises, qu’il est préparé au pire même devenu réel puisque ses sensations, ses émotions pendant ses crises et ses cauchemars étaient parfaitement réels: la peur, la terreur, l’angoisse, la paralysie… Il est donc « équipé » pour ce qui arrive. Ce sont encore une fois, les plus fragiles, les plus émotionnellement instables, les plus différents, qui tiennent au final la barre, qui rattrapent les autres par la main, ceux qui vont toujours bien et qui ne supportent pas la douleur, la peur, car ils n’y sont pas préparés.

Et c’est exactement le même discours de Melancholia de Trier que j’avais tant apprécié:  Justine, la soeur atteinte de dépression absolue, sera celle qui deviendra la forteresse qui apaisera les peurs de sa soeur et de son fils au moment de l’impact de la planète « Melancholia » et de la Terre. Elle construit d’ailleurs elle aussi un « abri » de branches, symbolique ici, pour les abriter tous les trois.  J’y disais en conclusion : « (extrait) Comme si finalement, le mal être (la planète Melancholia) dédaigné (par peur?) et incompris par ceux qui ne le ressentent jamais cachait une force de vie extraordinaire. En ce sens la planète Melancholia, allégorie du spleen, qui vient percuter avec violence notre quotidien, change la façon de voir et de percevoir l’horizon. Paradoxalement, ne pas l’éviter, laisser la dépression nous traverser serait-il le seul moyen d’en sortir plus vivant qu’avant? » Take Shelter et Melancholia se rejoignent donc sur ce point. Car je dirais la même chose ici sur la tornade dans Take Shelter, annonciatrice de fin du monde. La schizophrénie envahit Curtis et le rend finalement plus fort, plus sensible et plus prêt que les autres à vivre la peur extrême, réelle. La peur faisant déjà partie de son quotidien, il a pu apprendre à l’apprivoiser. Le chaos imaginaire intérieur d’un seul homme est passé à l’extérieur en devenant réel pour tous les autres. C’est peut-être même une guérison dont il s’agit: lorsque la tornade devient réelle, qu’elle se lève, alors la fièvre de Curtis tombe.

Posté par Miss Nelson le 29/01/2012

Lire la chronique de Melancholia de Lars Von Trier

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